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Marco, mon frère - Roman

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CHAPITRE IV

Vacances

  La cloche sonna pour la dernière fois de cette année scolaire. Les enfants se ruèrent vers la sortie en hurlant de joie. M. Durambert secouait la tête. Dans le fond de leur cœur, les élèves l'aimaient bien. Ils s'y étaient habitués. En quittant la classe, ils étaient heureux à l'idée d'être en vacances et un peu inquiets pour la rentrée. Quel instituteur leur enverrait-on en septembre ? Silvère n'était pas préoccupé par ce problème. Il pensait qu'il ne restait que trois jours à passer avec son meilleur ami. Charlie et lui étaient les derniers à sortir. Ils avaient l'impression qu'en prenant le temps de faire chaque chose, ils reculeraient la date du départ. Et pourtant, les heures défilaient, imperturbables. Heureusement encore que les parents de chacun avaient décidé de ne les séparer que le 30 juin à l'aéroport. Silvère accompagnerait donc Charlie à Paris. Il repartait donc avec lui.

  Dès en rentrant, ils préparèrent leurs valises car le départ était prévu pour le lendemain de très bonne heure. Silvère déposait un à un les objets, sans vigueur. Il pensait déjà à la séparation. Charlie, lui aussi, avait beaucoup de peine. Il allait affronter un nouveau pays avec de nouvelles habitudes, un autre climat et cela l'effrayait. De plus, il allait perdre l'ami le plus cher. Bien sûr, ils s'écriraient. Mais, pas question de se revoir, le voyage coûterait horriblement cher. Il restait encore trois jours à Paris, il ne fallait pas les gâcher en ayant mauvais moral. Il fallait vivre les derniers moments comme si rien ne devait se passer. Ils achevèrent donc leurs malles et descendirent faire une promenade. Ils allèrent au village car c'était la préparation de la fête Saint Jean.

   Les manèges tournaient déjà. Charlie et Silvère montèrent dans les autos tamponneuses. Elles allaient vite, se cognaient, tournaient, semblaient glisser sur la piste. C'était grisant d'aller à grande vitesse et de voir surgir devant soi un bolide qui ne donnerait pas sa place, le choc était inévitable. Ensuite, ils s'introduisirent dans le labyrinthe. Charlie eut tant de mal à en sortir que Silvère dut aller le rechercher et lui montrer le chemin du retour. Lorsqu'ils heurtaient les vitres, ils éclataient de rire. Aussitôt, leurs visages se rembrunissaient, ils avaient du mal à chasser l'idée du départ de leur tête. Au bout d'une heure, ils rentrèrent et mangèrent. L'appétit n'était pas très fort. Ils se couchèrent et parlèrent jusqu'à une heure du matin, ils ne parvenaient pas à s'endormir.

   A 4 heures, ils se levèrent, se préparèrent rapidement et montèrent en voiture après un petit déjeuner rapide. M. Brunoy avait mis les valises dans le coffre la veille. Mme Brunoy prit place aux côtés de son mari. La voiture démarra. Les meubles resteraient là encore quelque temps. Les déménageurs feraient le nécessaire au bout de quinze jours. Ce délai permettrait à M. Brunoy de trou-ver un logement convenable. En attendant, ils logeraient dans un appartement que la firme mettait à leur dis-position, un meublé, voilà pourquoi ils ne pourraient le garder. Il fallait absolument un endroit pour mettre leurs meubles en provenance de France. La 'route fut longue jusqu'à Paris. Les enfants sombrèrent dans le sommeil au bout d'un quart d'heure de route. Ils n'avaient pas assez dormi. Lorsqu'ils se réveillèrent, on roulait à vive allure sur l'autoroute. Ils étaient à 100 kilomètres de Paris et roulaient depuis deux heures déjà. M. Brunoy était parti tôt. Il avait rendez-vous avec le P.D.G. de la firme « SPOX » à 10 heures. Il aurait juste le temps de se rafraîchir, de faire une petite toilette chez sa sœur avant de se rendre chez le grand patron.

   Pendant les trois jours qu'ils passèrent chez tante Daisy, Charlie et Silvère furent profondément heureux. Ils ne se quittaient pas. Ils allèrent au cinéma, au zoo de Vincennes, au jardin d'acclimatation. Ils sortaient seuls, prenaient le métro. Ils se croyaient de vrais hommes. Charlie avait l'habitude des transports en commun, ce n'était pas la première fois qu'il rendait visite à sa tante. Son père et sa mère étaient très gentils avec eux. Ils ne savaient que faire pour leur fils. Eux aussi avaient du mal à partir. Ils laissaient là tous leurs amis, ils savaient ce que c'était. Mais eux, ils étaient deux pour surmonter ce passage difficile et ils savaient pour-quoi il fallait faire ce sacrifice. Par contre, Charlie, lui, ne comprenait pas vraiment, bien qu'on lui eût expliqué pourquoi. L'avenir, la carrière, étaient des mots trop compliqués pour lui. Pour l'instant, il vivait pleinement le présent et ne pensait pas à demain.       Pourtant, demain arriva très vite et il fallut bien songer à se quitter. La voiture roula de nouveau, vers Orly, cette fois. Silvère et Charlie restaient silencieux. C'était dur, très dur ! Ils étaient au bord des larmes. Les grands panneaux d'auto-route indiquaient l'aéroport. Des avions passaient au-des-sus de leurs têtes. Ils arrivèrent longtemps avant le départ. Il fallait faire enregistrer les bagages, vérifier les passeports, passer au dépistage d'armes. Il y avait tant de choses à faire avant de s'envoler ! A ce moment, Charlie eut voulu que cela allât très vite. La séparation aurait été moins dure. Silvère ne put accompagner son ami jusqu'à l'avion. Ce n'était pas possible. Ils se quittèrent donc lorsqu'on pria les passagers du vol 606 en direction de Rio de Janeiro de rejoindre la porte 6. Les deux enfants se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. Ils pleuraient.   

   — Tu m'écriras, Charlie, hein ? dit Silvère.

   — Bien sûr, gros bêta, articula Charlie, les yeux pleins de larmes.

   Charlie disparut. Daisy prit le bras de Silvère et l'entraîna vers la sortie. Sans elle, il serait planté là. Ils attendirent sur la terrasse que l'avion sur lequel était inscrit en lettres bleues « BRASILIA » s'envolât.

   Silvère resterait deux jours encore à Paris. Ses parents le rejoindraient chez Daisy Vence. Ils s'envoleraient, eux aussi, mais pour deux semaines de vacances à Palma de Majorque, aux îles Baléares. 

 

   Ce fut le jeudi 3 juillet que Silvère, ses parents et Mélanie quittèrent le sol français dans une caravelle d'une compagnie espagnole. Il était 22 heures lorsque l'avion s'envola. Silvère dont c'était le baptême de l'air avait une petite inquiétude. Il trouva que la vue d'Orly, la nuit, était splendide : des milliers de petits points jaunes sur fond noir, c'était assez impressionnant. Au bout de quelques minutes, l'avion cessa de monter et prit sa position horizontale. Il était désormais possible de détacher sa ceinture. Les hôtesses préparaient le repas qui allait être servi aux passagers. L'une d'elle passa distribuer à chacun un plateau, une autre donna de la viande froide, de la salade, de la charcuterie, des biscuits, le tout emballé sous cellophane. Pendant ce temps, sa voisine versait café ou thé, selon le goût. Silvère n'avait guère envie de manger. Il se mit à grignoter et se prit à savourer ce qu'il y avait dans son assiette. De temps en temps, il avait les oreilles qui bourdonnaient et cela le gênait. Il avait, de plus, du mal à tenir son plateau. L'avion cahotait. Le vent était fort. Il soufflait en tempête. Le café dans les tasses avait de la peine à rester calme.

   Après ce petit repas, les hôtesses proposèrent des cigarettes. Il fut recommandé à chacun de rester à sa place, ceinture bouclée. Silvère était inquiet. Si l'avion tombait en panne ! Il pensa à Charlie qui avait passé tant d'heures en l'air. Lui, pour une heure et demie de vol, tremblait légèrement. Enfin, on annonça qu'on allait atterrir à Palma de Majorque, qu'il était minuit, que la température extérieure était de 24° degrés. Silvère endossa machinalement sa veste. Lorsqu'il se présenta à la porte, la chaleur lui caressa le visage, le suffocant légèrement et vint à ses narines une forte odeur de pin. Silvère se sentit bien et ferma les yeux. Qu'il faisait bon !

   « Est-ce que Charlie connaissait ceci ? Bien sûr, peut-être même plus, au Brésil, il fait si chaud ! » pensa-t-il.

   Il accompagna ses parents à la réception des bagages. Il ôta sa veste car il commençait à se sentir moite. Ensuite, tout était bien organisé. On les dirigea vers un car qui les attendait à la sortie de l'aéroport. Il les conduisit à leur hôtel sur la côte. Ils y arrivèrent à 2 heures du matin. Le portier avec un accent qui sentait bon le soleil leur indiqua leurs chambres. On porta leurs valises au quatrième étage. Silvère et Mélanie auraient à partager la même pièce. Il régnait une chaleur accablante et pourtant les fenêtres étaient grand ouvertes. Tout le monde se coucha. Silvère ne put supporter son pyjama. Il l'ôta et ne se couvrit que du drap. Il pensa encore à Charlie et son cœur s'emplit de tristesse. Qu'allait-il faire sur cette île sans son meilleur ami ?

   D'habitude, les parents de Charlie envoyaient leur fils en vacances avec la famille Boismorin en juillet et Silvère accompagnait la famille Brunoy en août. Il commençait déjà à s'ennuyer lorsque le sommeil s'abattit sur lui. Il pensait à Charlie et allait sans doute rêver du Brésil. Les vagues déferlaient sur le rivage et ce fut le seul bruit qui berça les deux enfants. Ils furent réveillés assez tôt pour prendre leur petit déjeuner au deuxième service.

   Une table leur fut attribuée et toute la famille devait la garder pour le séjour complet. Silvère regarda qui se trouvait à celle d'à côté. Un couple âgé qui ne parlait pas français. Lui qui ne connaissait que sa langue, ne pouvait dire de quel pays ils venaient. Tout ce qu'il espérait, l'arrivée de petits-enfants, peut-être en retard. Hélas ! les deux places furent occupées aussitôt par deux personnes du même âge. De toute façon, mêmes jeunes, ils n'auraient pu se comprendre. Il tourna son regard vers les occupants de la table de gauche. Deux couples étrangers buvaient tranquillement leur café. Décidément, il n'avait pas de chance. Lui qui se sentait si seul depuis le départ de Charlie aurait aimé trouver quelqu'un à qui parler. Une dame espagnole vint servir du café au lait. Il prit un croissant dans la corbeille. Ah ! il n'avait pas le bon goût de ceux de chez lui. Antoine et Claudie parlaient de leur séjour et faisaient des projets :

   — Il faut qu'on assiste à la réunion du guide aujourd'hui à la réception. Il doit nous proposer des excursions sur l'île. Nous n'allons tout de même pas rester à nous faire bronzer tous les jours, annonça Claudie.

   — Oui, répondit Antoine, nous devons voir le maximum de choses.

   Les deux enfants ne dirent rien, ils devaient suivre leurs parents.

   Tout le monde se rendit au rendez-vous de Tony, le guide de la compagnie de voyages. Silvère ouvrit de grands yeux lorsqu'il vit ses parents retenir des places pour de nombreuses excursions. Décidément, tous les jours seraient pris !

   L'après-midi, ils la passèrent sur la plage. Il faisait très chaud. Silvère resta très longtemps dans l'eau bleue et chaude. C'était très agréable. L'hôtel dominait une petite crique strictement réservée aux clients. Cela n'empêchait pas que les places étaient difficiles à trouver. L'hôtel ayant treize étages, imaginez le nombre de personnes qui y logeaient !

   Silvère s'étendit à côté de ses parents. Claudie, enduite d'huile solaire, cuisait doucement. Son père se reposait, les yeux fermés derrière ses lunettes de soleil. Mélanie jouait avec sa poupée. Il essaya de lire un peu, mais il faisait chaud et cela l'énerva rapidement. S'il avait été avec Charlie, le temps aurait passé si vite ! Il se souvint des années précédentes. Deux ans auparavant, ils étaient au pays Basque, l'an dernier sur la Côte d'Azur, près de Toulon. Ils s'étaient si bien amusés !

   Ils allèrent souper à 19 heures. Ensuite, la soirée fut longue. Son père et sa mère restaient là, devant leurs verres de sangria. Mélanie s'endormit dans son fauteuil. Silvère rêvait. Sur cette terrasse, il faisait bon. Presque tous les clients de l'hôtel laissaient s'écouler les heures. Silvère s'ennuyait et se sentait envahi par une grande tristesse.

   Le lendemain, ils partirent de bonne heure, emportant leur pique-nique. Chaque jour, ils passaient la journée en car. Bien que les vitres fussent ouvertes des deux côtés, le courant d'air chaud ne rafraîchissait guère. Ce fut sous un soleil ardent qu'ils admirèrent les beautés des Baléares : ses montagnes tombant à pic dans la mer, sa « calobra », la chartreuse qui abrita les amours de Chopin avec Georges Sand, les grottes de Porto Cristo. Une soirée, ils allèrent dans un cabaret. Pendant qu'ils dînaient, ils purent apprécier un spectacle de flamenco. Silvère aima beaucoup. Il y eut aussi de longs moments passés sur les plages de sable fin à se faire dorer. Les heures ne passaient pas. Les deux derniers jours furent les meilleurs. Un matin, Silvère eut la bonne surprise de voir que les gens qui mangeaient à côté d'eux étaient partis. Un couple avec un enfant les avait remplacés. Ils ne parlèrent pas aussitôt mais se regardèrent longuement pendant le petit déjeuner. L'enfant inconnu se leva et s'arrêta à côté de Silvère et lui dit :

   — Ça te plaît, ce pays ?

   D'où es-tu ?

   — De France, répondit Silvère, et toi ?

   — Non, moi, je suis Espagnol mais ma mère est Française et mon père enseigne ta langue à Madrid. Ici, je m'ennuie. Les gens font beaucoup de promenades. Nous, étant donné que nous venons souvent ici, nous restons sur la plage. Alors, je ne rencontre personne.

   — Ça tombe bien, poursuivit Silvère, nous avons terminé toutes les visites, maintenant, nous allons rester ici jusqu'à notre départ.

    — Tu pars bientôt ? interrogea l'enfant.

   — Après-demain mais, si tu veux, nous pouvons passer les deux jours ensemble. Je m'appelle Silvère Boismorin, et toi ?

   — Pedro Hernandez.

   L'amitié nouvelle des deux enfants fit naître des relations de courtoisie entre les parents. Mélanie se joignit aux deux garçons. Elle fut très bien accueillie. Pedro la trouvait très mignonne. Ses cheveux blonds contrastaient avec les cheveux noirs et bouclés du petit Espagnol. Ce fut la première fois qu'on entendit des éclats de rire chez les Boismorin.

   La famille revint bien bronzée le 19 juillet à la maison. Claudie et les enfants allaient repartir pour la Côte d'Azur pendant tout le mois d'août. Antoine ne pourrait les accompagner. Silvère appréhendait. « Faudrait-il encore chercher un ami, le rencontrer et le perdre presque aussitôt ? » Ce fut cette idée qui trottait dans sa tête lorsqu'il franchit le seuil de la demeure. Un sourire apparut sur ses lèvres quand il vit Maria qui lui tendait une lettre. Charlie avait écrit. Il déchira très vite l'enveloppe et lut avec beaucoup de plaisir. Son ami ne l'oubliait pas. Cela lui donna du courage pour aller sur la côte. 

 

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Auteur

Yanerwan

22-11-2018

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Marco, mon frère appartient au recueil Ecriture longue

 

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