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Marco, mon frère - Roman

Roman "Marco, mon frère" est un roman mis en ligne par "Yanerwan".. Rejoignez la communauté de "De Plume En Plume" et suivez les mésaventures de et cie...

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CHAPITRE XII

 

Chagrin, solitude et …joie

 

 

   Papajo était très fier de son fils. Marco adorait son père avec qui il pouvait discuter. Il travaillait très bien en classe et se trouvait en seconde au lycée de Chambéry. Il ne revenait que tous les quinze jours car c'était assez loin de chez lui. Les retrouvailles du père et du fils étaient des moments sensationnels pour tous les deux. Silvère se joignait au duo pendant les vacances et ce temps-là, ils ne l'oublieraient pas.

   Marco partit de bonne heure ce lundi matin pour se rendre à ses cours. Le froid sec de février le transperçait et il était très triste de quitter son père. Il l'avait senti si désemparé qu'il serait volontiers resté près de lui. Enfin, il le reverrait à la fin de la semaine puisque c'étaient les vacances de Mardi Gras. Le car l'emmena vers ses études.

   Papajo devait se rendre au village pour faire réparer sa vieille 2 CV car depuis quelque temps, il avait des petits problèmes de direction. Il monta dans sa voiture et partit sur la route caillouteuse et tortueuse qui menait à Bressac. Il y avait de la brume. Il pensait à son fils.

   Les séparations étaient toujours difficiles, pour tous les deux. Il s'était accroché à lui après la mort de sa femme comme un naufragé s'accroche désespérément au reste de la barque qui part à la dérive et Marco avait trouvé un refuge en ce père, si proche de lui.

   Il parvenait dans la descente la plus abrupte. Soudain, les freins lâchèrent et la voiture commença sa course endiablée. Papajo ne s'affola pas et empoigna le frein à main qu'il serra de toutes ses forces. La 2 CV tourbillonna sur elle-même à la vitesse de l'éclair et se précipita dans le ravin. Elle fit plusieurs tonneaux et elle s'écrasa dix mètres plus bas, près du torrent. Elle s'enflamma aussitôt.

   A la récréation de 10 heures, Marco fut appelé au parloir par le proviseur. Lorsqu'il y pénétra, il aperçut, le maire de Bressac et blêmit.

   — Il est arrivé quelque chose à papa, hurla-t-il.

   — Oui, mon grand, ..., un accident terrible..., ton papa est...

   Un cri affreux et lugubre sortit de la bouche du jeune garçon, alors qu'il s'affaissait, en se tordant, sur le plancher. Il était secoué par des sanglots. Le proviseur appela l'infirmière qui lui fit une piqûre pour le calmer. On le transporta à l'infirmerie.

   Au bout d'une heure, il se réveilla en sursaut : son père était devant lui et lui souriait. Cruelle réalité, ce n'était qu'une dame en blouse blanche qui le regardait. Aussitôt, il demanda à voir le proviseur :

   — Je veux savoir ce qui s'est passé, ordonna-t-il.

   — Voilà, votre père se rendait au village lorsque les freins de la voiture ont lâché, il est tombé dans le ravin...

   — A-t-il été tué sur le coup ?

   — Je ne sais, répondit le chef d'établissement, soyez fort. Il vous faut retourner chez vous avec Monsieur le Maire qui vous attend.

   Marco se laissa conduire, anéanti par l'horrible nouvelle. Il était hanté par la mort brutale de son père. Allait-on lui dire comment il avait cessé de vivre ?

   Dans la voiture, il demanda, en retenant sa respiration et en ravalant ses larmes :

   — Dites, Monsieur le Maire, a-t-il souffert ? Comment l'a-t-on trouvé ? Je veux savoir la vérité, ne me cachez rien, Monsieur, ce serait plus dur de l'apprendre ensuite.

   — Voilà, la voiture a explosé et votre papa est mort brûlé.

   Il y eut un silence lourd. Le maire eut un nœud à la gorge. Il n'osait pas regarder le jeune homme. Celui-ci serrait les dents et respirait très fort. Il était courageux.

   — Tu ne vas pas retourner chez toi, Marc, ma femme et moi nous voulons que tu viennes chez nous, il faut que tu manges un peu.

   — Non, Monsieur, vous êtes gentil, je n'ai pas faim et je préfère rentrer à la maison. Je veux être seul. Vais-je pouvoir le voir ?

   — Non, Marco, il est à l'hôpital, personne ne peut le voir.

   — Pourquoi ? Je veux savoir pourquoi, entendez-vous ?

   — Parce qu'il est méconnaissable. C'est le numéro de la voiture qui nous a appris, dit enfin le maire, poussé à bout.

   — Bon, ramenez-moi chez moi, je vous en prie.

   Marco entra seul, ayant demandé au maire de repartir. Il pénétra dans la cuisine, s'assit sur le banc. Il aperçut le béret que son père avait oublié. Il le prit, le porta à sa bouche et s'abattit sur la table en pleurant. Le silence l'enveloppait. Le meuglement des vaches qui n'avaient pas été traites fit redoubler les larmes de Marco. Il se leva, monta l'escalier quatre à quatre, ouvrit la porte de la chambre de son père et se jeta sur son lit. Il pleura longtemps et finit par s'endormir.

   « Papajo s'habilla, descendit l'escalier. Il avait l'air de ne pas poser les pieds sur les marches. Il but son café lentement et regarda sa montre d'un geste ralenti. La montre était énorme ; elle indiquait 7 heures. Papajo dit :

   — Je vais...ai...ai...ais ré...é...é...veiller...iller...iller Ma... a...ar...ar...AR...AR...AR...CCCO ! Il monta dans la chambre de Marco qui dormait. Il se pencha sur lui et l'embrassa, comme il le faisait encore pour l'éveiller. »

   Marco sursauta, alluma vite la lumière car la pièce était dans le noir. La dure réalité était présente : il était seul et avait rêvé. Il regarda sa montre : 9 heures. Il faisait nuit. Il avait dormi si longtemps ! Il était entré dans la maison à 13 heures. Un grand vide était là, près de lui. Il descendit dans la cuisine. Là, le maire attendait, auprès du feu.

   — Pourquoi êtes-vous ici ? demanda gentiment le jeune homme.

   — Je suis venu traire les vaches et les chèvres et j'ai attendu que tu te réveilles. Veux-tu toujours rester seul ?

   — Non, Monsieur, vous avez raison, je vais aller chez vous, je ne peux pas demeurer ici plus longtemps, tout me rappelle mon pauvre Papajo.

   — Eh bien ! Allons-y, mon garçon. J'aimerai mieux te savoir près de nous.

   — Quand sera-t-il enterré, Monsieur, il faut que je prévienne...

   — Mais, tu n'as pas de famille, fit remarquer l'homme.

   — Je sais, mais il faut que j'avertisse mon meilleur ami, Silvère.

   — Eh bien ! Tu pourras lui téléphoner, si tu veux.

   — Merci beaucoup, Monsieur, je n'oublierai pas ce que vous faites pour moi. Il eut beaucoup de mal à retenir ses larmes pour annoncer à Silvère l'affreuse nouvelle.

   — Allo ! Silvère, ..., papa est mort...

   — Papajo ! Comment ? Pourquoi ? Ce n'est pas possible !

   — Si... un accident de voiture. ... IL a été brûlé vif...

   — Mon Dieu !

   — L'enterrement aura lieu mercredi à 13 heures.

   — Je viendrai, Marco, je viendrai, je suis avec toi, tu sais.

   — Je sais, mon ami. A bientôt.

   Il reposa l'appareil et s'effondra dans le fauteuil qui se trouvait à côté de la table du téléphone.

   Silvère pénétra dans l'église avec ses parents. Il vit son ami, seul, à la place de la famille et il ne put le supporter. Il alla le rejoindre. En lui serrant fortement la main, il lui murmura :

   — Je peux m'asseoir à côté de toi ?

   — Oh oui ! Mon frère, c'est triste, tu sais.

   Mélanie voulut faire de même, mais Antoine la retint par le bras. Ils étaient bouleversés.

   Au cimetière, Silvère se tenait toujours près de Marco. Ils jetèrent chacun une rose sur le cercueil et un peu d'eau bénite. Marco pleura et Silvère le reçut sur son épaule. C'était troublant de voir ces deux jeunes hommes, aussi beaux et pâles l'un que l'autre, vêtus de noir. Il faisait très froid. C'était fini. Papajo disparaissait sous la première poignée de terre jetée par le prêtre. Tout le village se demanda qui était ce garçon avec Marc et regagna ses occupations après avoir présenté ses condo-léances. Silvère pensa :

   — A quoi cela sert-il de voir tous ces pantins sans coeur qui laissaient Marco seul dans le chœur de l'église. Ils sont loin de tout cela.

   Le Maire s'avança vers Marc et lui dit :

   — Ton ami est-il seul ?

   — Non, avec sa famille.

   — Dis-leur de venir à la maison.

   — Oh ! Monsieur le Maire...

   — Si, si, je t'en prie, Marco.

   — Vous êtes bon.

   — Dis pas de bêtises, mon bonhomme.

   Antoine et Claudie acceptèrent de rendre visite à M. Bertout. Ils ne restèrent pas longtemps. Cependant, M. Bertout attira Antoine dans son bureau. Il lui expliqua que Marco n'avait pas de famille proche pour le recueillir et qu'il devrait aller à l'orphelinat. Bien sûr, il le garderait autant qu'il le pourrait. Claudie fut abasourdie d'entendre son mari lui expliquer ensuite ce qu'il adviendrait de Marco.

   — Si Marco le veut, dit-elle après à M. Bertout, nous nous proposons de l'emmener pour les vacances de Mardi Gras. Nous viendrons le reconduire pour qu'il reprenne ses études, n'est-ce pas, Antoine ?

   — Bien sûr, répondit-il.

   Marco passa donc une semaine au manoir Boismorin. On ne parla de rien. Tout le monde essaya de lui faire penser à autre chose. Mélanie, 12 ans, était très gentille avec lui. Cependant, au fond de lui, il pensait à son père et se demandait quel serait son avenir. Maria confectionnait de bons petits plats pour son petit « chouchou » car elle l'aimait beaucoup. Le dernier matin, au cours d'une promenade avec Silvère et Mélanie, Marco ne put s'empêcher de dire :

   — Vous savez que je vais aller à l'orphelinat ?

   — A l'orphelinat ? s'exclamèrent les deux enfants Boismorin, c'est impossible !

   — Mais si, je n'ai pas de famille, donc...

   — Non, tu n'iras pas à l'orphelinat, dit Mélanie, hein Silvère ?

   — Sûrement pas, nous sommes ta famille, tu resteras avec nous. Nous demanderons à nos parents.

   — Ce n'est pas si simple que ça, il y a un règlement.

   — Mes parents connaissent des gens, ils ne te laisseront pas y aller, affirma Silvère, l'air décidé.

   Marc repartit à Bressac. Silvère essaya de convaincre ses parents de le prendre avec eux.

   — Il ne faut pas qu'il aille à l'orphelinat, insista-t-il.

   — Je te comprends, mon chéri, dit Claudie, mais c'est très difficile pour nous de l'accueillir chez nous, continuellement. Il faudrait subvenir à ses besoins, à ses études, cela coûterait très cher !

   — Tu sais, Silvère, ce sont des choses qui ne se décident pas à la légère. Nous ne pouvons pas garder quelqu'un sans l'accord des autorités compétentes. Nous ne serions pas contre le fait qu'il vienne à toutes les vacances, poursuivit Antoine.

   — Mais, entre-temps, il devra s'y enfermer, c'est terrible !

   — Monsieur Bertout le garde pour deux mois, nous pourrons réfléchir et nous renseigner.  

   Au fur et à mesure que le temps passait, Silvère perdait tout espoir. Un jour, trois mois après le décès de son père, Marco écrivit une lettre à son ami pour lui annoncer son entrée à l'orphelinat. Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Silvère alla trouver son père pour lui demander ce qu'il allait faire.

   — Ta mère et moi allons aller trouver le directeur de l'assistance publique. D'après mon ami Duboc, nous pourrions peut-être le recueillir jusqu'à sa majorité. Nous tâcherons de faire en sorte que votre vie de tous les jours n'en supporte aucune conséquence. Ce sera une affaire de deux ans. Lorsqu'il sera majeur, il pourra faire ce que bon lui semblera.

   — Même s'il faut que nous nous privions, nous sommes d'accord, Mélanie et moi. Il faut le tirer de là.

   Au cours de leur visite à l'orphelinat, le docteur et sa femme apprirent qu'une enquête serait faite, que Marco avait touché une importante somme d'argent d'une compagnie d'assurance vie avec laquelle son père avait signé un contrat. Il se trouvait possesseur de plusieurs millions d'anciens francs. Du côté financier, ce n'était plus un problème. Il fallait maintenant l'accord de garde qui serait donné par le tribunal des enfants.

   Marco vint plusieurs fois en vacances avant la décision des autorités.

   Une année passa.

   Plus ils le voyaient, plus les parents de Silvère s'attachaient à ce garçon, si gentil. A Noël, ils reçurent l'autorisation de recueillir « Marc Quentin, orphelin de père et de mère, âgé de 16 ans, jusqu'à sa majorité ».

   Ce fut une bien grande joie, ce jour-là.

   Marco fut admis au lycée où allaient Silvère et Mélanie. Ils s'entendaient très bien et formaient le trio parfait. Claudie, depuis que son amie Lucie avait pris un mari, sortait beaucoup moins. Elle surveillait de très près les études de ses trois enfants, comme elle disait. Maria était tombée malade ; à 70 ans, elle avait dû se retirer à Paimpol, chez sa sœur. Elle était partie avec beaucoup de regrets. Claudie avait décidé de ne pas reprendre de bonne, car toutes celles qui avaient succédé à Maria n'avaient pas fait l'affaire, aucune ne pouvait la remplacer. Elle ferait elle-même le ménage et la cuisine et emploierait une femme de ménage de temps en temps pour les gros travaux. Elle prit des cours d'art culinaire. Elle perdait de jour en jour le goût de sortir et de faire « la grande dame ». Elle devait combler le vide qu'avait provoqué la mort du père adoré dans le cœur du jeune homme, si elle y parvenait un jour ! Elle devait donc être présente et accessible. Elle se souvenait alors des paroles de Silvère, revenant de la montagne avec l'école :

   « Le père de Marc était toujours là... il ne sortait jamais le soir... la vie était différente de chez nous... j'étais vraiment très bien chez Marc. » Cela lui faisait mal et l'obsédait. Elle avait donc décidé de changer d'attitude.

 

 

 

 

EPILOGUE

 

 

 

 

   Marc et Silvère firent de bonnes études et furent reçus tous les deux au baccalauréat, avec mention bien. Ils envisageaient d'aller en faculté. Mélanie avait 15 ans et se préparait à faire un bac de secrétariat. Antoine et Claudie étaient fiers de leurs enfants. Marco était vraiment considéré comme membre de la famille à part entière. A sa majorité, il décida de rester avec eux, s'ils voulaient encore de lui.

   — Grand nigaud ! lui dit Claudie en l'embrassant.

  

   Tout le monde applaudit et on déboucha les bouteilles de champagne

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Auteur

Yanerwan

09-05-2020

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Marco, mon frère appartient au recueil Ecriture longue

 

Roman terminé ! Merci à Yanerwan.

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