Il est venu Il vint telle une éclaboussure de soleil dans la morne solitude du mois de mars. C’est ainsi que je le définirai, oui, comme un cri retenu, de joie ou de peine, je ne saurai le dire. Enfin, il fusa, plus vite et plus fort qu’un éclair dans le ciel. Une vocalise improbable avait jailli dans la lumière de ce triste jour. Comme si tout d’un coup une multitude d’oiseaux cachés sortaient d’une gorge pour venir chanter. J’ignorais même leur proximité avant de les entendre. Ils célébraie...
Le bilboquet Quand la douleur emporte sur ses ailes, on dirait une brassée d’étourneaux. Ils vont et viennent en un ballet improvisé. J’ai beau détourner les yeux, mon cœur vibre avec eux, moi qui ne sais pas danser. Quand le bilboquet tente en vain ses exploits répétés, on dirait les coups martelés d’un jeu d’enfant sans âge. Il recommence encore et encore. Ses élancements frappent au-dedans avec une telle ténacité que mon être s’unit à lui, moi qui ne sais pas jouer. Les étoiles fatiguées c...
Je t’aime Avec le chant des moineaux, je marche au soleil et dans le vent. Le printemps approche, tout frémit d’une joie nouvelle. Les bourgeons se dressent, les fleurs timides sortent enfin de terre. Je place mon "je t’aime" dans le souffle de la brise, je le place dans les écorces des pins et leurs épines. Puis, tant que j’y suis, je les pose aussi sur les gouttes d’eau de l’étang. J’en mets partout : dans la lumière et la chaleur qui vient, dans le sourire de l’enfant qui passe. C’est fou ...
La Verticale Je m’agrippe comme les deux bras d’un enfant entourent les jambes de sa mère. Je tiens bon, je ne veux pas mourir. Hors de question d’abandonner le combat, c’est une question de vie, que dis-je, de survie. Je ne veux pas tomber sur le sol en larmes en ce jour de pluie. Oh bien sûr, je suis tout mouillé de chagrin, des gouttes d’eau me glissent un peu partout, ce n’est pas grave. L’essentiel, le plus vital, c’est de continuer mon labeur, ma vie, que dis-je, ma survie. J’escalade l...
S’il vous plaît, arrachez-moi le cœur ! Ne dites plus qu’il ne reste plus d’amour ici-bas. Ce n’est pas vrai. Non, ce n’est pas vrai. Comme vous, je contemple les fumées des bombes dans les rues, les immeubles éventrés, les morts par centaines, les voitures calcinées. Ici, là-bas, si près. La guerre. Partout. Pourtant, pourtant, il reste encore la lumière dans les yeux des enfants candides. Dans les fleurs énamourées du printemps qui approche. Dans les clignements d’yeux du chien qui me fixe....
Le Vent du Cœur Dis-moi : comment fait-on pour aimer moins lorsque l’on aime très fort ? Je ne sais pas, mon enfant, ma blessure. Je ne sais pas. Les bourrasques font tourner les girouettes sur le haut des toits. Rien ne les empêche. Rien ne les freine. Pas même les oiseaux, ni les arbres, ni la pluie, ni les fenêtres closes. Rien ne les empêche. La tempête surgit, renverse tout, puis détale. Dis-moi : comment agir pour l’aimer moins que maintenant ? Je ne sais pas, mon cœur, ma brisure. Je n...
Mon oiseau blessé Vous étiez tombé au pied de l’arbre, les ailes brisées. Vous aviez mal. La chute avait été cruelle. Votre tête avait cogné le bitume, et vous paraissiez encore un peu sonné. Étourdi d’avoir bien trop aimé, vous y aviez perdu des plumes. Tout meurtri, au pied du chêne, vous souffriez. Vous aviez volé haut, vos ailes étaient trop petites. Vos élans n’avaient pu vous retenir et vous gisiez à terre. Dans le vertige d’avoir trop aimé, vous étiez encore tout déplumé. Vous respirie...
L’Important J’ai vécu des années sans télévision. Puis, parce que le monde, la vie, les autres… je me suis acheté de nouveau un téléviseur. Je me souviens très bien du jour où je l’ai reçu ; je ne risque pas de l’oublier. Alors que le vendeur l’installait à mon domicile et procédait aux réglages, on voyait, en direct, les avions traverser les tours du World Trade Center. Une date mémorable. L’écran entrait chez moi par le fracas du monde. Après ce premier contact, je me suis habituée. Je rega...
L'inattendu Les doigts courent sur le clavier, entraînés par la musique d’un concerto de Bach, ils vont et repartent avec la même agilité que les oiseaux dans le ciel. Il n’est jamais perdu le temps à écrire un peu de beauté, un peu de vie, un peu de son cœur sur le papier. Nous célébrons l’aurore du jour qui se lève ou la nuit qui tombe. L’inattendu vient alors au moment que l’on n’avait pas anticipé. Là, soudain, il arrive, vêtu de sa robe en dimanche, blanc, immaculé, paré de sa beauté pre...
Quelques secondes J’avais un rendez-vous pour un examen médical. Dans la salle d’attente, j’ai ouvert mon portable pour regarder les statistiques d’une de mes dernières vidéos. Le résultat tomba comme un couperet : la moyenne des vues sur un réel de quinze secondes était de sept secondes. Sept secondes. Je repensais à un ouvrage dans la vitrine d’une librairie près de chez moi : « La mentalité des poissons rouges ». Livre à succès dont le sous-titre est : « Addict aux écrans, comment en est-o...
Un Saule Je suis un saule qu’on dit pleureur. On se trompe. Je ne suis pas pleureur, je suis un saule « révérenceur ». Ce n’est pas pareil. Dès le lever du soleil jusqu’à son coucher, je salue les fleurs des jardins, la rivière qui me rafraîchit, l’herbe haute et les autres arbres non loin. Dès l’Aurore, je me penche en une révérence devant la Majesté du Ciel, accompagné par le chant des oiseaux lyriques. J’ai le goût des convenances, des mots choisis, des courbes gracieuses et des politesses...
Le rejet Le rejet ne tue pas. Il ôte l’air. Il fait tomber. Il retire. La pièce dont la fenêtre ouverte aérait tout l’espace souriait comme un enfant dans les bras de sa mère. Ses murs, ses meubles, ses lumières : on aurait dit un poumon pris dans le mouvement régulier de ses inspires-expires. Elle se dilatait en plein air comme les arbres de la forêt. Elle s’épanouissait au soleil du dehors, une autre vie, un autre vent, une fraîcheur nouvelle. Aujourd’hui, quelqu’un a refermé la fenêtre. L’...
Les deux ailes du mot Illusion Il était une fois, once upon a time, un jour dans la ville de foi… Donc, je disais : il était une fois un mirage illusoire, c’est le propre même des illusions de n’être que des mirages. Bien entendu. Il était une fois une illusion pourvue de ses deux ailes, juste ce qu’il faut pour former la seconde syllabe de son mot : I-llu-sions. Il était une fois une illusion aux ailes candides qui s’amusaient à dessiner des mirages sur les murs de l’âme humaine. Enfin, je d...
Une robe de Lumière Le ciel est bas en ce mois de février. La pluie abreuve la terre jusqu’à saturation, les fleuves débordent et les rues sont trempées. Les oiseaux se cachent quelque part où on ne peut les déranger. Les branches dénudées des arbres ressemblent à des squelettes qui auraient gardé leurs bras levés. Leurs troncs écorchés dégoulinent de larmes en rigoles. Le bitume gris s’étonne des passants aux parapluies bien inutiles, comme si ces couvercles colorés pouvaient arrêter le chag...
Palpitations Il palpitait sur une épaule, petit oiseau fugueur épris de liberté. Il était venu se poser là, comme ça, à l’improviste, sans autorisation. Impertinent. Je l’écoutais sans vraiment mesurer combien son chant relevait davantage de la complainte que de l’office des Laudes. Il me touchait, je n’aurais su dire pourquoi. Un peu essoufflé, il s’époumonait presque à force de vocalises. Il palpitait dans le creux d’une main, comme un enfant qui dort. Il se reposait, ou plutôt je devrais p...
Pourfendre Un oiseau devant ma fenêtre vole très haut, le soleil juste en face de lui l’attend. De son cercle d’or il l’appelle, il lui ouvre déjà les bras. Le moineau bientôt le traversera telle une flèche à tire d’ailes. Le soleil blessé alors lui sourira tout à sa joie de le serrer sur son cœur. A jamais. Sur l’écorce de l’arbre près de chez moi, j’ai vu un cœur avec une flèche qui lui rentrait dedans de part en part. Le cœur tout épris de son dard saigne en quelques gouttes dessinées tout...
La Girouette Le petit coq sur le toit obéit à la force du vent ; il se laisse conduire comme bon lui semble sans jamais être pris de vertige. Il n’a pas peur d’ailleurs, le vide ne l’inquiète pas. Dans la pluie ou sous l’ardeur du soleil, il poursuit son office : un peu plus à droite, ou bien vers la gauche. Parfois, il tourne sur lui-même comme un petit derviche tourneur. L’Amour qui me porte imite les girouettes placées sur les tuiles. Dans son ivresse, il titube souvent. Se peut-il que le ...
DE VIVE VOIX J’suis pas une imbécile J’ai bien compris : va, où c’est qu’tu veux pas, où c’est qu’tu veux bien Moi, j’oblige pas. Si t’as peur, c’est qu’t’es pas futé ou p’tit vaurien J’connais des étoiles qui filent à toute allure sur la voûte des cieux Fallait en profiter tant qu’elles brillaient, là, près de toi et du Bon Dieu Maintenant qu’tu changes d’avis, qu’tu joues au plus fort, au baratineur T’inquiète, moi, j’m’impose jamais, j’suis pas du genre, et j’ai du cœur J’m’en vais moi aus...
Assise au soleil de février, avec presque dix-neuf degrés, je m’étonne. Me reviennent les paroles de mon enfance : « Il n’y a plus de saison ! ». Peut-être que oui. Peut-être que non. En tout cas, je m’expose aux rayons de l’astre de feu, je suis bien. Je ferme les yeux. Après tant de froideur, de doutes et de pluies, le bonheur me coule au-dedans comme une rosée bienveillante. Elle irrigue les interstices de mes questionnements. Tout ralentit. Tout se tait. Hormis le Soleil bavard. Pourtant,...
Un sweat-shirt blanc J’ai acheté un joli sweat-shirt blanc, immaculé comme la neige de décembre. Il m’a attiré, ce vêtement, parce que, justement, sa couleur de lait, j’en étais certaine, lui irait bien. Oui, à n’en pas douter. À manches longues, juste ce qu’il faut pour le réchauffer. Je le voyais déjà porter ce haut soyeux et sans souillure. Cet habit porté contre son cœur fragile lui donnerait un peu de la chaleur de mes bras, un peu de mon sourire, un peu de ma reconnaissance et, pour tou...
Sous le Ciel qui sait J’ai retrouvé mon île. Vous savez, celle dont je parle souvent. L’intérieure, l’exilée en terre inconnue. Quelque part entre ici et ailleurs, à cheval entre absurdie et non-sens. J’ai retrouvé mon île, elle flotte sur la mer ; ce n’est pas l’eau qui mugit et la terre qui chante, c’est l'inverse. Ce petit bout de jardin esseulé s’en va à la dérive, elle glisse sur les vagues contraires, elle voyage et nul ne sait la rejoindre. Abîmée entre le ciel et l’air, elle avance sa...
DEHORS Les roses ont perdu les épines et leurs tiges en fuseaux sont devenues inoffensives. Les renards ne sont plus apprivoisés que dans les contes. Les fenêtres elles-mêmes ne laissent plus passer le soleil : il n’y a plus de rayons lumineux pour les traverser. Le bitume en larmes n’éclabousse que les caniveaux et les voitures sans nombre défilent dans un cortège funéraire. Les arbres, isolés sur leur parterre grillagé, font pénitence entre deux souffles d’air et trois averses. Les tuiles d...
Une goutte d’eau « L’amour ne s’impose pas, il se propose » (Georges Bernanos) Une goutte d’eau dans le ciel hésite à tomber, il fait si beau là-haut, loin de la terre cruelle aux mille maux, si loin des humains, de la violence amère et des outrances orgueilleuses. Une petite goutte d’eau transparente comme le regard d’un enfant se demande si oui ou non elle doit se déverser sur nos bitumes anonymes ou nos prairies désertes. Comment choisir ? Le dilemme est si grand. Tourmentée par la rosée c...
Pendant quelques semaines, j’étais un oiseau royal, diadème sur la tête, les ailes déployées, je surfais, vaniteuse, sur les vagues du vent. Ivre d’une joie nouvelle, j’avançais qu’importe les nuages, la pluie ou les tempêtes, je me sentais victorieuse d’un combat dont j’ignorais le nom. J’avais l’impression, et c’est bien légitime, ne dit-on pas que l’amour donne des ailes, oui, j’avais l’impression de voler en avance sur le temps. Au zénith, comme l’aigle au regard perçant, je défiais les h...
Emma Emma aimait s’approcher des roses pour sentir leur parfum. Cependant, depuis longtemps, elle avait remarqué qu’un grand nombre d’entre elles ne diffusait plus cette odeur âcre qui les caractérisait lorsqu’elle était jeune. « Non, les roses sont neutres à présent et pourtant je les aime toujours. » Chaque jour, au cours de ses promenades, dès qu’elle apercevait une rose, elle ne pouvait s’en empêcher : aussitôt, elle se penchait, espérant y retrouver les fragrances d’antan. Rien à faire. ...