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Marco, mon frère - Roman

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CHAPITRE XI

 

Chez Silvère

 

 

   Le mois de juin s'écoula lentement. Silvère attendit avec impatience les vacances. Ses parents avaient décidé d'aller passer le mois d'août au Maroc. Il se faisait un plaisir de les accompagner car le temps était si pluvieux qu'un peu de soleil lui ferait du bien. Les derniers jours d'école ne furent pas sensationnels car il ne se sentait pas très en forme.

   Un matin, en se réveillant, il eut envie de vomir. Il allait en classe péniblement car il se sentait toujours très fatigué, dès son réveil. Pendant la récréation, il était parfois obligé de s'asseoir. Dès les premiers jours de juillet, sa santé se dégrada de plus en plus et inquiéta son père, qui l'examina. Il ne trouva rien d'anormal, à part cette fatigue constante et le manque d'appétit. Il lui dit :

   — Tu dois couver quelque chose, je ne sais pas ce que tu vas nous faire comme maladie. Il faudrait que tu fasses une prise de sang pour une analyse. Je pourrais y voir plus clair. Silvère fit la grimace. Il n'aimait pas du tout se faire piquer. Il préférait se rendre au dispensaire.

   Le lendemain, Claudie le conduisit. Il avait peur mais n'en fit rien paraître. Il avait décidé d'être brave. Cependant, lorsque l'infirmière lui eut soutiré une seringue de sang ; il s'évanouit. Claudie s'alarma aussitôt :

   — Mon Dieu ! Qu’est-ce qui lui arrive ?

   — Ne vous inquiétez pas, Madame, c'est l'émotion. Je l'ai senti très tendu.

   — Je ne comprends pas pourquoi il n'a pas voulu que son père lui fasse cette prise de sang !                               —   Cela aurait très bien pu se passer de même, rétorqua la femme en blanc, vexée.

   — Oui, bien sûr. Silvère revint vite à lui et eut envie de vomir. En rentrant chez lui, il dut s'aliter car il ne se sentait pas bien du tout. Son père fut appelé aussitôt.

   — Eh bien ! Ça ne va vraiment pas ? demanda Antoine.

   — Non, papa, je me sens si fatigué et j'ai mal au cœur !

   — Mais, tourne-toi vers moi, je veux voir tes yeux de plus près. Tu as le blanc de l'œil jaune, tu dois probablement avoir la jaunisse.

   Effectivement, les résultats de l'analyse prouvèrent que Silvère avait une hépatite virale. Il fut très malade et dut garder le lit pendant trois semaines. Plusieurs fois, on pensa l'envoyer à l'hôpital mais on n'en fit rien. Maria servit de garde-malade. Claudie sortit un peu moins. Antoine soigna son fils énergiquement. Mélanie restait à son chevet pour le distraire un peu. Ses grands-parents vinrent le voir : d'abord ce furent les parents de Claudie qui habitaient la ville voisine, puis ceux d'Antoine qui demeuraient à la campagne. Ils étaient venus en voiture ; pépère Gaston avait conduit et mémère Amélie lui avait fait, comme d'habitude, des remarques sur sa conduite et des appels à la prudence. Pourtant, pépère Gaston ne dépassait jamais 80 kilomètres à l'heure ! Ils avaient mis deux heures pour faire les 120 kilomètres qui séparaient leur ferme du manoir de leur fils. Quelques années auparavant, ils exploitaient encore leurs terres mais depuis l'an passé, ils étaient à la retraite. Mémère Amélie avait eu 65 ans, son mari 67. Ils vivaient tous les deux, bien tranquilles, dans un charmant petit village. Claudie leur fit part de son embêtement à propos de leur voyage à l'étranger.

   — Il sera impossible d'emmener Silvère en vacances avec nous au Maroc au mois d'août et...

   — Eh bien ! Il viendra chez nous, s'empressa de dire Amélie.

   — Bien sûr, mais il s'ennuiera tout seul avec des gens de notre âge, ajouta Gaston.

   — Il pourrait emmener un petit copain avec lui, continua Amélie.

   — Je pourrai y aller avec Marco, maman ? demanda Silvère.

   — Pourquoi pas ? Puisque pépère et mémère te le proposent, mon chéri. Il faudrait peut-être qu'il soit libre aussi.

   — Tu sais bien qu'il ne quitte jamais son père, jubila-t-il.

   Silvère écrivit une longue lettre à son ami, dès qu'il put se remettre sur pied, pour l'inviter à venir chez ses grands-parents. Marco ne se fit pas prier et répondit aussitôt affirmativement. Antoine décida d'aller accueillir Marco à la gare de Lyon, à Paris, afin qu'il n'eût pas à se tracasser dans les changements de trains. Silvère se réjouissait à l'idée de revoir Marco et de passer un mois en sa compagnie. Bien sûr, il lui faudrait récupérer quelques forces avant de pouvoir apprécier pleinement ce séjour à la campagne. Il retrouva, à l'aide de fortifiants, son appétit, mais dut observer un régime sans graisse très sévère. La couleur jaune de ses yeux et de son corps, quoique tenace, commençait à disparaître. Il sentait la vie renaître en lui après l'anéantissement presque total.

   Nous étions le 3 août. Silvère était sur pied depuis quinze jours. Il avait beaucoup maigri : 3 kilos. Pépère Gaston et mémère Amélie allaient s'en occuper ! Marco était arrivé la veille ; son voyage s'était très bien passé. Les parents Boismorin allaient partir pour le Maroc le lendemain. Mélanie irait avec eux. Maria, comme chaque année, allait rendre visite à sa sœur à Paimpol. Elle avait pris le train le matin.

   Au début de l'après-midi, les grands-parents arrivèrent. Heureusement, la voiture commençait à chauffer. Claudie avait réussi à les décider à passer la nuit au manoir. Ils n'aimaient guère quitter leur fermette, au cœur des prairies. Ils y avaient toujours vécu et s'y sentaient bien. Silvère présenta son ami :

   — Pépé et mémé, voici Marco, mon grand copain.

   — Bonjour, mon enfant, je suis ravie de te connaître, Silvère parle beaucoup de toi, dit Amélie.

   — Bonjour, garçon, j'espère que tu te plairas chez nous, continua Gaston.

   — Merci, Monsieur et Madame, de me recevoir. Je suis tellement heureux de revoir Silvère et de faire votre connaissance, répondit Marco.

   — Entrons bien vite car je commence à avoir soif, il fait si chaud dans les autos et il y avait de la circulation sur la route, déclara le grand-père. Ils pénétrèrent dans la maison où Claudie les reçut. Elle avait préparé des rafraîchissements. Après le départ des parents Boismorin, Amélie et Gaston regagnèrent leur ferme, accompagnés des deux enfants. Ils stoppèrent devant les barrières de leur domaine, juste comme les douze coups de midi sonnaient au clocher du village. L'endroit était charmant : une avenue bordée de grands peupliers menait dans la cour. La maison se trouvait là, flanquée par des bâtiments : les étables, la laverie, la grange. Antoine était né dans cette demeure, y avait grandi, avait beaucoup travaillé dans la petite chambre où coucheraient les garçons. Tout jeune déjà, il s'intéressait aux maladies, aux blessures, à la façon de soigner et de guérir. Souvent, sa mère l'avait surpris à jouer au « docteur » avec ses camarades, pendant les vacances.

   Après le repas, Silvère fit la sieste car le voyage l'avait fatigué. Il monta dans la chambre qu'occupait jadis son père. Il aimait s'y réfugier lorsqu'il venait chez ses grands-parents. Pendant ce temps, Gaston emmenait Marco à la découverte de la ferme, dont il était fier.

Quelques poules picoraient des graines à l'entrée de l'étable.

   Un meuglement se fit entendre.      

   — Vous avez encore des vaches ? questionna Marco.

   — Oui, rien qu'une pour avoir du lait.

   — Vous pourriez l'acheter en boîte ou chez un voisin, poursuivit l'enfant.

   — Bien sûr, mais cela nous occupe. Qu'est-ce qu'on ferait sans elle ?

   — Vous pourriez vous reposer !

   — Oh ! mais on se repose, on ne fait plus rien par rapport à ce qu'on faisait !

   Certes, Gaston et sa femme avaient toujours beaucoup travaillé. Leur fils avait hérité de cette qualité.

   Le lendemain, Silvère et Marc décidèrent d'aller pique-niquer dans le bois, à un kilomètre. Ils partirent donc, panier au bras, après avoir écouté les recommandations du grand-père :

   — Faites bien attention, j'ai ouï dire qu'un sanglier avait été tué par un chasseur après plusieurs jours de battue. Peut-être, y a-t-il encore le piège qu'ils avaient fabriqué. Ne vous aventurez pas loin, restez à la lisière.

   Qu'est-ce qu'il n'avait pas dit là, pépé Gaston. A peine arrivés sur place, les enfants décidèrent de découvrir le fameux piège. Auparavant, ils reprirent quelques fol ces. Dans le panier ils trouvèrent des sandwichs et des fruits. Celui qui n'avait pas de beurre était bien sûr pour Silvère. Mémère Amélie pensait à tout. Elle respectait le régime prescrit par son fils.

       L'estomac bien rempli, ils partirent à la recherche de la ruse des chasseurs. Ils s'y croyaient vraiment. Silvère dit à son ami :

   — Dis, que ferais-tu si tu voyais arriver un sanglier ?

   — Je monterais vite dans un arbre, avant qu'il n'atteigne mon fond de culotte, pardi, et toi ?

   — Oh ! Moi aussi, ne crains rien, je ne suis pas si brave !

   — Je sais, tu as déjà peur des vaches. Mais, crois-moi, je n'en ai pas la frousse puisque mon père en a et pourtant, à la vue du sanglier, je ne serais pas plus courageux que toi.

   Ils marchèrent le long du sentier puis se faufilèrent parmi les grands arbres. Ils avançaient avec précaution. Le sol était recouvert d'une végétation abondante. Soudain, un cri formidable traversa l'air et fit bondir le cœur de Marco. Silvère disparut dans un trou que les hommes avaient masqué par des branchages et des fougères. Rien ne laissait supposer le piège.

   — Silvère, as-tu mal ? Es-tu blessé ? appela Marco, apeuré de ne rien entendre.

   — Non, lui répondit une voix lointaine, mais je ne vois strictement rien. Comment vais-je faire pour ressortir de là ?

   — Attends, je vais d'abord enlever les branches et les herbes, répondit Marco.

   La lumière apparut enfin à Silvère, ce qui le rassura. Les deux enfants découvrirent la fosse : les parois étaient lisses. Elle avait la forme d'un trapèze. Le fond était bien plus large que l'ouverture afin que la bête fût retenue prisonnière.

   — Je ne vais jamais pouvoir grimper, s'affola Silvère après avoir vainement essayé, aidé par son ami.

   — Que faire ? dit Marco, en se grattant la tête. J'ai une idée : je vais aller voir s'il n'y a pas des sortes de lianes dans le bois. J'ai heureusement emporté mon couteau.

   Il découvrit ce qu'il voulait. Il en coupa une assez longue. Il la fit glisser dans le trou. A peine Silvère se fut-il suspendu à celle-ci qu'elle cassa, manquant de projeter Marco qui la tenait dans l'abîme. Ne perdant pas courage, il alla en tailler trois autres.

   — Je vais les tresser, ce sera plus solide, annonça-t-il à son copain, je l'attacherai ensuite à l'arbre qui se trouve à côté. Ce qui fut dit, fut fait. Marco était un « homme d'action ». Silvère s'accrochait, essayait de grimper mais glissait désespérément et retombait sans arrêt.

   — Essaie de faire quelques nœuds, comme à la corde de notre école, cria Marco.

   Il le fit. Il réussit à se hisser jusqu'à l'ouverture. Le petit montagnard, se tenant au tronc, l'aida à regagner la terre ferme.

   — Tu es mon sauveur, Marco, dit Silvère, riant « jaune » et secouant la poussière de ses vêtements.

   — Je crois qu'il vaudrait mieux cesser de jouer les explorateurs et rentrer à la maison. Si nous tombons tous les quarts d'heure dans un piège, le temps d'en ressortir, il fera nuit, proposa Marco.

   — Sage idée, rentrons, acquiesça Silvère, bien content, j'ai vraiment cru coucher là.

   — Mais non, idiot, je serais allé chercher grand-père.

   — Il vaut mieux ne rien dire, supplia Silvère, ils en feraient un drame.

   — D'accord, l'ami, je ne dirai mot, ce sera notre secret.

   Ils regagnèrent la ferme. Amélie s'écria en voyant son petit-fils :

   — Eh bien ! Où as-tu ramassé toute cette poussière ?

   — Dans le sentier, Madame, Silvère a trébuché sur une souche et s'est étalé de tout son long.

   — Tu n'as mal nulle part, j'espère ? s'informa la grand-mère.

   — Mais non, mémé, ce n'est rien, conclut vivement Silvère qui commençait à rougir.

   Une semaine plus tard, au cours d'une partie de pêche organisée par pépé Gaston, Silvère ne trouva rien de mieux à faire que d'accrocher dans les arbres son fil. Marco, en voulant essayer de le récupérer, tomba dans la rivière.

   Un après-midi, au retour d'une promenade, il faisait très chaud, les deux enfants dégustèrent des glaces. Silvère fit une belle crise de foie et dut s'aliter sans souper, ce qui affola mémé Amélie. Le lendemain, il allait bien.

   Le mois d'août fut merveilleux pour les deux garçons mais un peu mouvementé pour les grands-parents. Silvère et Marco resplendissaient de santé : ils avaient pris de belles couleurs, une teinte de pain grillé. Marco repartit chez lui le 1er septembre, ravi de ces vacances à la campagne. Silvère regagna le manoir pour préparer la rentrée des classes. Ce serait une grande Rentrée puisqu’il quittait l'école primaire pour aller au lycée « Jules Verne » en sixième. Marc, lui, irait en pension au collège de la ville voisine, distante de 12 kilomètres de chez lui. Cela ne l'enchantait guère de quitter la ferme, le village et surtout Papajo. Il reviendrait toutes les fins de semaine.

   Les deux enfants se firent très bien à cette nouvelle vie. Pour Silvère, cela ne le changeait guère. Sa mère le conduisait quand ses cours commençaient à la même heure que ceux de Mélanie ; sinon, il partait avec son père qui le déposait au lycée. Le soir, quelquefois, il ren-trait par le car. Marc eut plus de mal à s'habituer à l'internat, mais la correspondance qu'il entretint avec son jeune ami l'aida à supporter ce nouvel univers. Ils se firent tous les deux de nouveaux copains, ce qui ne modifia en rien les sentiments qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre : un amour fraternel très pur. Ils se retrouvèrent aux vacances de Noël et de Pâques.

   Au mois de juillet, M. et Mme Brunoy invitèrent la famille Boismorin à passer quelque temps chez eux, au Brésil. Ils y restèrent donc quinze jours. Silvère découvrit un Charlie bien changé. Son premier ami faisait tout pour récupérer l'amitié de Silvère. Le jeune garçon ne se plaisait plus dans ce pays étranger et aurait voulu revenir en France mais ses parents devaient demeurer au Brésil. Silvère fut gentil avec lui, mais rien ne put réparer la brèche faite dans son cœur. Son ami sincère était Marco ; Charlie ne serait plus qu'un camarade parmi tant d'autres. Silvère quitta le Brésil sans tristesse, heureux de revoir Marco au mois d'août, chez lui, en montagne.

   Il en fut ainsi pendant des années. Les jeunes garçons correspondaient toujours et se voyaient souvent. Antoine et Claudie rendirent visite à Papajo, au retour d'un séjour aux sports d'hiver, dans les Alpes. Silvère et Marco avaient alors 15 ans et leur amitié ne s'était pas ternie au fil des ans. Ils étaient devenus tous les deux de beaux jeunes hommes. Marco avait énormément grandi et ils avaient maintenant la même taille. Bruns tous les deux, on aurait pu les prendre pour deux frères. 

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Auteur

Yanerwan

08-05-2020

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Marco, mon frère appartient au recueil Ecriture longue

 

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