"Marco, mon frère" est un roman mis en ligne par
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Deuxième partieCHAPITRE VIIEn montagneSilvère fut très peiné du départ de son ami. Charlie était fâché et peut-être pour la vie. La grande distance qui les séparait serait néfaste à une réconciliation. Ils ne se reverraient certainement pas. Antoine et Claudie s'étaient bien rendus compte du comportement du jeune garçon mais ils feignaient d'ignorer ce qui s'était passé. Silvère et Mélanie retrouvèrent le chemin de l'école. En ce début janvier, il faisait extrêmement froid et ils partaient, le matin, habillés très chaudement. Silvère ne voulait pas endosser son anorak qui lui faisait penser aux vacances passées. Il faisait une croix sur tout ce qui s'était déroulé antérieurement. Il était triste et songeur. Il se trouvait seul et l'être le plus malheureux du monde. Mélanie était toujours aussi pétillante. Son frère vivait à côté d'elle sans la voir. Elle trouvait un changement dans son attitude mais, dans son petit cerveau, les idées étaient claires et elle connaissait bien la cause du mal qui rongeait Silvère : la perte de son meilleur ami. Elle arrivait parfois à le faire sourire et elle en était très fière. Silvère n'avait plus d'appétit, rien ne lui faisait envie. Ses parents achetaient de bonnes choses pour le tenter, il n'y avait rien à faire. En classe, il n'était plus le même, il n'avait plus le courage de travailler. Son maître convoqua Mme Boismorin pour lui en faire part. Maria était au désespoir de voir cet enfant dépérir de jour en jour. Un matin, en se levant pour aller à l'école, Silvère eut une syncope. Il vit tout tourner, eut envie de vomir et s'effondra sur la descente de lit. Dans sa chute, sa tête alla cogner contre le coin de l'armoire. Il tomba lourdement sur le sol et ne bougea plus. Son front était profondément entaillé et le sang coulait. Mélanie, ayant entendu un bruit de tonnerre venant de la chambre de son frère, s'y précipita, le coeur battant. En entrant, elle le vit, gisant dans une petite mare de sang. Elle sortit, affolée, en hurlant : — Maman, Silvère est mort, il s'est tué ! Claudie monta quatre à quatre les marches qui conduisaient au premier étage. Elle entra, comme une folle, et se jeta sur son fils. Elle sentit son coeur battre et cela l'apaisa un peu. Elle lui tapota les joues mais il demeurait toujours inerte. Elle dévala l'escalier et appela son mari qui était déjà au travail. — Antoine, viens vite, Silvère a eu une syncope et il ne revient pas à lui. Dépêche-toi, j'ai peur. II s'excusa auprès du client suivant de devoir se rendre chez lui pour urgence. Il effectua les quinze kilomètres qui le séparaient de la maison à vive allure. Très vite, il fut près de son garçon. Il lui prit le pouls, lui ouvrit un oeil. Il sortit aussitôt de sa sacoche une seringue qu'il emplit du liquide jaune d'une ampoule. Il injecta ce sérum dans une veine de l'enfant qui était toujours sans connaissance. Au bout de quelques minutes, Silvère ouvrit les yeux et les referma aussitôt, Antoine dit : — Il faut attendre que le produit fasse son effet. Ce qu'il faut absolument savoir c'est s'il n'a pas une fracture du crâne. En attendant, je vais arrêter l'écoulement de sang et lui faire quelques points de suture avant qu'il ne s'éveille, il ne souffrira pas. Il faudra l'emmener passer une radio. A chaque fois qu'Antoine enfonçait l'aiguille dans la chair, Silvère poussait une faible plainte. Son père se dépêchait pour ne pas avoir à insensibiliser. Il venait juste de terminer le dernier point lorsque l'enfant revint à lui. Dès qu'on le redressa, il vomit. Antoine craignant vraiment la fracture déclara : — Je vais l'emmener à l'hôpital pour le mettre en observation. Silvère y resta plusieurs jours. Il ne sortit que lorsque l'examen du fond de l'oeil donna satisfaction et qu'il n'y avait plus aucune crainte à avoir. Sa tension artérielle étant faible, il n'était pas question pour lui de retourner en classe. Il se reposa ainsi à la maison pendant deux semaines. Mélanie lui apporta deux lettres de Marc que le maître lui avait remises afin qu'elle les transmît à son frère. Son correspondant était inquiet à son sujet et demandait à être rassuré. Dans une carte qu'un enfant de sa classe lui avait lue, il était dit que Silvère avait une fracture du crâne. L'attention que son copain inconnu lui portait, l'émut beaucoup. Enfin, quelqu'un pensait à lui et pourtant, il ne le connaissait pas. Seule, une photo lui avait été envoyée en octobre ; quelques lettres avaient été échangées. Dans le deuxième écrit, Marc lui apprenait qu'il avait été décidé que la classe de M. Miroz viendrait rendre visite aux écoliers de Bressac à la fin du mois de mars.. Silvère compta le temps. Il avait deux mois et demi pour se remettre d'aplomb. Il ne pouvait manquer ce voyage où l'amitié l'attendait, il en était sûr. Les jours passèrent et Silvère retrouva la santé. Deux lettres en réponse aux siennes lui confirmaient ce qu'il pensait. Marc était heureux de savoir que son camarade n'avait pas eu trop de mal. C'était pour lui une joie de rencontrer Silvère. Il faisait déjà des projets. Marc, qui était fils unique, attendait avec impatience ce beau jour. Silvère reprenait goût à la vie au grand plaisir de ses parents et de Mélanie. Un lundi, en rentrant de l'école, Silvère apprit la bonne nouvelle à sa mère. Claudie lisait au salon. — Maman, ça y est, la date de notre voyage est fixée : du 31 mars au 4 avril. Nous prendrons le train tous ensemble. Le maître nous accompagnera avec un autre instituteur. C'est Marc qui va me recevoir. — Sais-tu comment cela va, se passer ? s'inquiéta Claudie. — Oui, nous serons toute la journée avec nos correspondants, nous visiterons la région et le soir, je repartirai avec mon ami, chez lui. Le lendemain, nous retourne-rons à l'école à 9 heures. — J'irai voir ton maître pour savoir au juste ce qu'il en est, répondit la mère. Depuis le malaise de son fils, Claudie était revenue sur sa décision. Elle avait eu si peur ! Elle ne pouvait s'opposer à envoyer son enfant à la montagne, puisqu'il y tenait tant. Il n'avait vraiment pas pensé qu'une syncope eût pu changer à ce point le cours des choses. Il ne l'avait cependant pas fait exprès, loin de là, il n'aurait pas pu simuler. De plus, il ne gardait pas un bon souvenir de cet incident : il avait eu mal et n'avait pas apprécié son séjour à l'hôpital. Claudie, comme prévu, demanda un rendez-vous à M. Miroz. Celui-ci calma ses inquiétudes. Tout fut établi de façon à ce que le séjour se déroulât le mieux du monde. La veille du départ, on fit les valises. Silvère était très impatient et ne tenait pas en place. C'était la première fois qu'il partait seul, laissant ses parents à la maison. Qu'allait-il vivre là-bas ? L'inconnu augmentait son désir de partir. Peut-être vivrait-il une véritable aventure ? Silvère, qui avait beaucoup lu de romans, se plaisait à imaginer ce qui se passerait dans ce village de montagne. Sans cesse, il questionnait sa mère : — Dois-je emporter mon jeu de cartes ou mon « scrable » ? Faut-il que je prenne des bandes dessinées ? — Cela m'étonnerait bien que tu aies le temps de lire, répliquait Claudie, tu n'arrêteras pas de parler avec Marc. Pendant ce temps, elle empilait dans la valise des pulls, des chemises. Elle ne voulait pas que son petit ait froid. Elle lui faisait en plus des recommandations qui l'agaçaient. Il verrait bien sur place ce qu'il ferait. On se leva de bonne heure pour être à temps à la gare. Les parents devaient accompagner leurs enfants jusque sur le quai. Silvère, pressé de partir, but quel-ques gorgées de café au lait et grignota seulement une biscotte recouverte de confiture d'orange. Il se fit gronder par Maria qui lui rappela les événements passés dus à son alimentation légère. Trop heureux, il voulut faire plaisir et mangea une deuxième biscotte. Mélanie boudait car elle aurait bien voulu accompagner son frère. Silvère s'impatientait : — Dépêchez-vous, on, va manquer le train à l'allure où vous allez ! Ce matin-là, il fut le premier dans la voiture. Le trajet lui parut long. Lorsqu'ils stoppèrent sur la place, de nombreux enfants étaient arrivés. Ils portaient des valises ou des sacs qui semblaient bien lourds pour eux. Le maître parlait avec des parents, restés là à attendre le départ de leur progéniture. L'heure de l'école appro-chait et Claudie dit à son fils. — Silvère, je dois te laisser, il faut que je conduise ta sœur à « Romain-Rolland » et ensuite que j'aille chez le masseur. Je te dis donc au revoir ici, sois bien sage et mange bien. L'enfant eut les larmes aux yeux, il aurait bien aimé que sa mère fût là pour le regarder partir, comme les autres. Il vit la voiture s'éloigner. Il regagna aussitôt le groupe qui pénétra dans la gare. Le train pour Paris fut annoncé et tous les enfants sortirent sur le quai. Ce fut le moment des adieux. Le « turbo » arriva. Rouge et jaune, le « monstre » impressionna Silvère. L'annonce d'une minute d'arrêt fut lancée par une voix aiguë. Elle fut courte pour faire monter les vingt-six élèves et pourtant, ils se pressaient. Les parents agitèrent les mains et après le coup de sifflet strident, le train s'ébranla et prit de la vitesse. Le maître plaça les enfants aux sièges réservés. Ceux-ci étaient confortables, c'était silencieux. Le paysage défilait rapidement et pourtant, on n'avait pas l'impression d'aller vite. Silvère s'aperçut qu'une petite tablette, fixée au dossier du fauteuil précédent, pouvait se rabattre. Ce serait très pratique pour jouer aux cartes. Cependant, il se rappela qu'il les avait mises dans sa valise. Pas question de la descendre du filet où M. Miroz l'avait hissée. Manuel, son compagnon de route, sortit son jeu de Nain jaune. Les deux enfants commencèrent une partie. Certains mangeaient des bonbons ou regardaient par la vitre, d'autres restaient dans leur coin, silencieux. Peut-être pensaient-ils à leurs parents ? Les vaches dans les champs regardaient passer cette machine bruyante qui venait rompre leur quiétude. Après avoir relevé la tête, elles se remettaient à paître. Les élèves observaient également les voitures arrêtées aux passages à niveau. C'était extraordinaire d'être de l'autre côté de la barrière. Bien souvent, Silvère, en admirant le train qui passait derrière la séparation de ferraille, avait rêvé être à la place qu'il occupait à l'instant même. On arriva vite à Paris. Tout le monde descendit. Il fallait changer de gare. Les valises étaient lourdes, les enfants devaient marcher vite pour aller prendre le métro. Ils étaient rouges, haletants, mais tant pis, le temps pour la correspondance était court. Ils faisaient preuve de beaucoup de courage pour que tout allât bien. Dans les voitures, il faisait très chaud et ils étaient serrés. Silvère était assis sur ses bagages, coincé entre un monsieur qui lisait son journal et une dame rousse qui se cramponnait à la barre d'appui. Ils furent tous délivrés de leur supplice à la station « gare de Lyon ». Ils durent encore monter des marches pour arriver dans le hall. Leur train était déjà là, cinq minutes plus tard, il partirait. Bien installés dans des compartiments pour six personnes, les enfants s'occupèrent pour faire passer le temps. Ils commencèrent par sortir le pique-nique. Ils arrivèrent dans la soirée à Lyon où ils descendirent. Ils se retrouvèrent ensuite, roulant en direction de Chambéry. Ils y parvinrent à 20 heures. Là, un car les attendait pour les emmener à Bressac qu'ils atteignirent une heure plus tard. Il faisait nuit noire. Silvère était fatigué et bien content d'être enfin au bout du voyage. Sur l'étroite place du village, dominée par une petite église très ancienne, les vingt élèves de M. Annalac étaient là. Chacun était très intimidé. Il pleuvait. La masse sombre de la montagne veillait sur eux. Elle semblait plus effrayante qu'apaisante. Les petits montagnards découvrirent leurs amis sous l'unique lampadaire du modeste bourg. M. Quentin s'avança avec Marc vers Silvère. Les deux enfants s'embrassèrent et ne trouvèrent qu'à se dire : — Bonsoir, comment vas-tu ? Le père de Marc prit la valise de Silvère et il la déposa dans le coffre de sa vieille 2 CV. Voilà, ils étaient ensemble ! La voiture cahotait sur la petite route en lacets. Silvère demanda enfin : — Vous habitez loin du bourg ? — A peu près à deux kilomètres, dans la montagne. Ce n'est pas l'autoroute ici, n'est-ce pas ? répondit M. Quentin. — Non, Monsieur, murmura Silvère. — Tu sais, je me nomme Georges, c'est mieux que monsieur, continua le montagnard avec un accent fortement prononcé. — Fais comme moi, dit Marc, appelle-le Papajo. — Je n'oserai jamais, affirma Silvère. Il sentit monter en lui la douce chaleur de l'amitié. Il fut profondément heureux de ce climat si chaud, contrastant avec le froid qui régnait dehors. Il savait bien que la nuit était toujours froide en montagne, à cette époque. |
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Marco, mon frère
appartient au recueil Ecriture longue
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