"Un Sweat-Shirt Blanc" est un texte court mis en ligne par
"Deogratias"..
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Un sweat-shirt blanc
J’ai acheté un joli sweat-shirt blanc, immaculé comme la neige de décembre. Il m’a attiré, ce vêtement, parce que, justement, sa couleur de lait, j’en étais certaine, lui irait bien. Oui, à n’en pas douter. À manches longues, juste ce qu’il faut pour le réchauffer. Je le voyais déjà porter ce haut soyeux et sans souillure. Cet habit porté contre son cœur fragile lui donnerait un peu de la chaleur de mes bras, un peu de mon sourire, un peu de ma reconnaissance et, pour tout dire, un peu de tout ce que mon cœur contient. Des manches farineuses comme le blé moulu, un col vaporeux comme sa peau diaphane, un corps enfin blanc nacré, intact comme son âme lavée de toute scorie, débarrassée de son passé trop lourd. Je n’avais aucune hésitation, ce sweat lui conviendrait forcément. Comment pourrait-il en être autrement ? La Lune très pâle ne brille-t-elle pas dans la nuit ? Les étoiles elles-mêmes se dérobent-elles à leur brillance dans les cieux ? Est-ce que la neige refuse la candeur de ses flocons sans tache ? Oui, il ne pouvait en être autrement. Me revenait, devant la vendeuse qui m’observait de loin, la parole d’un verset connu : J’admettais sans mal à quel point cette parole touchait le cœur de tout homme qui se sait imparfait, sujet à l’inconstance et à la frivolité. Alors, voilà, j’ai pensé que ce vêtement que je prenais soin de choisir serait, en quelque sorte, comme mon absolution empathique, mon pardon définitif, ma bénédiction. J’imaginais le recouvrir d’une innocence retrouvée, d’une virginité restaurée, mieux encore : d’un baiser chaste venu de la Divinité elle-même. Oh, j’admets volontiers qu’une telle présomption est bien mal placée. Mais enfin, quand on aime, on ne réfléchit pas trop, on est porté par des émotions dont l’élan nous entraîne bien au-delà du raisonnable. Raisonnable. Un mot que je prononce rarement. Ce n’est pas qu’il n’a pas sa place dans mon vocabulaire. D’ailleurs, à bien y réfléchir, l’exercice de l’intelligence va de pair avec le cœur. Pourtant, je dois l’avouer, quand les palpitations de mon être s’emballent, le « raisonnable » s’estompe quelque peu. Je ne le suis pas, raisonnable, mais alors pas du tout. Ceci explique le pourquoi d’un achat qu’il ne m’avait pas demandé. Tous, je le sais d’expérience, nous espérons un jour ou l’autre parcourir notre vie avec la joie de nous savoir purifiés, lavés de toute erreur, détachés de nos maladresses ou de nos fautes. Voilà pourquoi ce vêtement blanchi m’attirait vers lui comme un aimant. Je voulais le vêtir de la pureté de l’enfance, de leur grandeur insouciante, de leur candeur. Lui, mon ami, qui a tout vécu, qui a traversé tant d’océans, tant de galets sous ses pieds, d’îles trompeuses, de déserts esseulés. Quand je songeais à sa vie, je trouvais qu’il avait toujours été plus ou moins seul. Seul à se débattre entre les coups du sort, l’abandon des amis, les divisions inévitables et les épreuves qui avaient eu le don, quel drôle de don, de se multiplier sans cesse. Ce vêtement, il l’avait bien mérité, plus qu’un autre. J’en étais convaincue. Il valait bien ce bain de jouvence, cette caresse invisible, cette limpidité renouvelée, cette lettre à la craie dessinée sur son cœur. Oh, je restais lucide : il ne deviendrait pas irréprochable parce que je l’habillais de blanc. Mais enfin, tout de même, je désirais tant sa consolation. Je lui souhaitais un peu plus de paix, là, juste là, dans le pli de son âme encore endolorie. J’en avais mal au ventre à l’idée de ne pouvoir assouvir ma soif de lui donner bien plus qu’une nouvelle toilette. Au moment de passer à la caisse, je ne payais plus pour un simple sweat, pas du tout. Il était à présent le signe de sa beauté régénérée, le trophée de son cœur réparé, l’emblème de sa nouvelle vie. Je me trouvais bien idiote lorsque je me suis retrouvée dehors, sur le trottoir, avec mon sac en papier à la marque bien reconnaissable. Qu’avais-je acheté ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui m’avait prise d’agir ainsi ? Je me sentais mal. Mon Dieu, mais qu’allait-il penser ? Cette vibration compulsive m’avait saisie au cœur avec une telle force que je n’avais pas pu lui résister. Puis, après ces quelques remous, je me suis dit que, dans le fond, je n’avais pas à le regretter. J’ai orné de blancheur cristalline un être qui en avait besoin. Je l’avais embelli de mon affection. Mon intention avait la couleur incandescente d’une transfiguration espérée. Non, vraiment, je ne devais pas tomber dans le remords. Peut-être ne le portera-t-il jamais. Je ne sais pas. Qu’importe. Quoi qu’il arrive, il est désormais dans la Lumière divine où ma prière le dépose. Bien plus blanche encore que le coton du sweat-shirt.
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Un Sweat-Shirt Blanc
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Texte court terminé ! Merci à Deogratias. |
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