Connexion :

Marco, mon frère - Roman

Roman "Marco, mon frère" est un roman mis en ligne par "Yanerwan".. Rejoignez la communauté de "De Plume En Plume" et suivez les mésaventures de et cie...

Venez publier un roman ! / Protéger un roman

Page : Lire Précédent 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Lire la suite

CHAPITRE II

Un mercredi pas comme les autres

   A peine eut-elle fini de boire son thé que Claudie se leva et se dirigea vers la salle de bain. Elle aimait beaucoup cet instant de la journée où elle s'apprêtait à quitter la maison et à passer la plus grande partie de son temps en ville. Elle avait toujours trouvé que cette demeure était trop loin de la cité, isolée dans un petit village de campagne. Elle aurait aimé habiter en centre ville près de ses amies. Antoine qui rêvait de beaucoup de calme et tenait à sa tranquillité avait été très heureux de pouvoir acheter ce petit manoir qui avait appartenu au dernier héritier d'une famille noble.

   Claudie fit sa toilette minutieusement, se maquilla, peigna ses longs cheveux noirs et se fit un chignon. Elle revêtit sa tenue favorite : tailleur bordeaux et chemisier crème.

   Elle n'oublia pas, avant de sortir de sa chambre, où elle était montée pour s'habiller, de prendre quelques bijoux dans un coffret, sur sa coiffeuse : une magnifique bague, un saphir, un collier ras du cou en or jaune. Ainsi parée, elle était prête à partir. Elle repassa par le salon pour embrasser ses enfants qui lisaient tranquillement des bandes dessinées. Ils avaient voulu laisser leur mère se préparer. D'ailleurs, il n'y avait guère de place pour plusieurs personnes dans la salle de bain.

   Avant de partir, elle leur dit : « Amusez-vous bien. »

   Les enfants connaissaient bien les habitudes de leur mère. Cela ne les choquait pas. Ils organisaient ainsi leur journée comme ils le voulaient. Maria surveillait de loin ces deux enfants. Cependant, elle tenait à les voir propres et frais. Elle leur ordonna donc de poser leurs livres et de se diriger vers la salle de bain. Silvère aimait bien cette pièce.

   Elle était petite mais confortable. Une épaisse moquette marron, très moelleuse, recouvrait le sol. Les murs étaient tapissés avec un papier à fleurs dans les tons verts. Au-dessus du lavabo beige était accroché un miroir à encadrement en chêne. Tous les accessoires étaient assortis à celui-ci. La couleur brune, le ton pastel du papier et l'éclairage indirect créait une atmosphère chaude. Dans un coin, un bac à douche était dissimulé par un rideau en tissu très léger. A l'intérieur de celui-ci tombait un autre rideau mais en plastique vert ce qui faisait qu'on avait l'impression que celui qui pendait à l'extérieur était vert pâle.

   Silvère ôta son pyjama et entra dans la douche. Les jets latéraux fouettèrent son corps. La force de l'eau sur sa peau lui procurait le plus grand bien. Rien de tel pour se réveiller le matin. Il préférait ce genre de toilette au bain ; de toute façon, la pièce était trop étroite pour y installer une baignoire. Mélanie attendait que son frère eût terminé pour faire comme lui. Elle était assise sur la moquette et chantait la dernière chanson en langue anglaise d'une chanteuse française. N'ayant jamais appris cette langue, seul l'air convenait. Silvère trouvait cela assez agréable car sa sœur avait une jolie petite voix. Par contre, pour l'agacer, il lui lança :

    — Tiens, tu fais des gargarismes pour te désinfecter la gorge ou c'est le chien qui s'est pris la queue dans la porte ?

    — Mais non, c'est Maria qui chante dans la cuisine en jouant de la batterie sur ses casseroles avec une cuillère en bois, pardi ! rétorqua-t-elle.

   Lorsqu'il apparut, elle se moqua, pour l'exaspérer, de le voir nu et lui donna une grande claque sur la cuisse. Silvère rit car il savait très bien que sa sœur jouait la petite fille choquée  pour le taquiner et que la vue de son corps en tenue d'Adam ne la gênait pas. Les deux enfants avaient toujours été très libres ensemble. Le garçon enfila son peignoir et se lava les dents.

   A peine la porte refermée, il entendit la vedette du palmarès entonner de nouveau son tube  de l'été. Il sourit. Il l'aimait bien cette petite sœur si vive, si gaie qui était le rayon de soleil de sa vie.

   Bien sûr, il y avait Charlie, son copain de classe pour lequel il éprouvait une profonde amitié. Ce serait si triste sans lui. De son côté, Charlie aimait beaucoup Silvère. Il se rappela aussitôt que son ami lui avait demandé de lui téléphoner afin de mettre au point le programme de l'après-midi, s'il venait, ce qui n'était pas sûr. Il ne se souvenait plus si le rendez-vous chez son dentiste était pour ce mercredi-là. Silvère monta alors dans sa chambre. Il enfila la tenue que Maria lui avait préparée. Tout était décidé dans cette maison ! Il enfila le maillot de corps vert et mit le slip assorti. La chemise bleue lui allait bien au teint. Il ferma la fermeture éclair de son pantalon. Ah ! le pan de sa chemise se prit dedans. Il n'arriva pas à le retirer. Il dut appeler Maria au secours. Il avait peur de déchirer le tissu. La bonne mit un peu de temps avant de pénétrer dans la pièce. Elle était écarlate et pleurait.

Il lui demanda :

   — Dis, Maria, pourquoi pleures-tu ? Tu as perdu ton amoureux ?

   Maria qui n'avait jamais été mariée était assez susceptible sur ce sujet brûlant. Elle regarda l'enfant de son œil bleu acier et le figea sur place par le ton acerbe qu'elle employa pour lui répondre.

   — Au lieu de dire des bêtises, Silvère, tu ferais mieux de me dire pourquoi tu m'appelais en hurlant alors que j'étais occupée à éplucher des oignons. J'ai cru qu'il était arrivé malheur et je suis montée quatre à quatre, au risque de tomber et de me rompre le cou ! Tu sais bien que les peurs, c'est très mauvais à mon âge !

   Silvère embrassa la vieille femme sur les deux joues. Maria n'était pas très souple, il est vrai, mais plus alerte qu'elle ne voulait le dire. Il la regarda d'un air moqueur et lui dit :

   — Tu ne penses pas à ton cou, lorsque tu descends « huit à huit » les marches du perron pour voir si le facteur n'apporte pas une lettre de...

   Maria coupa net la conversation et voulut sortir. Silvère la rattrapa pour lui montrer le pantalon. Elle se retourna, soupira, se mit à rire et lui dit :

   — L'oiseau s'est peut-être envolé depuis que tu lui laisses la porte de la cage ouverte, gare au chat !

   Elle savait qu'il n'aimait guère qu'elle abordât ce sujet. Il haussa les épaules et rétorqua seulement d'un ton de reproche :

   — Maria !...

  Elle s'assit sur une chaise et remonta la fermeture. Silvère était sauvé. Elle redescendit à la cuisine en grommelant.

   Un pull gris vite passé par-dessus la tête et il était prêt. Il fallait absolument qu'il téléphonât à Charlie. Il se rendit au salon, s'installa confortablement dans un fauteuil, décrocha le combiné et composa le numéro. Le signal téléphonique galopa sur la ligne qui arrivait chez Charlie. C'était occupé. Il raccrocha, déçu. Aussitôt, la sonnerie retentit et le fit sursauter. Il décrocha. Il n'avait pas encore dit « allo » qu'il entendit :

   — C'est toi, Silvère ? Salut ! Tu sais, enfin, non, tu ne sais pas, je viens chez toi cet après-midi. Mon rendez-vous chez le dentiste, c'est demain après la classe, la barbe !

   — Chouette ! Qu'est-ce qu'on va faire ? T'as une idée ?

   — Non, et toi ?

   — Puisque je te le demande ; si on allait faire un match de tennis ?

   — D'accord, après, nous pourrions aller jusqu'à la rivière et faire un tour dans le bateau du père Simon puisqu'il fait beau.

   — Oui, mais tu sais, auparavant, je dois apprendre mes leçons pour demain ; là-dessus, Maria ne badinera pas.

   — Bon, j'arriverai vers 3 heures, ça ira ?

   — O.K., à tantôt.

   — Ouf ! dit Mélanie qui attendait depuis quelques minutes la fin de la conversation. Elle voulait, elle aussi, appeler « Zaza » une de ses multiples amies. Les parents étant très souvent absents, il fallait bien que ces enfants trouvassent quelqu'un pour combler ce vide.

   Pendant que se dessinait l'emploi du temps de l'après-midi de son fils, Claudie était assise à côté de Lucie, dans le plus grand magasin de la ville.

   Sur l'estrade recouverte d'un tapis rouge, les mannequins défilaient pour la présentation de la mode automne-hiver. La jeune femme brune avançait lentement d'un pas gracieux. Elle arriva au bout de l'estrade et ouvrit son manteau noir. Elle posa, d'un geste vif, sa main sur sa hanche. On découvrait alors une robe en flanelle grise à pli creux sur le devant. Sa chaussure vernie noire glissa vers l'arrière sur le velours écarlate et elle s'en alla, pendant qu'une autre faisait son entrée sur la piste. Son chapeau blanc à larges bords disparut derrière un rideau, au fond de la salle. Les gens applaudirent. Claudie donnait son avis après chaque passage. Lucie était d'accord.

   Elle tenait un magasin de prêt-à-porter au centre de la ville, dans une petite rue, derrière la cathédrale. Bien qu'il fût assez retiré, la renommée de l'établissement attirait les grandes dames riches. Elles étaient certaines de trouver chez « Luci'stoff » le petit ensemble qui les ferait remarquer et qu'elles ne verraient pas sur quelqu'un d'autre à la même soirée. Lucie tenait beaucoup compte de l'opinion de Claudie. Elles s'entendaient à merveille. Lucie passa ensuite commande de quelques modèles auprès des fournisseurs. Il faisait chaud et elles sortirent un peu prendre l'air sur le trottoir. Lorsqu'elles rentrèrent à nouveau, c'était le passage du dernier mannequin. Elles allaient aller déjeuner toutes les deux au restaurant avec le patron du magasin, visiter ensuite l'usine de confection que celui-ci dirigeait, avant de se rendre à l'apéritif organisé à 18 heures à l'endroit même où avait eu lieu le défilé du matin.

   Les enfants avaient fini de manger. Ils avaient été gâtés. Maria leur avait fait leur dessert préféré : des pêches melba. Comme tous ceux de leur âge, ils adoraient les glaces. Mélanie, qui était gourmande en aurait bien voulu une deuxième part. Pendant que la bonne faisait la vaisselle, ils attendaient tous les deux leurs amis dans le salon. Malheureusement, Maria rappelait les devoirs de chacun : ils devaient apprendre leurs leçons. Silvère avait vu juste en prévenant Charlie ! Il était 13 h 30. Une heure et demie suffisait largement pour apprendre une leçon de grammaire, une d'orthographe et réviser trois strophes de poésie. Il aurait même le temps de faire lire sa sœur. Hélas ! ce jour-là, le texte de lecture était difficile pour Mélanie. Ils ne finirent que cinq minutes avant l'heure d'arrivée de leurs amis.           

   Silvère profita de ce moment pour aller se mettre en tenue de sport. Il était mignon dans son maillot de tennis. Tout y était ; le short blanc, les chaussettes, les chaussures, même le bandeau dans les cheveux et celui du poignet. Il pratiquait ce sport depuis deux ans déjà et se débrouillait assez bien. Charlie avait commencé en même temps que lui, c'est pourquoi ils aimaient jouer ensemble. Mélanie, elle, sortait ses poupées et la batterie de cuisine. Elle allait devenir maman pour l'après-midi avec trois amies : Claire, Sophie et Rosalie.

   Une voiture déposa Charlie devant la grille d'entrée. Il avait une tenue semblable à celle de Silvère et portait un sac à la main. Il parcourut en courant le chemin qui le séparait de son ami. L'enfant, ayant entendu un coup de klaxon, l'attendait sur le perron. Les deux garçons se serrèrent la main chaleureusement et partirent, sac au dos. Il faisait beau. Derrière la maison, se trouvait le court de tennis. Le docteur Boismorin y tenait beaucoup. Il aimait pratiquer ce sport pendant les quelques jours de vacances qu'il prenait au cours de l'année, mis à part les congés d'été.

   Ils posèrent les sacs dans un coin, sortirent les balles et engagèrent la partie. Ils les lançaient avec assez de force et s'efforçaient d'appliquer les conseils que le professeur leur avait donnés à la dernière leçon particulière. Silvère en prenait une par semaine de même que Charlie. Son père, qui était ingénieur, avait les moyens de le faire. Après avoir joué pendant une heure, ils sortirent du court, ruisselants de sueur et revinrent à la maison. Ils allèrent directement à la salle de bain où ils prirent une douche. Ils s'habillèrent ensuite, Silvère comme le matin et Charlie avec les vêtements qu'il avait dans son sac. Ainsi rafraîchis, ils descendirent à la rivière. Dans le parc, ils rencontrèrent Mélanie et ses amies qui promenaient leurs « enfants ».

   Les deux garçons s'engagèrent, près du garage, dans un sentier qui les mènerait jusqu'à la rivière. Ils marchèrent un bon moment avant d'y arriver. La rivière s'étendait, calme et plate. Elle était ombragée de grands arbres. Ils suivirent tous les deux le chemin de halage qui servait jadis aux chevaux qui tiraient les bateaux. Maintenant on ne l'utilisait plus. Ils arrivèrent à un petit embarcadère. Là était accrochée à un pieu la vieille barque du père Simon, un homme âgé qui vivait seul dans une cabane sur la berge. Il n'était pas chez lui. Il était parti au village faire ses provisions pour la semaine. Tous les mercredis, il quittait son refuge à midi et ne revenait qu'à la tombée de la nuit. Toute l'après-midi, il la passait chez ses vieux amis et au café. Lorsqu'il rentrait, il se couchait bien vite car les petits verres ne lui avaient pas rendu les idées claires.

   Les enfants en profitèrent donc pour monter dans la frêle embarcation et aller faire une petite promenade. C'était la première fois qu'ils agissaient ainsi. Silvère ramait d'abord car il avait soi-disant les plus gros muscles. Ce fut avec un peu de peine qu'il réussit à mettre le bateau dans la bonne direction. Tout allait bien et c'était agréable de se prendre pour un grand navigateur. Au bout d'un certain temps, ils pensèrent donc à rebrousser chemin. Charlie était aux rames. Il enfonça involontairement la proue dans les buissons du bord de la berge. Impossible de manœuvrer. Silvère essaya, mais en vain. A cet endroit de la rive, ce n'était que buissons et arbustes, presque dans l'eau. Que faire ?

   La seule solution était d'entrer dans la rivière. Charlie ne savait pas nager, il avait juste pris sa première leçon. Silvère n'hésita pas. Il se déshabilla, posa ses vêtements sur le bord du bateau et descendit lentement dans l'eau. Elle était froide. Il arracha avec beaucoup de peine les branches qui gênaient. Le bateau vira de bord doucement. Pour remonter au sec, Charlie lui prêta main forte. Il mit un genou sur un côté du bateau et lui cria :

   — Attrape mon bras, je vais te hisser jusqu'ici. Malheureusement, à chaque fois que Silvère voulait monter, le bateau penchait de plus en plus. Les pieds glissaient le long de la coque. Il n'y arriverait pas ainsi. Aucun espoir vers la rive. La seule solution était de rejoindre à la nage la berge la plus proche. Charlie ramènerait la barque.

    — Attention, cette fois-ci, ne recommence pas, lui dit Silvère qui commençait à claquer des dents. Il dut effectuer à la brasse une centaine de mètres avant de pouvoir mettre son projet à exécution. Pendant qu'il renfilait ses vêtements secs sur son corps mouillé, Charlie ramenait le « navire au port ». Il s'exclama, ayant été partis plus de temps que prévu :

   — Heureusement que Simon n'est pas rentré ! Il en ferait une maladie de la disparition de sa barque !

   Ils la remirent en place et regagnèrent la maison. Silvère alla se changer sans être vu. C'était dans ce cas un avantage que les parents fussent absents. Ils partirent ensuite vers le village pour voir si le père Simon était bien au café. Effectivement, il était attablé avec quelques compères. Les deux enfants poussèrent un soupir de soulagement. En passant près d'eux, ils surprirent quelques bribes de conversation qui les fit rougir jusqu'aux oreilles et qui accéléra les battements de leur cœur.

 — Vous vous rendez compte... plus de barque... Eh bien ! Quand je suis rentré chercher mon portefeuille oublié... « Gendarmes »...

   Silvère et Charlie ne vivaient plus. Que deviendraient-ils si Simon prévenait ou avait prévenu la police ? Il valait mieux ne rien dire et attendre, rentrer à la maison et avoir l'air paisible. D'ailleurs, il était déjà 19 heures. Lorsqu'ils franchirent le seuil de la maison, ils entendirent M. Brunoy, le père de Charlie, en conversation dans le salon avec Maria. Ils s'exclamèrent en les voyant :

— Eh bien ! Où étiez-vous donc passés ? Il y a déjà une demi-heure que votre papa attend. Les amies de Mélanie sont parties depuis longtemps déjà !

   Tous deux s'excusèrent :

— Nous jouions au flipper au café et le temps a passé très vite.

— Bien, dit Anthony, en route, mon fils ; au revoir à tous les deux.

  Le calme revint dans le cœur de Silvère. Il rejoignit sa sœur au salon et commença avec elle une partie de dominos. Le bruit de deux moteurs se fit entendre. M. et Mme Boismorin rentraient ensemble. 19 h 30. Tout le monde se mit à table. Chacun raconta sa journée.

    Silvère omit, volontairement, de parler de l'épisode « maritime ».

What do you want to do ?New mailCopy

Partager

Partager Facebook

Auteur

Yanerwan

22-11-2018

Lire Précédent Lire la suite
"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu."
Lire/Ecrire Commentaires Commentaire
Marco, mon frère appartient au recueil Ecriture longue

 

Tous les Textes publiés sur DPP : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.