J’ai menti ! Moi qui ne mens jamais, j’ai menti. Je croyais ne pas aimer mais j’aime quand même. La vie a de nouveau offert la neige de l’hiver et le froid de Janvier. Elle a continué, facétieuse, à rire de l’automne, à féconder la terre. Sans permission, elle imite le vent qui ramasse et succombe, qui voyage et revient. J’ai menti. Je ne le savais pas. Comment aurais-je pu deviner que les jours donneraient encore les sourires, les regards et les écharpes bleues marine. J’ai menti c’est là to...
La Glace et le Feu Quand dans une même journée, à quelques heures près, le quotidien prend des allures de rires et de pleurs, d’espoir et de mélancolie. Dieu que ces soubresauts de la vie sont un mystère ! Je marchais le long d’un chemin de crête, en équilibre, comme funambule à quelques mètres au-dessus du sol. J’imitais les oiseaux dans leurs voltiges. Puis, avec les écureuils fugueurs, je grimpais vers les sommets d’un sequoia invisible. J’aime tant les hauteurs. La vie est ascenseur selon...
Le second Tu passes en second, tu comprends, n’est-ce pas ? Le second. Le second de cordée, le second souffle, le second violon.Soutien essentiel, derrière le premier, celui qu’on voit, qu’on applaudit, qu’on connaît.On sait qu’il est là, discret, silencieux, pas invisible, non, enfin, pas tout à fait. Il ne parle pas, il souffle.Il n’argumente pas, il inspire.Il n’exhibe rien, il indique. L’un agit, l’autre veille ; l’un chante, l’autre murmure ; l’un entonne, l’autre suit.Sa vocation ressem...
Ça s’fait pas Ça s’fait pas de dire que t’aimes trop Ben non quoi d’habitude on l’dit pas Fait pas d’histoire. Arrête avec ça. On n’aime jamais comme tu dis. Tout ça, c’est que des histoires. Ça s’fait pas d’refuser. Ben oui quoi, c’est pas poli. Trouve une excuse au moins. Fait pas ta crâneuse. Accepte. Ça s’fait pas de dire que t’aimes pas. Ben au moins tu pourrais faire semblant. Les gens, ils aiment quand on les aime. Fait pas des manières. C’est pas joli. Ça s’fait pas d’être malade long...
LES COEURS DROITS Un oiseau sur la branche chante les cantiques de l’Éternel, sans public ni même un regard.Les arbres décoiffés de l’hiver exhalent leurs frissons, nus et froids, sans regrets ni pleurs. Les herbes hautes s’amusent sous le souffle du vent, joyeuses, sans juges ni remords.Le lierre sur le mur grimpe sur les pierres, à l’ombre des jardins, sans freins ni retard. La nature va son chemin sans personne, quelle que soit la saison, sans nous ou nos refus. Les cœurs droits chantent l...
Les Chimères Une toupie aux allures facétieuses qui flottait dans l’espace entraînait dans son oscillation bien des images. D’abord, les oiseaux de l’innocence accrochés à leurs rêves d’enfant, les turpitudes de l’adulte tendu vers l’inaccessible, et les aînés dans l’attente des joies d’autrefois. Ensuite, j’ai vu les oiseaux de l’indicible qui cherchaient le verbe censuré, les aurores boréales dont les arabesques formaient les vains présages de la paix, les chants langoureux des amours qui ...
Je suis une île Je suis une île au milieu de l’eau. J’avance sur la mer et ses flots langoureux, on dirait que je danse sur le bleuté des vagues voyageuses. Je glisse au fil de l’océan, ou plutôt non, c’est lui qui bouge. Enfin qu’importe, on dirait que je surfe sur l’immensité des larmes en pleurs. Le soleil darde ses rayons sur moi, pourtant, esseulée, je n’ai guère envie de briller. Je préfère et de loin me laisser aller comme ça lentement, sans plus penser, sans plus rêver, juste planer à...
Carte postale Il y a trois mois environ, j’ai dû procéder à un tri sélectif dans toute ma correspondance. J’ai dû relire les lettres anciennes de la part d’amies qui avaient depuis longtemps quitté ma vie, j’ai souri devant les dessins des enfants du catéchisme, sans compter les recettes de cuisine écrites à la va-vite sur du papier jauni. Bref, beaucoup d’écritures à trier, ensuite, je devais choisir : garder ou jeter. Je suis plutôt du genre : « poubellophile » alors, forcément, beaucoup de...
Un an La femme m’a regardé bien dans les yeux, elle a dit : « Un an, il vous faut un an ». Un an pour quoi faire ? « Un an pour faire votre deuil ». La fameuse phrase : « Faire son deuil » comme on fait un bouquet, comme on fait un tricot ou un chemisier, comme on fait un cent mètre. Un an. C’est si court, c’est si long, un an. Le manque va et vient comme un moineau fait son nid, sans le savoir, l’oiseau fait son deuil. La mer creuse un sillon dans le sable, elle trace une grande rigole. Elle...
On est tous pas normal. Tu dis que tu t’inquiètes pas. Mais je vois bien à tes rides sur le front, que peut-être, c’est pas toujours le cas. J’entends chanter tes certitudes avec la voix d’un ténor, prêt à le démontrer bien haut. Mais je vois le rictus sur tes lèvres et tes ongles rongés, t’es pas si fort mon gars. T’es pas si sûr non plus. Tu élèves la voix pour clamer combien la société est naze, combien faut la changer, combien « Messieurs, Mesdames, plus rien ne va ». Mais j’observe ton p...
Clopin-Clopant Le rouge et le noir subsistent en nos âmes écartelées d’espoir. Le jour et la nuit chahutent en nos cœurs divisés. Nous avançons habillés de nos contraires, de droite et de gauche, sur nos sentiers du choix. Nous marchons vêtus en parures opposées, de bâbord à tribord, sur nos voiliers perdus. J’ai beau nier, on dirait des regrets et des mercis, au même endroit, dans la contradiction. Nous allumons, tantôt de jour ou bien de nuit, le feu et l’eau sur nos parvis gelés. *********...
La Vie à l’envers C’est quoi la mort ? Comment fait-on pour mourir si elle ne vient par surprise ? La mort comme : La clef de la porte vers les jardins du ciel. Une fenêtre vers un demain sans ombre. Un vol d’hirondelle dans l’espace aérien. Une course olympiade peuplée de vainqueurs. Un arbre sans pareil debout en toutes saisons. Une table de banquet qui ne manque de rien. Une terre ensemencée de jonquilles et de coquelicots. Un vent léger au parfum du Lilas et des roses. Un poisson qui scin...
Le Moulin Je suis un moulin ou un cœur, je ne sais plus. En haut d’une colline ou au sommet de mon âme, là encore, je ne sais plus. La monotonie des journées sans soleil intérieur me navre autant que les nuages en sommeil qui défilent dans mon ciel juste au-dessus. Le ciel, parlons-en du ciel, allez savoir ce qui s’est passé, j’ai parfois l’impression d’un grand désert sans Dieu, ni anges, dans l’obscurité de l’automne, vous savez, ces soirs de novembre où la terre est couverte de tous les fe...
J’entends parler les fleurs Dans le parc près de chez moi, les jardiniers ont bien travaillé. Plusieurs parterres de fleurs sont répartis çà et là. Des fleurs de toutes les couleurs, celles dont j’ai oublié le nom et puis celles que je connais. J’aime à me promener au milieu d’elles. Pour peu qu’en plus il fasse beau, vous n’imaginez pas les conversations que nous avons ensemble. C’est un dialogue intemporel, irréel, fabuleux, onirique et réaliste tout à la fois. Les myosotis bleus, roses ou ...
La violoniste Je regardais sur mon écran la jeune fille au violon de lumière. Elle jouait comme on caresse le visage de son nouveau-né. Douée d’une dextérité peu commune que chacun avait pu décelée dès son plus jeune âge, la violoniste âgée de 15 ans à peine n’avait jamais cessé de surprendre ceux qui l’écoutaient. Il y avait dans sa musique une tendresse incomparable. Quand elle tenait son violon au creux de son épaule, elle fermait les yeux. Emportée par la mélodie d’un grand compositeur, s...