Poème
Dans le silence du désert entre ciel ouvert et terre austère, les grains de sable, sans mystère, lissent les heures et les repères. Rien ne s’impose, rien ne retient, tout passe, s’efface… puis revient, comme un écho lointain, ancien, qui change tout sans bruit, sans frein. Le vent murmure, absent de chair, main invisible aux gestes sincères, il sculpte l’ombre et la lumière dans un silence presque prière. Rien ne commence, rien ne finit, tout se prolonge à l’infini, non pas en cercle appauvr...
Pause-Café
Mama était très fière de sa cuisine. C’était une bâtisse en briques d’adobe, construite dans la cour derrière la maison principale. Elle était faite de deux pièces : la cuisine elle-même et un petit magasin adjacent où l’on entreposait des sacs de nourriture, des casseroles, des calebasses, ainsi que les pneus usés de la camionnette de Papa. Les deux pièces étaient de dimensions identiques, environ 5 m², et chacune avait une fenêtre minuscule munie de volets en bois, laissant à peine passer ...
Chanson & Slam ♪
Le Miracle des Mots Depuis que le monde est monde Les mots voyagent sur les ondes D'une plume d'encre velours D'un oiseau messager d'amour Les mots, qu'ils soient légers ou lourds Ont laissé une empreinte profonde Nourrissant nos petits esprits D'innombrables ouvrages écrits Du parchemin qui en chemin Laisse des fragments cartésiens Au grimoire légendaire A la mémoire interstellaire Si la communication peut se faire Au travers d'un regard clair Et que même le silence est semence Invisible et ...
Poème
L’amour ne naît pas du hasard. Il est un choix posé, lucide, ancré. Aimer une femme, c’est faire don de soi et recevoir d’elle, dans un échange qui ne compte pas mais qui équilibre. Il faut parfois se soustraire à son égoïsme, laisser de côté ce qui divise, mener la barque à deux contre vents et marées. Rien n’est figé. Tout demande ajustement. S’ajuster à chaque silence mal compris, à chaque tension invisible, sans laisser l’orgueil prendre le gouvernail. Les accrochages, quand ils naissent...
Poème
Je griffe les visages avec mes larmes qui n’appartiennent à personne. Je frappe les volets, je dérange le sommeil, je deviens ce bruit obstiné que l’on voudrait faire taire. J’arrache les odeurs du printemps comme on arrache une innocence, et je les emporte loin, là où plus rien n’a de couleur. Je suis la douceur brisée, la violence qui couve, la tempête qui hésite à se laisser aller au ravage. Et toi, dans ton silence, tu me ressembles trop. Tu traverses le monde comme une ombre sans poids,...
Poème
Je fais depuis longtemps ce songe lent et tendre D’une femme aux regards que je n’atteins jamais, Qui s’approche parfois comme pour me comprendre Puis s’efface aussitôt, me laissant plus secret. Elle n’est chaque fois, ni tout à fait la même, Ni tout à fait une autre (*) et pourtant c’est bien elle, Celle que j’ai portée au silence où l’on aime Sans espoir de réponse, sans écho du réel. Son sourire est tremblant d’une étrange promesse Qui me frôle et se nie en un même moment Et mon cœur s’y s...
Texte court
Ce qui m’a retenu Il y a eu un balcon. Une nuit sans témoin. La pluie tombait comme si le ciel lui-même ne voulait pas parler. J’étais trop petit pour comprendre la justice des adultes. Trop entier pour supporter ce qui me traversait. Le béton était froid. Le monde aussi. Alors j’ai pris un tabouret. Comme on prend une décision quand on ne sait plus où aller. Ma jambe a franchi la rambarde. Le vide ne disait rien. Il attendait. C’était simple. Presque rassurant dans sa promesse de silence. Et...
Poème
À fleur de mots, je dépose mon âme, Comme un souffle léger que le silence réclame, Chaque phrase naît d’un frisson discret, D’un instant fragile que le coeur connaît. Les mots s’effleurent, timides et sincères, Ils portent en eux des éclats de lumière, Des rêves anciens, des murmures d’espoir, Qui dans l’ombre douce refusent de choir. À fleur de mots, tout devient prière, Un fil invisible entre la terre et le ciel clair, Où chaque lettre, posée avec foi, Devient un chemin qui ramène à soi. E...
Poème
Dans le bus encore tiède de la nuit, les visages penchés vers des mondes lumineux, écrans silencieux où les doigts parlent à la place des regards. Dehors, une pluie fine dépose ses mots sur la ville, sans frapper, sans déranger. Elle connaît la fatigue de la terre gelée et vient juste assez pour lui rappeler qu’elle peut encore vivre. Personne ne regarde vraiment. Et pourtant, quelque chose circule. Les manteaux s’ouvrent à peine, les épaules descendent sans raison, les corps relâchent ce qu’...
Poème
Le cortège avance lentement en silence dans la nuit madrilène étouffante lumineuse rouge. Cercueil de bois. Croix métallique. Silhouettes sombres drapées de tissu mauve. La Lune s’affiche enfin nue espagnole andalouse basque catalane Granada Guernica Barcelona. Procession millénaire. Marche sans prières. Christ ressuscité dans ses enfants anonymes. Les façades muettes contemplent le spectacle des milliers de fenêtres jaunes béantes fardées. Pénitents sans mots. Mains chapelets. Troupeau de co...
Lettre Perdue
Cher père noël, Je t’écris parce que mon papa il dit que les américains ils ont trouvé ta maison sur pluton et qu’ils veulent te la voler avec tous tes cadeaux dans ta hotte. Je savais bien que tu habitais loin. Mon tonton il dit que pluton c’est une planète naine où il fait toujours froid et que personne à part les américains ne peut y aller tellement ça prend du temps. Il parait même que les lutins ils sont nés sur pluton et que les rennes ils vivent sur la planète d’en face. Je l’ai vu sur...
Essai
À 20 ans, Luchaire s’impose rapidement dans le journalisme. Il fonde Notre Temps, journal progressiste et pacifiste, qui devient un phare pour les esprits éclairés de son époque. Sa prose est élégante, persuasive, et il attire autour de lui un cercle influent : politiciens, diplomates, artistes et intellectuels fréquentent ses salons et ses dîners. Luchaire incarne l’homme du monde : raffiné, séduisant, doté d’une culture encyclopédique et d’un charisme qui force l’admiration. Ses articles, s...
Poème Classique
Nous marchons dans le vent, l’air fier le port altier, Nos dix-sept ans dressés devant le monde entier. En spectateur usé, le badaud nous observe, Admire sans un mot une jeunesse en verve. Je te veux maintenant mon rêve coloré, Les yeux fardés de noir, le regard mordoré, Habillée en diva, maquillée à l’extrême, Tu m'envoies des baisers et lâches des « je t’aime » Les vitrines brillent à la lueur du soir, Éclairent le pavé, perpétuel pochoir, Où s'agitent pressés les vendeurs mercantiles, Pour...
Histoire Courte
Des femmes et des enfants venant de la route principale se dirigeaient vers la rivière. Les yeux éteints, les bras le long du corps, ils marchaient d'un pas assuré, lentement et sans parler. Le lieutenant Brody me montra le début du cortège, loin à l'horizon. Des milliers, peut-être bientôt des millions de personnes suivaient un même chemin. Ils semblaient obéir à une voix intérieure ou à un schéma divin. - Il faut les empêcher de se jeter dans l'eau ! avait ordonné le général Watson. J'avais...
Poème
Une mère de douceur avec l’enfant sur son cœur Une mer dont la houle m’abrite en sa chaleur L’une berce et l’autre me balance entre ses bras Lisses et mouvantes comme la vie dans ses états Une mère à la marée montante caresse ma chair Une mer fluide m’enveloppe en son sein protecteur L’une m’endort près de son âme qui m’espère L’autre me cache dans son silence en profondeur Une mère en sa grâce marine guérit mon âme Une mer en son giron me réfugie du monde L’une me pose en son calme et paix f...
Poème
Entre deux saisons Le sol porte encore les traces d’hier, feuilles froissées, neige hésitante, mémoires posées sans bruit au bord du présent. Rien ne disparaît d’un coup. Tout se retire lentement, comme une douleur qui apprend à ne plus crier. Au-dessus, le ciel respire autrement. Il n’annonce rien, il ouvre. Une lumière plus souple, presque timide, comme si le jour réapprenait à exister. Les arbres sont nus, mais déjà pleins de ce qui vient. Ils savent sans montrer. Ils tiennent sans preuve,...
Texte court
Ouvre ton cœur Pour lui, les mots sont des mots. Rien de plus. Enfin, c’est ce qu’il dit. En réalité, il ne parle pas. Il bavarde. Il ne se livre pas. Il raconte. J’aimerais tant qu’il dise ce qu’il porte en lui : les fleurs fanées de jadis, les sentiers perdus, les pierres du chemin, les arbres abattus. Les mots sont des coquillages, mon ami. Prends-en un, rien qu’un. Pose-le contre ton oreille : écoute ce qu’il te murmure. Entends-tu les vagues mugissantes de tes pleurs refoulés ? Recueille...
Texte court
À trop vouloir l’inaccessible, on croit atteindre les étoiles. Leurs robes magnifiques habillent la voûte des cieux en multitudes d’éclats de lumière. Leurs courses filantes entraînent avec elles les vœux des enfants, tandis que je les regarde de la terre, incapable de briller avec elles. On s’imagine être plus grand qu’on est. Pour un succès, une victoire minime, nous voilà déjà rois couronnés de gloire, nos âmes gonflées à la chaleur vaniteuse ambitionnent toujours plus, toujours mieux, tou...
Article
Marcabru apparaît dans l’histoire comme une voix surgie trop tôt, trop lucide pour son époque, et sans doute pour cela restée en marge. Il naît au début du XIIᵉ siècle, dans le sud-ouest de ce qui deviendra la France, probablement en Gascogne, une terre de passages, de langues mêlées et de cultures encore poreuses. Son origine est floue, presque volontairement brouillée par la tradition : on le dit enfant pauvre, abandonné, recueilli, élevé loin des certitudes de la noblesse. Cette incertitud...
Poème
Au milieu des heures qui passent sans se retourner, entre les écrans, les gestes répétés, quelque chose s’ouvre sans prévenir. Ni bruit. Ni rupture. Juste un apaisement qui descend doucement, comme une main invisible posée sur le tumulte. Alors le monde continue, mais il ne pèse plus. C’est une paix qui ressemble au désert au printemps. Pas celui qui brûle, ni celui qui écrase, mais celui qui respire encore, qui garde en lui la mémoire de l’eau. Le sable y est tiède, le vent discret, et la lu...
Article
Héliogabale : l’empereur qui bouleversa Rome par sa jeunesse, ses excès et ses provocations. Héliogabale, né vers 203 après J.-C., fut l’un des empereurs romains les plus célèbres pour ses excès et ses scandales. Son nom de naissance était Varius Avitus Bassianus, mais il est surtout connu sous le nom d’Héliogabale, en référence au dieu solaire syrien El-Gabal, qu’il vénérait avec une ferveur quasi obsessionnelle. Il accéda au trône à l’âge de seulement 14 ans, soutenu par sa famille influen...
Article
Germaine Acremant naquit en 1898 dans une petite ville du Nord de la France, entourée de collines douces et de rues pavées où la vie semblait suivre un rythme immuable. Fille d’instituteurs, elle grandit dans un foyer où les livres n’étaient jamais absents, où les histoires circulaient autant à voix haute que sur le papier. Très tôt, elle apprit à écouter les gens, à observer leurs gestes, leurs regards, leurs silences, et à percevoir la poésie cachée dans le quotidien. Cette enfance à la foi...
Histoire Courte
Doudoustein sortit le premier du placard à jouets. Comme la plupart des peluches du cru, il avait subi bien des manipulations, des retouches et des modifications hasardeuses. Pourtant, hormis quelques cicatrices et coutures mal ficelées, il ressemblait à n’importe quel innocent doudou, le compagnon idéal des enfants. Maman ne remarqua pas la différence. Pour elle, tous les cadeaux offerts à ses deux filles terminaient invariablement dans un état proche du pitoyable. Les doudous n’échappaient...
Histoire Courte
La séquence de mise en orbite s’amorça sous la supervision de l’ordinateur de bord, une intelligence artificielle embarquée dernier cri dénommée SISTER. Les passagers sortaient de leur longue période de sommeil, une phase de stase de quatre années. Le voyage à destination de Kepler-199 z prenait fin. Ils pourraient étudier cette planète et peut-être, par la même occasion, découvrir ce qu’était devenue la précédente mission dirigée par le commandeur Wilson. La sphère verte s’affichait sur l’éc...
Article
Dans les années 1970, la France restait profondément marquée par l’onde de choc de Mai 1968. Une génération entière, secouée par les mouvements sociaux et la remise en question des autorités traditionnelles, cherchait à faire entendre sa voix face à ce qu’elle percevait comme des abus de pouvoir et des violences d’État. Dans ce contexte, les violences policières deviennent un symbole majeur de l’injustice, et la culture populaire s’en empare avec une force nouvelle. La satire de presse, le ci...