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Marco, mon frère - Roman

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CHAPITRE V

Correspondance

    Silvère était rentré de la Côte d'Azur le jour précédent. Il avait fait très beau. Il avait rencontré une bande de garçons sportifs. Il avait occupé son temps en pratiquant le sport d'une façon intensive. Tous les matins, était organisée par le professeur de gymnastique une séance de mise en forme. Il y participait avec des dames et quelques messieurs qui voulaient faire attention à leurs formes. Ensuite, il s'inscrivait à des jeux nautiques ou terrestres ou à des parties de tennis. Il plongeait et nageait également dans la grande piscine circulaire qui appartenait au centre de vacances où il se trouvait. Certains jours, il avait aidé les animateurs à préparer les soirées dansantes. Quelquefois elles étaient tahitiennes ou d'autres jours espagnoles. Le décor devait faire penser au pays et les danseurs étaient en costume national. Cela donnait un gros travail de préparation. Il s'y occupait de bon cœur. Ainsi, il ne s'ennuyait pas. Plusieurs fois, il fit quelques promenades proposées aux clients. Ainsi, il y eut une journée « polynésienne » aux îles de Porquerolles. Ils y allaient dans un bateau qui les débarquait à 200 cents mètres de la plage. Les gens devaient rejoindre le rivage à la nage. C'était un amusement pour Silvère. Les soirées étaient très animées : parties de cartes, tour de chant de vedettes, théâtre ou tout simplement cinéma. Des journées bien remplies l'empêchèrent d'être triste.

   Mélanie allait au club-junior où elle avait une foule de copines. Claudie s'adonnait à son sport favori : le « bronzing ». Elle ressemblait à une Martiniquaise avec ses longs cheveux noirs et sa peau très brunie. Elle portait toujours, le soir, des robes qui l'avantageaient beaucoup. Le maximum de peau dorée était montré. Elle était assez fière de son bronzage. Il faut dire qu'elle n'avait pas de mal à bronzer. Elle avait un teint qui aimait le soleil et son épiderme supportait très bien les rayons ultra-violets. Silvère était comme sa mère : toute la journée en maillot de bain. Il avait une jolie couleur de pain grillé. Par contre, Mélanie avait la peau très fragile, rougissait et pelait. Elle était revenue un peu hâlée, tout de même. Ils étaient cependant tous les trois bien reposés. Maria l'était aussi. Pendant les quinze jours qu'ils avaient été aux îles Baléares, elle était allée chez une de ses sœurs à Paimpol. Le mois d'août avait été très calme pour elle : son seul travail avait été d'entretenir la maison et de préparer le souper d'Antoine. Il ne rentrait pas le midi. Il déjeunait en ville, soit dans un snack ou chez des amis qui l'invitaient souvent. Toute la famille était de nouveau réunie : Antoine à son travail, Claudie à ses occupations de dame du monde, Maria à ses casseroles et les enfants à leurs jeux pour une semaine encore.

   C'était le 8 septembre. Il faisait encore très beau mais les jours raccourcissaient déjà. L'automne allait arriver. Les feuilles allaient tomber mais auparavant, tous les enfants de France retrouveraient leurs pupitres, leurs devoirs, leurs leçons, leurs amis. Silvère restait songeur en pensant à ce jour de retour à l'école : il n'y reverrait plus Charlie. Que devenait-il ? Il n'avait plus de nouvelles. Il espérait tous les jours un signe du Brésil lui disant : « Salut ! vieux frère, que deviens-tu ? Moi, ça va ! » Ainsi commençaient toujours les lettres de Charlie.

   Le lendemain, Claudie emmena ses enfants en ville. Il fallait les rhabiller absolument pour la rentrée des classes. Elle s'arrêta au parking souterrain et se dirigea avec eux vers le centre de la ville. C'était là que se trouvaient tous les magasins chics. Claudie ne consentait jamais à acheter des vêtements dans un supermarché quelconque. Seules étaient valables les tenues de marque, achetées à prix élevé dans des boutiques très connues. Mélanie, qui était coquette, adorait ces moments, juste après les vacances et quelques jours avant l'école. Silvère, lui, aimait être correctement vêtu mais n'aurait jamais voulu avoir à essayer. Devant la vitrine de « Dix à Douze », Claudie s'arrêta un instant car elle avait vu un gilet pour Silvère. Elle traîna son fils à l'intérieur de l'établissement pour l'essayage. Il en fut de même pour le pantalon chez « Jeunesse », la chemise chez « Boy's », les chaussures chez « Conforty ». Mélanie ne se fit pas prier pour revêtir la robe, le tablier, le manteau et mettre son pied dans de jolis mocassins. Claudie choisit également pour sa fille les meilleures griffes. Ce fut dans la librairie « Stylpap » qu'ils choisirent le matériel nécessaire au bon travail. Claudie disait à ses enfants : « Les bons ouvriers ont toujours leurs outils. Si tu achètes des fournitures à bon marché, tu risques d'avoir des ennuis en classe : ton stylo qui coule, ta gomme qui arrache le papier, pendant que tu t'occupes de ton matériel, tu n'écoutes plus le professeur. »

   Mme Boismorin aimait beaucoup fureter, regarder les devantures, même si elle n'avait plus d'achats à faire. Mélanie sautillait en tenant le bras de sa mère, Silvère, par contre, traînait la jambe et se faisait tirer l'oreille pour avancer. De plus, il faisait chaud ce vendredi. « Si lundi il fait aussi beau, ce sera une vraie catastrophe » pensa-t-il. Il n'avait guère le courage de retourner s'asseoir sur les bancs de la classe. Certainement, il aurait l'instituteur des CM 2 de la salle qui se trouvait à côté de la sienne l'an dernier. Il ne l'aimait guère. C'était déjà pour lui un cauchemar.

   Le dimanche, Silvère se leva avec cette idée fixe de la rentrée pour le lendemain. La journée passa vite, contrairement à certaines des vacances. Il aurait aimé que le temps ralentît et que ce jour reculât indéfiniment. Le soir, en se mettant à table, Silvère avait déjà peu d'appétit. On le servit comme d'habitude. Il regardait son escalope de veau panée avec répugnance, bien qu'il fît semblant d'avoir faim. Il ne voulait rien laisser paraître. A chaque bouchée qu'il mettait dans sa bouche, il se sentait défaillir. Il allait être malade, il en était sûr. Il devait pâlir à vue d’œil mais personne ne fit de remarque. A un moment, il sentit vraiment qu'il allait vomir et se précipita dans les toilettes. C'est ce qu'il fit. Il était malade ! Il avait l'impression que son estomac allait se décrocher. Au bout d'un moment, il sortit, ses jambes fuyant sous lui, et monta dans sa chambre. Mélanie vint aux nouvelles. Ses parents ne se déplacèrent pas. Ce petit malaise arrivait parfois à Silvère, lorsqu'il était angoissé.

   Le réveil surprit les deux enfants le lendemain à 7 h 30. Ils se levèrent d'un bond. Il ne fallait surtout pas être en retard le jour de la rentrée des classes ! Silvère sentit la bonne odeur du café frais qui venait de la cuisine, lorsqu'il ouvrit la porte de sa chambre. Tout le monde se retrouva au petit déjeuner, même Antoine qui était de repos le lundi matin. Il ne faisait que les visites à domicile l'après-midi.

   Silvère n'était pas très vif, par contre, Mélanie l'était pour deux. Elle allait retrouver de nombreuses amies et en faire d'autres. Sans arrêt, elle demandait si on allait bientôt partir et cela agaçait son frère. La petite fille sautait d'un pied sur l'autre dans le couloir. Enfin, vint l'heure de prendre le cartable et de monter en voiture. Sur le chemin de l'école, ce matin-là, on pouvait voir des enfants se diriger à vélo vers celle de leur village. Le soleil se moquait d'eux en leur faisant penser aux vacances. L'air matinal était cependant frais. La brume allait se lever lentement et la journée serait belle. La voiture stoppa devant l'énorme bâtisse aux grosses pierres que les enfants n'avaient pas revue depuis le mois de juin.

   On avait tondu les pelouses et balayé la cour. Les portes étaient grand ouvertes pour les accueillir. Devant elles, les maîtres parlaient entre eux. Silvère et Mélanie claquèrent les portières et franchirent le portail. Ils déposèrent leurs cartables au vestiaire. Silvère reconnut cinq maîtres mais l'un des six qu'il avait comptés, il ne l'avait jamais vu. Peut-être était-ce un stagiaire qui venait pour observer la classe d'un collègue plus âgé ? Durambert en avait reçu quelques-uns au cours de l'année précédente, des normaliens disait-on. Tout en le regardant, Silvère pensait : « Mais, il y a six classes, il faut donc six maîtres. »

   Faisant l'inventaire des cours et des maîtres présents, il s'apercevait que le CM 2 était vacant. Etait-ce possible que cet homme si jeune leur fît classe ? Jusqu'ici, dans l'école « Romain-Rolland », il n'y avait eu que des instituteurs d'un certain âge.

    Celui-ci, par contre, n'avait pas plus de 22 ans. Il était grand, mince et musclé. Ses cheveux blonds bouclés retombaient sur ses épaules. Il portait une chemise en coton très ample sur un jean légèrement délavé. Tous les enfants le regardaient du coin de l’œil.

   Silvère se dirigea vers un garçon aux cheveux fraîchement coupés qui était assis sur un banc et lui demanda :

   — Dis, Stéphane, tu as vu le grand gars qui parle avec M. Azmadan ?

   — Oui, je crois que c'est le maître qui doit remplacer le père Durambert. De toute façon, moi je redouble, ça ne me concerne pas. Silvère se renseigna auprès de Luc, cette fois, un élève qui était dans sa classe l'an passé et qui allait être encore avec lui :

   — Eh ! Luc, sais-tu qui c'est ce gars, là bas ?

   — Oui, c'est notre nouvel « instit », ça nous changera de « Bébert », tu ne trouves pas ? Ma mère est venue voir le directeur hier au sujet de la cantine et il était avec cet homme-là, ils parlaient de fournitures et de livres lorsqu'elle est entrée. De plus, Azmadan lui a présenté le nouveau maître, M. « Zigoze » je crois, mais je n'en suis pas sûr. Il paraît que c'est sa deuxième année d'enseignement.

   — Tu crois qu'il est sévère ? interrogea Silvère.

   — Non, ma mère m'a dit qu'il avait l'air très gentil mais, tu sais, il faut toujours se méfier. La cloche sonna. Ainsi, tout allait s'éclairer soudain. Le directeur s'éloigna du groupe et monta sur le perron de l'école. Il appela tout le monde au calme. Il tenait une feuille à la main, il dit :

   — Vous vous rangerez en colonne à l'appel de votre nom, devant le numéro inscrit sur le sol désignant la classe dans laquelle vous êtes aptes à passer. Durand Jacques, Herbert Christian, Valentino Gucio, vous vous rangerez au numéro un...

   Il appela ainsi de nombreux élèves. Les rangs se formaient lentement. Les trois cours élémentaires de l'école étaient désignés, allaient suivre les cours moyens. D'abord se rangea le cours moyen première année, ensuite vint le tour du cours moyen deuxième année. Deux maîtres s'avancèrent : M. Dutan et ce M. « Zigoze ». En lui-même, Silvère priait pour être dans la classe du nouveau. Il n'aimait pas M. Dutan qui lui avait fait une réflexion un jour. Il en avait peur. Il fut tiré de ses rêves en entendant son nom :

    Boismorin Silvère, classe cinq.

   Grand Dieu, il se trouvait avec M. Dutan. Tout ce l'il I redoutait tant le frappait droit au cœur. C'était impossible ! Que deviendrait-il ? La colonne commença à s'ébranler derrière le maître pour se diriger vers la salle de cours.

   Soudain, le grand homme blond s'écria :

   — S'il vous plaît, Monsieur le Directeur, cet élève-là , il est inscrit sur ma liste. M. Dutan regarda la sienne et conclut :

   — Effectivement, Boismorin est inscrit dans deux classes. Eh bien, c'est une erreur. Il doit bien être avec vous. Allez, Silvère, suis Monsieur.

   Silvère ne fit rien paraître mais était au comble de la joie. Le maître le regarda et lui sourit. Ces yeux verts dans ce visage bronzé entouré de cheveux blonds bouclés lui firent penser à certaines images du Christ. C'était un miracle ! Il n'en croyait pas ses yeux ! Il revint bien vite sur terre et pénétra dans la classe. Tout le monde prit place et attendit patiemment. L'instituteur les regarda, se dirigea vers le tableau et tout en écrivant son nom, il dit :

   — Je m'appelle Gil Miroz et je remplace M. Durambert à titre, définitif. J'espère que nous travaillerons bien ensemble. J'ai 22 ans et je suis célibataire. Afin de mieux vous connaître, je vais vous demander de lever la main à l'appel de votre nom.

   Lorsque Silvère leva le doigt, il lui dit :

   — Eh bien, mon bonhomme, tu as failli ne pas être des nôtres !

   Silvère pensa aussitôt, en souriant : « Heureusement que je travaille assez bien car je suis déjà remarqué malgré moi. »

    La matinée passa vite, il fut question de matériel et de distribution de livres et de fournitures. Le midi, Silvère avait très faim, son tourment était apaisé. Il se trouvait à côté de Germain, qu'il connaissait bien. L'après-midi, eut lieu l'élection des membres du bureau de la coopérative scolaire. Le maître fit une proposition qui enchanta la classe entière :

   — Si on faisait de la correspondance avec une classe de montagne, nous pourrions ainsi rendre visite à vos amis pendant cette année. Ils pourraient venir aussi chez vous. Vous en parlerez à vos parents. S'ils sont d'accord, nous ferons une demande de correspondants. Donnez-moi la réponse assez vite car les annonces risquent de mettre quelque temps à être publiées. Mais, moi, j'aimerais savoir si vous, vous êtes d'accord. Un « oui » fusa dans la salle. Devant un si grand enthousiasme, l'instituteur sourit et calma ses élèves :

   — Attention, rien n'est décidé. Si vos parents refusent, nous ne pourrons pas faire le voyage.                      

     — Vraiment, il est bien cet instit-là, dit Silvère à son camarade qui acquiesça.

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Auteur

Yanerwan

23-11-2018

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Marco, mon frère appartient au recueil Ecriture longue

 

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