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Palpitations - Texte court

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Palpitations

 

Il palpitait sur une épaule, petit oiseau fugueur épris de liberté. Il était venu se poser là, comme ça, à l’improviste, sans autorisation. Impertinent. Je l’écoutais sans vraiment mesurer combien son chant relevait davantage de la complainte que de l’office des Laudes. Il me touchait, je n’aurais su dire pourquoi. Un peu essoufflé, il s’époumonait presque à force de vocalises.

Il palpitait dans le creux d’une main, comme un enfant qui dort. Il se reposait, ou plutôt je devrais préciser : il essayait. En vérité, je pense qu’il espérait surtout goûter à la douceur du jour, là, sur la peau tiède, dans le creux, comme dans un nid. Il avait posé sa tête sur la ligne de vie, entre les deux autres sillons de la paume, celui de la naissance et celui de la mort. Je ressentais son souffle lent, rythmé, comme un tambour battant.

Il palpitait, je vous dis. À présent, perché sur le sommet de la tête, il s’érigeait comme une girouette sur les toits des maisons. Il piquait un peu le dessus de son bec curieux. Entre deux mélopées inattendues, il saluait le retour du printemps, les bourgeons qui pointent et les petits crocus sur la pelouse offerte. Il louait le temps, la lumière du soleil, la légèreté du vent. Comme un moine, il psalmodiait les miracles quotidiens que, par habitude, on ne voit plus.

Il palpitait à la juste mesure, une, deux, une, deux, comme un métronome facétieux, sans changer le tempo, pas d’un iota, sans fausse note. Enfin, pas trop souvent. Quelquefois, il avait cette tendance à se tromper dans les pas de danse qu’il exécutait pourtant avec adresse. Entre la valse et le rock, il s’emmêlait souvent, comme s’il pouvait passer d’un genre à l’autre sans se fatiguer.

Il palpitait aussi dans le ventre, comme une barque qui vogue à la surface de l’eau. Il cherchait souvent le phare qui pourrait le guider, sans trop de succès. Les bateaux sans rames ni voiles ont peu de chance d’arrimer à bon port. Pour tout dire, il s’en moquait bien d’arriver. Ce qui importait, c’était le voyage. Non pas le but, non pas l’arrivée, non pas la fin. Juste la mer, les vagues, l’écume, l’air iodé des aventures qui procurent le goût de vivre et la joie d’exister.

Il battait sans se rompre, enfin pour l’instant, comme on donne des coups pour ouvrir une porte fermée depuis longtemps. Il cognait, je vous assure, avec la même impétuosité que les tempêtes. Oh, il ne se sentait pas coupable. Comment l’aurait-il pu ? Tout ce qui l'attirait ressemblait toujours, de près ou de loin, à l’Amour. Nul n’est fautif de le mendier, même à tort, même trop.

Il palpitait sur le bord des yeux, juste entre la vue et le regard, à cet endroit précis où ce qui est regardé n’est plus devant mais dedans, où tout ce qui entre dans la pupille ouvre les fenêtres de la brume, des jardins du monde et des nuages cotonneux. Je sais bien, nul ne le sait pourtant : les nuages ont des hublots. C’est par là que s’enfuient les perles d’eau sur les paupières en sanglots.

Il pulsait comme les élans transis de l’impatience amoureuse. On aurait dit un rouge-gorge égaré qui confondait ses rêves et la réalité, le vrai du faux, le près du loin. Il s’emmêlait un peu dans ses partitions. À vrai dire, je peux le comprendre : n’y a-t-il en cette vie rien d’autre que les violences des séparations, les deuils sans nombre et l’attrait morbide des esprits tourmentés ? Il ne pouvait s’y résoudre. La tristesse n’est qu’une grimace, non pas un chant.

Il tressaillait entre deux fugues, les sonates et les concertos. Il savourait la sonorité des violons, des flûtes et des pianos. Il aimait reconnaître en eux l’harmonie qui guide vers les cieux. Les anges, il n’en doutait pas, l’accompagneraient un jour dans la demeure du Divin, avec la même beauté qu’un orchestre classique.

Il palpitait. Encore. Comment aurait-il pu s’arrêter ? Sur la tête, au bout des doigts ou dans le ventre, sur l’épaule, n’importe où. Le cœur est partout, qui vibre à l’unisson de nos saisons. Il est dans le vent, le soleil, les arbres, les fleurs ou les pinsons. Il est dans le corps de tout être vivant. Le cœur irrigue tout. Tout n’est que palpitations, depuis le commencement jusqu’à la fin.

Il palpite : L’oiseau farouche, la cloche, l’océan, les abeilles. Tout ce qui vit et respire.

Et mon amour aussi.


Et mon amour enfui.

Tout ce que j'écris n'est pas ma vie personnelle...

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Deogratias

27-02-2026

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