Texte court
Elle marchait dans une allée dépourvue d’ombre. Nous étions au mois de Juillet, en pleine canicule. Fatiguée de vivre derrière les volets clos de son appartement transformé en four, elle avait choisi de sortir. A l’obscurité, elle préférait la lumière, malgré la chaleur. Dehors, on respirait un peu mieux. Alors qu’elle avançait perdue dans ses pensées, elle vit juste à quelques mètres sur sa droite, des brumisateurs géants. Pour être plus précise, il s’agissait de piquets de fer bien droits ...
Poème
Les arbres se dénudent En prélude de l’hiver Les endimanchant De céleste lactescence Les jardins se dégarnissent Des atours floraux Les faisceaux de la terre Au printemps refleuriront Le ciel se dévoile Sa chape grise s’émiette Sous les coups de boutoirs Du roi universel La plage se dégage De l’emprise de la mer Sur les sables retrouvés On goûte aux bains de la liberté La nature dévoile l’animal S’ébrouant selon sa loi Aucune hypocrisie n’assombrit La conduite de nos frères inférieurs L’Éden...
Texte
On se fait vieux, on se fait dieux. La sagesse de l’âge procure bien des avantages. Terminées les prises de tête, les embrouilles pour des broutilles, au clou les conn’ ries de futilités ! On peut maintenant être grave et léger à la fois, c’est quand même pas si mal non ?! Telles étaient les pensées du commissaire Mattéi qui prenait sa retraite dans deux jours. Il ne se préoccupait plus à ce stade des dossiers en cours mais uniquement de préparer son pot de départ. Trente bonnes années d’effi...
Reflets de lune
Texte court
Moi, promeneur solitaire et égaré Soir de poésie Lune gibbeuse qui brille Astre lointain Jeune homme qui songe encore À cet affreux putain de sort. Ne sachant plus à qui se fier. Ni sa tête ni son cœur ne peuvent l'aiguiller. Reflets liants Regrets glissants Astre divin, divine lumière Promeneur incertain Âme Solaire Incertaine lueur Un pas vers la liberté Un vers pour ramasser Chemin à prendre où champ à traverser ? Promeneur frileux et agacé – agacé du bruit des autres. Mais bientôt apaisé...
Réflexion sur le sublime
Réflexion
Le sentiment du sublime peut-il être une source de souffrance en ce qu'il est inexprimable ?Tout d'abord, le « sentiment » désigne l'acte et le résultat du ressentir. C'est ce qui nous touche. Le « sublime » désigne en philosophie une expérience esthétique où l'esprit est confronté à quelque chose de démesuré ou de puissant qui le dépasse et suscite à la fois admiration et trouble. Le terme vient du latin « sublimis » désignant ce qui s'élève jusqu'à la limite voir au-delà et met ainsi l'Homm...
Article
Tous les dossiers examinés par les magistrats ont permis de mettre en prison 675 personnes poursuivies pour des faits de pédocriminalité. Sous réserve de vérifications, ce ne serait que la partie émergée de l’iceberg. Il s’agirait ici uniquement des plaintes qui avaient été enregistrées sur Cassiopée. Tous les autres dossiers que les tiroirs des commissariats et des gendarmeries conservent, ne seraient pas encore traités…Sans compter tous les classements sans suite…Sans compter non plus le sc...
Texte
J’ai toujours aimé lire et j’ai vraiment beaucoup lu. Pour être plus précis, je dirai que depuis 1984 je liste tous les titres des livres lus ou relus année après année et aujourd’hui, 10 juillet 2026, je le déclare, sur l’honneur, j’ai lu 4049 livres de toute sorte (environ 110 par an). Et, comme auparavant j’ai bien dû en lire au moins 1500, je laisse au lecteur de ce texte le soin de faire le compte. Dès que j’ai su lire, j’ai lu tout ce qui me tombait sous la main (en plus des illustrés)...
Inclassable
Quand le sport guérit les douleurs, les mauvais souvenirs, les esprits fatigués, quand la danse tournoyante, gainante, pimpante évapore tous les parasites, renouvelle les idées, les pensées, alors on est comme le torrent qui éclabousse les enfants, les rochers, la mère de famille qui s'avance avec précaution, une tarte aux pommes dans les mains, les grandes personnes en robes d'été pour la sortie du dimanche oublient pour une fois le travail, les soucis, c'est qu'elles sauteraient presque à ...
Tranche de Vie
99 ans Aujourd’hui, j’ai reçu un appel de ma meilleure amie. Elle n’entendait plus très bien ce que je disais et je devais crier. Sa prothèse auditive n’est pas toujours bien réglée. Elle s’est écriée, alors que cela faisait cinq mois que nous n’avions pu nous parler : « Tu vois je suis toujours vivante ! ». Je souriais. Je ressentais son étonnement, elle énonçait en effet cette vérité avec un mélange de joie et d’incrédulité. Je prêtais mon attention à la suite : « Mes enfants s’occupent bie...
Texte court
N’ouvrez jamais à la voisine « Qui a changé tous mes bibelots de place ? Une chienne n’y retrouverait pas ses petit et je ne sais plus où je suis ! ». Conseil par pure amitié existentielle : n’ouvrez jamais votre porte à votre charmante et rassurante voire ravissante voisine l’habitude. Toute demoiselle soit-elle, c’est une détestable invitée, affichant toujours le même sourire en coin, portant le même parfum, n'élevant jamais la voix. Méfiez-vous, elle ne sonne pas à la porte, elle la pousse...
Inclassable
Méli-mélo pêle-mêle dans un capharnaum de poupées andalouses, toutes voiles dehors, robes volant dans un vent de plénitude, l'anneau gratifiant un amour sans fin, belles enchantées, envolée lyrique de cents fleurs multicolores, nommer l'innomable, chercher le fin du fin, avoir les mots, avoir le mot, la fine parole derrière tant d'images décousues, donner sa langue au chat, ne jamais s'avouer vaincue m'a-t-on dit un jour, moi je m'en fiche de perdre, on perd, on perd, c'est bien de le reconn...
Mariage
Poème
Quelques fois, arrêté dans ma voiture, Je regarde derrière moi sans bouger. Au loin, comme deux ombres à faible allure, Main dans la main s'avance un couple âgé. Tous leurs pas se connaissent et se ressemblent, Pas un ne se presse bien que tous tremblent. Ils sont un peu béats, un peu niais, Un petit peu tout, ils ont tant vécu. Ils se parlent sans mot, d'un oeil ému, De l'amour ce dialogue sourd est près, Tout comme eux de moi…bon, ils me dépassent. Ce n'est plus eux, c'est nous…notre préfa...
L’Étang
Poème
Je marche, il pleut un peu…il pleut sur moi. Je marche, et l'atmosphère est lourd…pesant ; J'ai chaud, je pense à toi. J'aperçois un étang. Je vois, tout près… un banc, Je m'assois. Je pense, je manque, manquer de tout…de toi. Vide, oui…comme si l'on vidait mon sang, Ce sang, il est à moi! ! Il passe et se répand, dans l'azur froid et blanc. Je larmoie. L''étang noir reflète la lune blanche, C'est peut-être un cygne, mais il est si seul. Que fait-il ? Il se penche. Avec grâce il se noie vêtu...
Texte court
Sauvons les hirondelles ! La canicule tue les hirondelles et les martinets. Ces oiseaux tombent comme des mouches. Blottis sous les toits où la chaleur est encore plus torride, les oisillons précipitent leur premier vol et se retrouvent à terre. Blessés ou morts. Des associations de protection des animaux font un appel aux dons et à des bénévoles : « Un martinet se nourrit en vol, il nous faut donc les alimenter à la pipette. Cinq repas par jour sont nécessaires, nous avons besoin de petites ...
Texte
Un titanesque éléphant rouge écrase de tout petits ânes bleus dans les rues de la capitale fédérale. Des centaines d’ombres crayeuses applaudissent le spectacle de leurs mains tordues. Leurs voix stridentes réclament bruyamment le retour du Seigneur Dieu, de son fils Jésus Christ et des Pères Fondateurs. Une poupée peroxydée déchire avec violence un sombrero fumant sous le feu populaire. Les caméras du monde entier filment la foule en délire pour des millions d’étranges lucarnes avides de san...
Poème
Parastoo Ahmadi, née le 21 mars 1997 à Nowshahr, est une chanteuse iranienne. Elle est diplômée en réalisation cinématographique de l'université Soore. Elle commence à suivre des cours de solfège et de chant (en musique folklorique et en musique classique) dès l'âge de 14 ans. Elle a été condamnée pour outrage aux bonnes moeurs à 74 coups de fouet, ainsi qu’à deux ans d’interdiction de chanter et de quitter le pays, pour avoir chanté sans voile dans un concert diffusé sur YouTube en décembre ...
Un drôle de texte
Journal intime
Avoir la capacité de dire les choses avec aisance ou simplement, je choisis la simplicité par défaut car je n'arrive pas toujours à dire ce qu'il faut. Quand je m'exprime, je sens qu'il manque quelque chose, un certain recul, un sens critique qui m'aiderait à surmonter mes émotions. Je bataille pour l'avoir ce sens critique, je me sens toujours à la trâine, comme si je ne savais pas les choses. Et pourtant... Alors je me crée mon propre langage, avec mes mots à moi, langue pauvre ou élaborée...
Texte
Introduction Tout a commencé ce matin par une place assise au fond du bus. Chose rare pour moi, car les places de l’avant étaient déjà prises. Je me suis installé, presque par défaut, sans me douter que ce petit déplacement allait changer ma manière de voir. J’étais un peu en retrait. Un peu plus haut, à cause de la plateforme arrière. Le regard portait plus loin, différemment. Ce matin-là, des milliers de personnes empruntaient un autobus, un métro ou un train pour se rendre au travail. Ce t...
Texte court
Les rivières courent dans les prairies de Juin, bien qu’essoufflées par les fragrances et les rires du vent, elles ne s’arrêtent jamais. Audacieuses, elles glissent sur les cailloux, elles se prennent pour une patineuse, en chorégraphie liquide sur la terre étonnée. J’écoute leurs murmures, que dis-je, leurs psalmodies ferventes, elles chantent mieux que les oiseaux, bien plus discrètes. Les fleuves impétueux s’en vont je ne sais où, quelque part, là où je ne peux les suivre. De leurs cascad...
Poème Classique
Cinquante ans de mariage, Mais combien de quadrillages Avons-nous donc coloriés De façon appropriée Durant notre tumultueuse existence Où le malheur ne nous a pas donné quittance ? La passion a connu bien des soubresauts Maintenant, l’usure lui donne l’assaut ; Mais ne l'ayant pas mise en jachère Je te montre que tu m’es très chère ; Dans les limbes de l'oubli je cache tes torts, Pour te montrer que mon amour n'est pas retors ; C’est ainsi que je prépare nos noces d’or ; Sache, mon épouse, q...
Kuzco
Poème
Huit milliards d'âmes, huit milliards d'êtres humains errent sur cette belle Terre toute ronde. Chacun, la plupart du moins, la veulent en main, Mais c'est impossible d'être au centre du monde. Huit milliards d'âmes, parmi lesquelles des soeurs passent l'une à côté de l'autre chaque jour, s'effleurent et puis traversent durant des heures le supplice d'une nuit, seules, sans amour. Huit milliards de solitaires, desquels nous deux, effleurés par autrui dans ce terrible jeu, incompris, lésés, b...
Hôtel California
Inclassable
Je voudrais avant tout remercier l’ignorance bienheureuse dans laquelle je vivais jusqu’au milieu de cet été 76 qui, à l’instar de celle du reste de l'humanité, avait préservé mon esprit cartésien d’une déliquescence impie. Le pigiste que j’étais n’avait pas idée des horreurs indicibles cachées derrière les ombres sordides que nous nous efforçons de ne pas voir. Je venais de passer les trois derniers mois à traîner mon calepin dans les hôpitaux psychiatriques du sud de la Californie. En manqu...
Poème Classique
Très tôt dans le métro court le peuple golem, L'appel du souterrain le parque dans la rame, Sans un mot sans un son, juste pur amalgame, Des zéros et des uns, simulacres d'item. Et jusqu'au samedi, c'est le même chelem, La foule s'agrandit, tels des fils sur la trame, Anonyme cheptel en quête du sésame, Un fauteuil au bureau, son ultime totem. Tout nouvel arrivant se montre magnanime Devant le vain troupeau privé de son estime, Un bout d'humanité tombée au minimum. Cette course effrénée amène...
Texte court
Après des épreuves, je désire parfois m’enfermer dans une solitude absolue. Comme je suis croyante, je m’isole dans la prière et le silence. Je coupe le téléphone et ne tolère plus aucune visite, plus rien. Pendant ce moment unique, assise sur le rebord du monde, entre terre et ciel, je prends souvent mon casque pour écouter de la musique. Le « Miserere Mei Deus » (*) de Gregorio Allegri me connecte à la transcendance et à un « Je ne sais quoi qu’on ne rencontre que d’aventure » (*). Je me ta...
Texte court
Un vieux monsieur, c’est comme ça qu’on dit, est venu lui parler cet après-midi. Un monsieur tout courbé, appuyé sur sa canne. C’est ainsi qu’ils sont les vieux messieurs, tout penchés vers la terre. Il s’est redressé pour lui adresser quelques mots. Elle eut beau se rapprocher le plus possible pour comprendre ce qu’il disait, elle ne comprit pas. Elle finit par lui dire qu’elle ne saisissait pas tout à fait ce qu’il voulait lui confier. Le vieux monsieur s’excusa, il tenait un tissu blanc, ...