"Marco, mon frère" est un roman mis en ligne par
"Yanerwan".. Rejoignez la communauté de "De Plume En
Plume" et suivez les mésaventures de et
cie...
|
|
Page :
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
|
|
|
|
|
|
CHAPITRE X
Chez Silvère
Le temps qui sépara les vacances de Pâques de la première semaine de juin parut extrêmement long à Silvère et aux autres élèves de la classe. Demain, ils recevraient leurs amis. Les enfants ne tenaient plus en place. Le jour tant attendu arriva enfin. Tout le monde était là, sur la place de la gare. Les montagnards sortirent du hall, portant de gros sacs et de lourdes valises. Marc était le dernier. Claudie était venue pour accueillir l'enfant. Elle lui tendit la main en lui disant : — Bonjour Marc, tu as fait bon voyage ? — Oui, Madame, je vous remercie, répondit-il, intimidé. — Tu n'es pas trop fatigué ? Donne-moi ton sac, dit Silvère en lui ôtant son fardeau. Je te présente ma sœur Mélanie. Elle s'avança vers Marc et l'embrassa. — Bonjour, lui dit-elle seulement, toute rouge. — Tu dois avoir faim et soif, coupa Claudie, nous allons prendre quelque chose à « l'hôtel du Train », juste en face, avant de rentrer à la maison. — Ce n'est pas la peine, Madame, j'attendrai bien jusqu'au souper. — Mais si, mais si, en route ! Ils s'installèrent à la terrasse, sous les parasols. Il faisait très beau en ce 3 juin. Le ciel était d'un bleu pur. Claudie demanda : — Alors que prenez-vous ? — Moi, je veux une glace à la pistache, dit Mélanie, une double avec de la vanille. — Moi, je prendrai un mystère. Tu en veux un, Marco ? — Qu'est-ce que c'est ? murmura-t-il, gêné. — C'est de la glace pralinée, avec de la meringue recouverte de grains de noisettes. — Je vais goûter, je n'en ai jamais mangé, dit-il. — Tu as déjà goûté aux glaces, Marc ? questionna Claudie. — Non, Madame, jamais. C'est la première fois que je quitte la maison et nous n'avons pas de réfrigérateur. Claudie fut tellement surprise par la réponse qu'elle ne sut qu'ajouter. Elle proposa : — Eh bien ! Silvère t'en donnera un peu et si tu aimes, tu en demanderas une entière. Deux minutes après, il dégustait avec délices la glace à la praline que le serveur venait de déposer devant lui. Il n'avait jamais mangé quelque chose d'aussi bon. La Renault 5 lui sembla bien plus confortable que la vieille 2 CV. Il trouvait la maman de Silvère très gentille, mais sa beauté et ses vêtements de luxe l'impressionnaient. Il regardait souvent la petite Mélanie, il aimait bien son rire très pur et elle était jolie avec ses cheveux blonds comme les blés qui retombaient sur ses épaules. Il demeurait silencieux, appréhendant ce qui l'attendait à l'arrivée au manoir. Il savait que le père de son ami était médecin et il l'admirait déjà pour son métier si humain. La voiture stoppa devant le grand portail qui s'ouvrit automatiquement. Marco écarquillait les yeux. Il ne put retenir un « Oh ! » d'admiration en voyant l'endroit où vivait son copain Silvère. Il s'exclama : — Que c'est beau ! Tu as de la chance de vivre dans une si belle maison. Elles sont magnifiques, les fleurs, au milieu de la pelouse ! Qu'est-ce que c'est ? — Des pensées, des pétunias, des hortensias, des lis, énuméra Claudie. — Et la plus belle fleur, dit Silvère en montrant du doigt Maria qui venait de sortir sur le perron, la voilà, c'est Maria, la bonne Maria, notre nounou. — Bonjour Madame, dit Marco. — Eh bien ! Tu ne m'embrasses pas, moi, la vieille nounou ? Bah ! Tu peux, tu sais. J'adore les bises de la jeunesse. Marc s'avança vers la dame qui se tenait très droite pour ses 65 ans, et posa sur les joues un peu flétries un gros baiser qui ravit la Paimpolaise. Tout le monde pénétra dans le vestibule dont la fraîcheur paraissait bonne. Dehors, bien qu'il fût déjà 21 heures, il faisait encore chaud. C'était une des premières chaleurs. Maria annonça : — Le baromètre baisse, nous aurons probablement de la pluie et d'ailleurs, j'ai les articulations qui me font souffrir, c'est signe d'eau. A peine la famille agrandie s'était-elle mise à table qu'Antoine entra dans la salle à manger. Marc se leva et donna une poignée de main au médecin. — Bonsoir, Monsieur, je m'appelle Marc Quentin. — Le voilà donc enfin, le merveilleux Marco dont m'a souvent parlé Silvère, dit avec un grand sourire Antoine. Il embrassa sa femme et ses enfants. — J'ai une faim de loup, ce soir, allez ! Mettons nos mâchoires en marche ! Maria apporta la soupière de velouté aux asperges. La première cuillerée surprit le petit des hauteurs par tant de douceur sur la langue. Marco apprécia également les langoustines, le filet de bœuf avec les pommes dauphines. Le dessert lui plut énormément : un magnifique moka. Jamais, il n'avait mangé d'aussi bonnes choses. Lorsque Maria vint enlever son assiette, il lui dit : — C'était excellent, vous êtes une très bonne cuisinière, Madame. — Merci, mon petit, répondit Maria, très fière, elle qui n'avait plus l'habitude d'entendre des compliments, car tous connaissaient sa cuisine. « Ce garçon est vraiment très poli, j'espère que Silvère a fait de même ; je n'aurais jamais pensé trouver un tel enfant venant d'un milieu comme le sien », pensa Claudie. — Que faites-vous demain ? s'intéressa Antoine. — Nous irons, je crois, visiter l'aquarium, le matin, et la piste artificielle de ski, l'après-midi, répondit son fils. — En attendant, il se fait tard, vous devez aller vous coucher car Marc doit être fatigué, continua Antoine. — Un peu, Monsieur, dit-il timidement. « Ce petit est vraiment correct et agréable, il va falloir que j'en parle à Claudie qui avait si peur », conclut le docteur. Il avait à peine mis le pied dans la chambre qu'il entendit de la bouche même de sa femme ce qu'il se proposait de lui faire remarquer. — Il m'a vraiment fait bonne impression, Marc : bien élevé, discret ; je suis ravie. Antoine sourit ; Claudie faisait toujours une montagne d'un tas de sable et redescendait toujours au « niveau de la mer », tôt ou tard. Les deux enfants se réveillèrent ensemble de bonne heure. Il était 7 h 30. — Il faut se lever, dit Silvère. Nous allons d'abord faire notre toilette. Maman et Mélanie utiliseront la salle de bain après. — Et ton père ? — Il est déjà parti, je pense. Il commence ses consultations à 8 heures. Au même instant, ils entendirent le moteur de la voiture. — Tu vois, il part, fit remarquer Silvère. Ils pénétrèrent ensemble dans la salle de bain. — Utilise le lavabo pendant que je prends une douche, proposa Silvère alors qu'il ôtait son pyjama. Marco fut un peu gêné de voir son camarade nu, lui qui était élevé pudiquement. Il fit couler de l'eau froide et se frictionna vigoureusement le visage avec le gant de toilette. Il sortit une brosse à dents et un tube de dentifrice neufs et se lava les dents. Silvère sortit ruisselant du bac et enfila son peignoir. Il demanda à Marco : — Tu ne prends jamais de douche ? — Non, je me lave dans un grand bac, ça fait pareil. — Oui, le principal, c'est de se laver, conclut Silvère. Ils sortirent frais et roses de la pièce. Ils pénétrèrent dans la cuisine, lieu sacré de Maria où personne n'avait le droit de mettre les pieds. Silvère annonça qu'il faisait visiter la maison à son ami. Maria, encore heureuse du compliment de la veille, les accueillit bien. En les embrassant, elle leur dit : — Alors, les enfants, bien dormi ? Oh ! Mais vous sentez bon tous les deux ! — Oui, nous avons mis de l'eau de toilette de papa. Marc ne voulait pas, il n'en met jamais, expliqua Silvère. — Il n'est pas aussi gâté que toi. Allez ! Voici Madame et Mélanie, ouste ! À la salle à manger pour le petit déjeuner. Jamais Marco n'avait vu et goûté autant de douceurs, au petit matin ! Il appréciait beaucoup mais l'atmosphère solennelle qui accompagnait chaque repas l'impressionnait. Chez lui, on mangeait des plats simples, dans la simplicité, on ne mettait pas deux assiettes, son père n'avait pas deux verres : l'un pour le vin et l'autre pour l'eau. Il n'était pas très à l'aise ; de plus, ses vêtements qu'il ne portait que les dimanches et jours de fête le gênaient. Ses chaussures, achetées pour la circonstance, le blessaient un peu au gros orteil. « Madame » les emmena en voiture à l'école. Mélanie s'était assise à côté de Marco et lui faisait de larges sourires auxquels il répondait gentiment. Claudie souffrait encore de temps en temps de sa cheville mais recommençait à sortir. Elle avait été plus proche de ses enfants pendant son immobilité, mais depuis qu'elle remarchait, elle s'éloignait de plus en plus. Tout le groupe pénétra dans l'aquarium : c'était frais et sombre. Dans des cuves carrées dont on ne voyait qu'un côté vitré, des poissons de toutes les formes et de toutes les couleurs nageaient paresseusement. Silvère fut attiré par le poisson-lune au corps jaunâtre aplati recouvert de points et de traits blancs et à la forme arrondie. Il lut que l'Arothon Reticularis était son nom scientifique, qu'il se laissait dériver sur nos côtes, couché sur le côté, que sa taille pouvait atteindre deux mètres et son poids une tonne. Bien sûr, celui qu'il voyait était encore petit. Marc, lui, admirait par contre l'Eupomotis Gibbosus ou poisson-lune aux couleurs variées qui faisaient penser à l'arc-en-ciel. Tous deux apprécièrent énormément la grosse tortue de mer et l'otarie capricieuse qui n'aimait pas les visiteurs. L'après-midi, M. Miroz emmena tout le monde à la piste de ski artificielle. C'était à montrer à de jeunes montagnards qui pouvaient pratiquer ce sport sur la neige véritable. Les enfants furent émerveillés. Une descente de deux cents mètres était constituée par des échafaudages. Ils étaient recouverts d'un tapis composé de nombreuses petites aiguilles de plastique. Les élèves, bons skieurs, furent invités à essayer ce nouveau terrain. Derrière, un décor représentait de hautes montagnes enneigées. On s'amusa beaucoup cet après-midi-là ! Silvère et Marco s'en donnèrent à cœur joie. Le lendemain, toute la classe prit un car pour les conduire à la plage que de nombreux enfants n'avaient jamais vue jusque-là. Marco était l'un d'eux. En voyant cette étendue d'eau il s'écria : « Que c'est grand ! Que c'est bleu ! Que c'est beau ! » Les maîtres leur proposèrent d'abord des jeux collectifs et après déjeuner, ce fut la chasse aux coquillages. Les enfants en ramassèrent beaucoup pour pouvoir fabriquer, à leur retour, de jolis petits objets, ressemblant à ceux qui étaient exposés à l'aquarium visité la veille. Ils rentrèrent tous, le soir, les poumons remplis d'air marin, la peau rouge par les coups de soleil et les cheveux couverts de sable. Marco, qui s'était déroulé dedans avec Silvère, ne se fit pas prier pour se doucher. Le souper fut excellent, comme toujours : potage, tomates farcies, poulet, frites, gâteau maison. Ils dormirent mal, trop excités par ce mercredi en plein air. Le jeudi, ils allèrent à Rouen visiter la cathédrale, voir la place du vieux marché où Jeanne d'Arc avait péri, brûlée vive. La journée historique termina le séjour des élèves de Bressac chez leurs correspondants. Le départ fut déchirant pour Silvère et Marc. Après le retour de Silvère de la montagne, l'ennui avait pesé sur les épaules des deux garçons ; maintenant, la fête de l'amitié était terminée et l'attachement des deux enfants s'était renforcé. Ils étaient devenus inséparables. Mélanie versa quelques larmes, elle aimait bien Marco. Le pacte conclu deux mois plus tôt fut prononcé de nouveau : « On continuera à s'écrire et à se voir, l'an prochain. » |
|
"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu."
Marco, mon frère
appartient au recueil Ecriture longue
Lire/Ecrire Commentaires
|
|
  | |
Tous les Textes publiés sur DPP : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.