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J'entends parler les fleurs - Texte

Texte "J'entends parler les fleurs" est un texte mis en ligne par "Deogratias"..

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J’entends parler les fleurs

 

Dans le parc près de chez moi, les jardiniers ont bien travaillé. Plusieurs parterres de fleurs sont répartis çà et là. Des fleurs de toutes les couleurs, celles dont j’ai oublié le nom et puis celles que je connais.

J’aime à me promener au milieu d’elles. Pour peu qu’en plus il fasse beau, vous n’imaginez pas les conversations que nous avons ensemble.

C’est un dialogue intemporel, irréel, fabuleux, onirique et réaliste tout à la fois. Les myosotis bleus, roses ou blancs sont d’une élégance ! Tellement petits, mais les grappes qu’ils forment sont leur force. Il n’est pas rare qu’ils me fassent la leçon dès que je les regarde. Un peu facétieux, ils se rient de mes yeux attachés à leurs minuscules présences. Ils essaient autant qu’ils peuvent de se hisser sur leurs pointes comme si c’était utile. Je les vois bien assez comme ça. Ils sont ravis que je les observe.

Les violettes, quant à elles, sont bien plus visibles. Elles sont très coquettes, leur petit cœur jaune lumineux qui éclaire leur robe sans tache, elles en sont très fières. Elles se vantent de manière quasi systématique. Je ne veux pas les vexer mais leur tendance au faire-valoir me gêne quelquefois. Elles sont aussi portées à chuchoter entre elles, comme je suis régulièrement exclue de leur petit dialogue, je les quitte souvent à ce moment-là, tant pis pour elles. Ça ne se fait pas.  Alors, elles m’appellent, me disent leur regret dès que je m’en vais, mais trop tard. Ça leur apprendra. Jusqu’à la prochaine fois. En réalité, c’est un petit jeu entre nous.

Les Iris sont des joyeux lurons, ils sont pleins d’humour. Oui, oui, ils aiment à me rapporter les conversations qu’ils ont entendues se tenir près d’eux. Arrogants avec leurs déshabillés, leur grandeur, leurs costumes trois-pièces, ils pensent toujours être conviés au prochain gala floral. C’est tout juste s’ils ne me demandent pas quelques conseils en vue de leur prochaine invitation. Ceux-là ne chuchotent pas comme les myosotis ou les violettes, non, ils parlent fort. Si fort que je n’ai jamais vu une personne passer devant eux sans provoquer l’extase. Ils sont si bien vêtus. Ils friment pas mal.

Les roses sont les plus orgueilleuses, elles ne commencent jamais leurs journées sans se parfumer, au moins un peu. Elles sortent leurs épines en bijoux, se parent de quelques gouttes de rosée qui brillent suspendues sur leur décolleté. C’est incroyable comme elles sont sociables, non, ce n’est pas la timidité qui les caractérise. Loin de là. De temps en temps, elles m’invitent à un de leur concert. Vous ne le saviez peut-être pas, mais elles sont choristes, dès qu’elles se regroupent, elles en profitent pour entonner leurs chants les plus célèbres. Que des chansons d’amour naturellement. A chaque fois, je souris, parce qu’il n’est pas rare d’entendre alors les tonnerres d’applaudissements des œillets tout proches.

Ah les œillets, toujours le bon mot. Ils sont d’une éloquence magnifique. Ils aiment les boutades, les poèmes, les proses, l’écriture en général. Ils leur arrivent même de réciter par cœur certains textes appris durant leur enfance. Ils ont une mémoire formidable, des véritables petits dictionnaires sur tiges, cachés dans leurs petits pompons colorés.

Et que dire du ballet des rhododendrons ?  Ils crient ceux-là dès qu’ils me voient passer. J’entends leurs appels.  Quel vacarme ! C’est le beau mois de mai qui les voit fleurir. Rouges, blancs, roses, ils sont étalés là, devant moi, face à mes yeux écarquillés. Ils portent leur habit de scène avant leur danse prochaine. Ils sont en pleine répétition en ce moment. Tous, les uns après les autres, s’effeuillent lentement jusqu’au sol, ils forment ainsi comme un tapis, comme celui à Cannes, pour le festival. Ce sont des véritables artistes. Très professionnels, ils ne supportent pas que leur art soit considéré comme mineur. Oh, je les comprends bien, ils se sont donné tant de mal pour éclore chacun sans frôler le voisin, à tour de rôle !

Enfin, j’ai remarqué aussi tout un tas d’autres petites frimeuses parsemées sur l’herbe magnifique.   Je ne connais même pas leur nom, cela ne semble pas trop les déranger, oh, avec les myosotis, une telle ignorance ne passerait pas, elles ne me pardonneraient pas. Heureusement, là, je ne les connais pas, elles non plus. Nous nous parlons à voix basse, forcément, avec le tintamarre des grands rhododendrons, nous n’avons pas le choix.

Elles murmurent des mots dont je ne comprends pas le sens. Je crois qu’elles sont d’une autre planète ou bien d’ailleurs sur la terre. Elles ont un accent terrible, mais pas grave, j’essaie de les comprendre. Comme je n’y parviens pas le moins du monde, elles finissent par ne plus me parler qu’avec des gestes. Nous rions ensemble de nos mimiques improbables.

Voilà, les fleurs chuchotent, dansent, parlent, crient, écoutent, espionnent et se bousculent. Elles ont toute un point commun cependant : elles sont orgueilleuses, mais alors ! Elles aiment les premières places, les regards, les couleurs fortes, les parfums qui enivrent. De l’humilité, elles n’en ont pas vraiment besoin. Elles se parent du printemps comme de l’été avec une facilité déconcertante. Avez-vous remarqué lorsqu’on les contemple, à quel point, malgré leurs vains bavardages et leur fierté, combien elles nous conduisent vers la paix intérieure ?

Elles sont les amantes du silence, la gloire du soleil, des balançoires à coccinelles.

Elles sont des stars, des petits rats d’opéra, des mystiques ignorées, des gymnastes dans le vent.

Elles sont douées pour un peu près tout, surtout pour répandre la joie.

Elles sont l’allégresse du matin, le sourire en bonne humeur, le plaisir des yeux.

Elles sont prières, extases offertes, candeur spirituelle, amour de la vie.

Les fleurs sont mes amies. Je les écoute en silence, je les admire toujours. Dans leur solitude émouvante, je les côtoie comme les papillons de juin.

Leurs intentions sont pures. Elles ont la beauté des mères et l’innocence des enfants.

 

Les fleurs nous aiment.

 

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Deogratias

12-06-2025

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