"Marco, mon frère" est un roman mis en ligne par
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CHAPITRE IX
Déception
Le train entra en gare. Le voyage était fini. Sur le quai, il n'y avait personne mais tous les parents attendaient sur le parking. Les enfants étaient heureux de rentrer après cette absence de quelques jours. Silvère, lui, avait le cœur triste. Il sentait un vide au fond de lui. Cependant, il était quand même content : là, lorsqu'il franchirait la porte vitrée, il retrouverait sa famille. Garçons et filles se jetèrent dans les bras de leur père ou de leur mère. Ils étaient joyeux et commençaient déjà à raconter bruyamment leur aventure. Silvère chercha des yeux cette femme à la chevelure brune, toujours bien habillée et qu'il appelait..:. « Maman ». Il ne la trouva pas. Elle était obligatoirement là, elle devait être allée acheter un gâteau à Mélanie en attendant. Il se dirigea alors vers le bout du parking afin de découvrir la voiture. En s'apercevant qu'elle n'y était pas, il eut l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds. Il sentit sa gorge se serrer, la salive quitter sa bouche. Un grand froid l'envahit des pieds à la tête. Une sorte de panique s'empara de lui. Après tant de présence et de chaleur pendant trois jours, il ne pouvait supporter d'être seul au milieu de tous ces gens. Elle n'était déjà pas là pour lui dire « au revoir » et elle n'avait pas encore trouvé le temps de venir l'accueillir. Où était-elle ? Encore avec quelque amie à déguster un petit gâteau en buvant une gorgée de thé dans un des salons raffinés de la ville ou à quelque rendez-vous qu'elle n'avait absolument pas pu annuler. Alors qu'il était tout à ces pensées chagrinées, une dame qu'il avait quelquefois vue avec sa mère arriva, essoufflée. — Bonjour, Silvère, c'est moi qui viens vous chercher mais il faut que je vous explique. Elle l'entraîna, surpris et en même temps effrayé, vers sa voiture. — Voilà, dit-elle, une fois installée au volant, tandis qu'elle mettait le moteur en route, votre maman et moi étions dans un grand magasin. Nous venions de termine nos emplettes et elle s'apprêtait à me quitter. Nous nous trouvions sur un escalator. Juste alors qu'elle allait poser le pied sur le soi, elle s'est coincé, je ne sais comment, son talon dans l'escalier roulant et elle est tombée. Elle souffrait terriblement de la cheville. Je l'ai alors emmenée aux urgences, à l'hôpital Foch. Elle a la cheville fêlée Lorsque je suis partie, ils allaient la plâtrer. Je vais v reconduire chez vous et je lui ai promis d'aller la rechercher. La dame, qui n'était autre que Lucie parlait beaucoup et Silvère ne put placer une parole. Il pensait qu'il a été méchant de croire que sa mère avait fait exprès ne pas être à la gare. Lucie le déposa devant la grille Il était de nouveau seul, sa valise à la main, mais cette fois-ci, son cœur s'emplit de tristesse à l'idée que sa mère souffrait. Il avait hâte de la revoir et de la câliner un peu. Il appuya sur le déclic et poussa le portillon. Mélanie, qui jouait sur le perron se retourna et courut vers son frère. Elle lui sauta au cou et l'embrassa. — Salut ! petit frère chéri, je suis contente que tu sois revenu. Tu m'as manqué. Maria sortit et vint vers les enfants. Elle tendit les bras vers Silvère et lui dit : — Mon pauvre petit, tu as dû être déçu de ne pas voir maman. Elle le tenait contre elle et lui parlait doucement. Il était ému de ce que lui disait la vieille dame mais il aurait cent fois préféré que ce fût sa mère qui le tînt ainsi. — Viens, je vais te préparer un goûter. Vous avez dû partir de bonne heure ce matin pour être si tôt ici. Elle lui servit des toasts avec de la confiture, un yaourt aux fruits, du chocolat bien chaud. Il mordit avec plaisir dans le pain grillé. Que c'était bon ! Les aliments étaient délicats et c'était agréable. Mélanie, voyant son frère manger avec appétit, fit de même et pourtant, elle avait déjà fait une collation, une heure auparavant. La gourmandise avait encore gagné ! Mélanie n'avait pas beaucoup de volonté. Une voiture stoppa près du perron. Lucie descendit et ouvrit la portière à Claudie. Silvère, qui avait brusquement quitté la table, était là pour aider sa mère à sortir. Elle le remercia, l'embrassa et lui dit, alors qu'il allait lui raconter ce qu'il avait vécu : — Attends, mon chéri, je vais aller m'allonger sur le canapé, au salon, tu me diras tout ce que tu voudras, lorsque nous serons seuls. — Où est papa ? demanda-t-il quand même. — Ton père est à son cabinet et, ce soir, il rentrera tard. Il a beaucoup de travail en ce moment. « Voilà, cela recommence, mon père n'est pas là et ma mère n'est pas disponible. Elle parle avec Lucie qui este assise sur un pouf. Maria a servi le thé. Son amie compte plus que nous », pensa Silvère qui se mit à détester cette femme qui kidnappait constamment celle qu'il aurait voulue à ses côtés plus souvent. Elle ne resta cependant pas très longtemps car elle devait aller au théâtre. Elle prononça des paroles que le garçon aurait voulu ne pas entendre : — Ma pauvre chérie, je vais donc devoir y aller seule, et toi, qui te faisais un si grand plaisir de venir voir cette pièce ; enfin, je te laisse, repose-toi bien afin d'être en forme le plus vite possible. « Le soir de mon retour, elle aurait préféré sortir en ville plutôt que de s'occuper un peu de moi ! De toute façon, elle ne le fait jamais. Elle laisse ce soin à Maria, parce qu'elle nous a élevés, petits », conclut Silvère intérieurement. Effectivement, Claudie préférait la compagnie d’adultes. Elle serait bien restée d'ailleurs sans héritiers et aurait profité volontiers de la vie avec son mari, mais, lui, avait tenu à avoir des enfants. Il les aimait beaucoup mais devait travailler pour entretenir sa famille ; cela Silvère le comprenait bien. Il y eut un grand silence après le départ de Lucie. Il fut rompu par Claudie qui était surprise du mutisme de son fils. — Eh bien, Silvère, toi qui voulais parler aussitôt arrivé, tu ne dis plus rien. Tu ne me racontes pas coin-ment cela s'est passé ? — Cela ne t'intéresse pas, je ne vois pas pourquoi je t'ennuierais avec cela ! Tu aurais préféré aller au théâtre avec ton amie, coupa Silvère méchamment. — Comment oses-tu parler ainsi, Silvère, qu'est-ce qui te prend ? — Parce que tu ne devais même pas être là à mon retour, d'après ce que j'ai compris des paroles de Lucie. — Effectivement, je sortais ce soir. Je ne pouvais pas faire autrement, j'avais reçu une invitation personnelle d'un des membres de la troupe. De toute façon, je suis là, alors, que me reproches-tu ? — Que ce soit Maria qui me demande des renseigne-nieras sur mon voyage, qui sois heureuse de me revoir. — Mais je suis très contente que tu sois rentré, mon chéri ! Allez, nous allons manger, il commence à être tard, conclut Claudie, qui sonna Maria. Au repas, on parla vaguement du séjour à la montagne. Silvère répondit aux questions mais ne mettait pas tout son cœur à raconter. Il gardait en secret les doux moments vécus près de ses amis. Il embrassa sa mère et sa sœur et monta se coucher, prétextant être très fatigué. Il se mit au lit et prit un livre de Tintin et Milou. Il n'en lut pas bien des pages avant de s'endormir. Un souffle sur son visage et un frôlement très doux le réveilla. Il prononça doucement : — Papajo. Il entendit répondre : — Comment m'appelles-tu ? Alors, mon fils, je n'ai pas voulu me coucher avant de venir te dire bonsoir. Comment cela s'est-il passé ? — Très bien, papa, bredouilla-t-il. — Je n'ai pas voulu te réveiller, tu sais, mais j'ai vu de la lumière et j'ai cru que tu ne dormais pas alors, je suis entré. — Tu es gentil, papa. Antoine embrassa son fils, lui passa la main sur la tête et murmura : — Dors bien, mon bonhomme. Silvère se retourna, prit son oreiller dans ses bras et poussa un profond soupir. Lorsqu'il s'éveilla, il crut ne pas avoir suffisamment dormi. Il pensa qu'il était très tôt : c'était calme, il faisait sombre. Il regarda sa montre avant de s'apprêter à se rendormir : 10 heures. Il se leva sans entrain et ouvrit les doubles rideaux. Il faisait gris, peut-être allait-il pleuvoir ? Les vacances de Pâques commençaient bien ! Que ferait-il pendant ces quinze jours de repos s'il pleuvait. Il descendit. Il trouva sa mère dans le salon. Il l'embrassa. — Bonjour, maman, as-tu déjà déjeuné ? — Non, je vous attendais. — Oh ! Que je suis content, maman ! Je cours réveiller Mélanie, tu dois mourir de faim, si tu t'es levée tôt. Au cours du déjeuner, la conversation fut soutenue. — Alors, Silvère, ce matin, j'espère que tu vas un peu me parler de Marc. — Oh ! Maman, il est gentil, si tu savais. Un matin, je trouvais l'eau trop froide pour me laver. Eh bien ! Il me l'a chauffée. — Comment ? Il n'y avait pas de salle de bain ? — Non, et alors ? On peut se laver quand même, il suffit d'avoir de l'eau et une cuvette. J'ai trouvé cela très bien. Tu sais, les cow-boys, autrefois, se lavaient juste dans le ruisseau. — Comment as-tu trouvé son père ? — Formidable, maman. Il venait nous réveiller, en nous embrassant, même moi, pourtant, je n'étais pas son enfant. Je l'appelais « Papajo ». — Papajo, pourquoi ? — Parce qu'il s'appelle Georges. — Oui, mais pourquoi papa, il n'est pas ton père ! — C'est comme ça que Marc disait et son père préférait que je le nomme ainsi, plutôt que monsieur. Il était si gentil que je n'ai pu m'empêcher de faire comme Marco. — Tu n'aurais pas dû, ce n'est pas correct, gronda Claudie. Et la nourriture, ajouta-t-elle, était-ce bon ? — Oh oui ! J'ai mangé de grosses tartines beurrées, du potage avec des croûtons dedans, de la viande avec des navets à la crème, du fromage de chèvre. — Des navets à la crème ? Et tu as aimé ? — Oui, c'est très bon. Tu n'en as jamais goûté ? — J'avoue que non et je n'y tiens pas. — Dis, maman, le matin, lorsqu'on se levait, le déjeuner était sur la table. Après, nous allions à l'école. — Comment t'y rendais-tu ? — A vélo. Marc m'emmenait sur le porte-bagages. — Mais, c'est très dangereux ! — On ne pouvait pas faire autrement, continua Silvère, son père n'avait pas le temps de venir nous conduire, lui. — Pourquoi lui, s'il te plaît ? — Parce qu'il devait traire ses chèvres et ses vaches. Toi, tu as tout ton temps, pas lui. — Que faisiez-vous le soir, vous regardiez la télévision ? demanda Mélanie qui suivait le dialogue avec attention. — Non, ils n'en ont pas. On s'asseyait au coin du feu, devant la cheminée. Papajo nous racontait des histoires du temps passé, c'était bien. — Tu n'avais pas peur ? continua-t-elle. — Peur de quoi ? — D'être au milieu des montagnes. — Mais non, tu sais, le père de Marc était toujours là. Dans la journée, il travaillait à la ferme. Le soir, il ne sortait jamais. Marc et lui ne se quittent jamais. — Si je comprends bien, reprit Claudie, tu es enchanté de ton séjour. — Oui, la vie était différente de chez nous, tellement plus près de la nature. Il n'y avait pas de confort, même pas de chauffage dans les chambres. — Tu as dû avoir froid ? dit Mélanie. — Oui, surtout aux pieds, mais Marc me les réchauffait en posant les siens sur les miens. — Effectivement, tu avais la chaleur humaine qui remplaçait le manque de chauffage, conclut la mère. Maintenant, tu es de retour, tu seras quand même mieux ici. — Mais, j'étais vraiment très bien chez Marc, reprit Silvère. — Bien sûr, mais c'est néanmoins plus confortable ici, tu ne trouves pas ? — Oui, répondit-il sans conviction alors qu'au fond de lui-même, il pensait : « Peut-être plus confortable au point de vue chauffage, salle de bain, cuisine, mais, avec Papajo, on pouvait discuter, rire, chanter de vieilles chansons, et ça, ça vaut cent fois plus que de vivre côte à côte, dans la richesse, presque sans se voir. » Ils se levèrent et quittèrent la salle à manger. |
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Marco, mon frère
appartient au recueil Ecriture longue
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