"La Verticale" est un texte court mis en ligne par
"Deogratias"..
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La Verticale
Je m’agrippe comme les deux bras d’un enfant entourent les jambes de sa mère. Je tiens bon, je ne veux pas mourir. Hors de question d’abandonner le combat, c’est une question de vie, que dis-je, de survie. Je ne veux pas tomber sur le sol en larmes en ce jour de pluie. Oh bien sûr, je suis tout mouillé de chagrin, des gouttes d’eau me glissent un peu partout, ce n’est pas grave. L’essentiel, le plus vital, c’est de continuer mon labeur, ma vie, que dis-je, ma survie. J’escalade le long des parois sans m’arrêter, je ne veux pas m’effondrer. Je suis si tenace que, si je tombe, le mur tombera aussi. J’arpente tout du long sans connaître le chemin. Ce n’est pas important, ce qui l’est, c’est de poursuivre ma quête vers les hauteurs. Plus haut, toujours plus haut. Encore plus haut. Et puis tant pis s’il n’est plus là, tant pis si la fatigue me saisit et si mes yeux hagards ne voient plus l’horizon. Qu’importe, je grimpe, je désire le sommet. Tout le temps. Je m’éloigne de plus en plus du bas, de la terre détrempée, pleine de misères et de bruit. Oh oui, j’aime les ascensions. Me plier me briserait à tout jamais. Pris d’une fougue à nulle autre pareille, je monte vers le ciel ou vers les toits. Ah si seulement je pouvais toucher les nuages, les entourer de mes bras géants, les emporter dans ma quête d’innocence. Je m’élève sans contraintes, sans règles, en toute liberté. C’est peut-être pour cela que des yeux me contemplent avec envie. Oh, qu’il est bon, qu’il est sain, et même nécessaire de se cramponner à la surface rugueuse ou lisse de nos existences. Je sillonne l’espace en tous sens, un peu n’importe comment mais en vérité, la seule direction qui m’attire : le haut. Oh si vous saviez combien il m’est indispensable de cheminer ainsi. On me dit volontaire, je crois qu’on a raison. Je m’attache si fort. Oh oui, je ne veux pas mourir. Dites-moi, qu’y a-t-il de pire : quitter ou être quitté ? Autant de morts auxquelles je ne veux pas céder. Je ne prends plus de risques, la chute me tuerait. Je ne veux pas mourir. Oh non, tant pis si c’est sans vous, sans amour ou sans regard. Anonyme mais en vie. Tout me blesse si vite, je n’ai plus de répit. Je gravis les pierres, le crépi ou même le béton. J’avance coûte que coûte, comme un chemin sans fin, comme les heures en fuite, comme l’amour intense. Mes couleurs, je les porte comme un drapeau selon les saisons, sans jamais quitter ma place, mon lieu ou ma maison. Je tapisse bientôt tout l’endroit qui est le mien. Oh je ne veux pas mourir. Ne m’arrachez pas, ma dévotion est telle. Je me lie d’amour, voyez-vous, je noue mes branches, veines de sève, à tout ce qui me tient debout. Je me verticalise. Il s’agit sans doute de ma vocation. Je suis le lierre du mur d’en face. Si solide, opiniâtre. Je ne veux pas mourir. Je m’éprends des murs, des jardins, des gouttières. Oh, je vous en prie, regardez-moi, j’ai tant de choses à vous dire. Oh comme je voudrais vous enrouler de mes baisers, de mes caresses, de mes vœux, de mes oripeaux effeuillés. Je suis le lierre du mur d’en face. Et je ne veux pas mourir.
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La Verticale
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Texte court terminé ! Merci à Deogratias. |
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