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Femme Vata - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "Femme Vata" est une grande nouvelle mise en ligne par "Ancolies"..

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34   encombrants

 

Qu'il est long le deuil. Je veux pas en parler. Mais qu'il est long. Et dur, ahurissant cauchemar permanent, éveillé et debout, couché assis, occupé désoccupé... Brouillard et barricade noirs barrant toute joie, toute insouciance, toute curiosité, tous désirs, soleils, sourires, tout partage... Et chaque instant mur et barbelé.

Saleté !

 J' t'aimais j' t'aime plus. C'est quoi ça ? J'ai la berlue ?

Vais faire quoi ? Téléphoner à la mairie, service encombrants, qu'ils viennent ramasser demain mon amour - et moi tant qu'à faire -, nous charger, nous emporter dans leurs bennes rouillées vers des prairies vagues, des terrains incertains et perdus. Qu'on en cause plus.

Comme dit (ou à peu près) Céline à la fin de son long voyage au bout de la nuit : que les sirènes les fumées des péniches nous arrachent et nous emportent, tout et pour toujours, dans leur long cri de souffrance et leur désespérance condamnés et nocturnes. Qu'une bonne fois on n'en cause plus. Plus jamais.

Appelle. Je t’en supplie appelle. Dis-moi que tu meurs de moi.

 

 

35   sms à l’amour qui se barre 4

 

Tu m'aimes plus ! T’aimes plus notre amour ! T'es complètement cinglée ou quoi ?

 

 

 

36   Le pardon

 

Le pardon comprend tout mais n’efface pas les blessures. Hélas.

Mais non Femme vata, je t’en veux pas, ça c’est sûr !

Si j’en veux à quelqu’un, c’est à moi. Traitez-moi de raton culpabilisateur si ça vous chante. En tout cas, je sais où je ne suis pas.

 

 

37   Arrêts sur ton visage

 

Ouais j' l'ai, des fois, souvent, l' cauch'mar debout
j' l'ai l' trac, le cafard black, ça y' est j' peux plus j'arrête
Ouais l' bout d' la route j' connais,
c'est pas ça qui m'arrête

 

Ouais j' l'ai, c'est vrai, des fois, souvent, l' programme miné, le mec qu'a plus rien à donner
Même ça, plus pouvoir te suivre, plus pouvoir faire un pas vers toi
c'est pas ça qui m'arrête

 

C'est pas l'addition, pas les péages...
C’est pas les panneaux dang' reux des virages...
C'est pas l' flou des paysages...
C'est ton visage
Que ton visage qui m'arrête

 

C'est pas la patience que ça prend,
c'est pas les années-silence
y’ a qu' t' chercher qui m'avance...

 

Une paire de larmes, un sillage bleu qui m'alarme
ton rouge à rêves, le batt' ment de tes lèvres
Y' a qu' ton souffle qui m' coupe le souffle

 

Rêves brûlés.. fille de fièvres.
y' a qu' ton visage que j' trouve pas ou des fois qui m'arrête...

 

38   Arracher

 

Arracher. Arracher. Une des parts les plus chères et les plus quotidiennes de moi-même. Arracher les gencives sanglantes de ma vie. Choisir de m'amputer. Arracher d'une main mes plantes rouges anciennes et de l'autre ses nouvelles racines déjà jacinthes. A moins que ça ne soit l'inverse.

Toi que j'aime tant, toi que j'aime plus que le temps, oui toi, sors de ma vie. Et pour toujours je te prie.

Au prix où est la vie ? l’amour ? la profonde amitié ?

Quelle folie. Quelle irréalité !

Faire un truc pareil : suis complètement cinglé ou quoi ?

Mais quoi d'autre ? Quoi de moins pire ?

Alors l'ai fait. Je l’ai fait plusieurs fois.

Tellement bizarre.

Des moments : soulagé. Libéré.

D'autres moments, presque tous les moments : des jours et des jours complètement sans. Dans le vide, dans le désespoir. Ça marche pas bien mon truc.

Appelle, je t'en supplie Appelle. Dis-moi que tu m'aimes. Que tu meurs de moi quand même.

 

 

39  Nos fleurs étranges

 

M'en fous. Vais t'en offrir encore, des fleuves d'amour, des fleurs étranges. Tu sais bien, nos fleurs à nous, souvent oranges. On verra ce que tu en feras. Les bazarder illico, prévenant ainsi toute forme d'incident. Ou encore les placer dans un vase et m’assumer dans ta vie. C’est ça : danse ta vie !

M'en fous. Vais tailler les taillis sombres, teintés de noir carbone, de gris et de pluie, vais tailler en nos fleurs oranges et de ronces, vais déployer nos parapluies étranges jusqu'à ce que notre amour devienne évidence. Vais chevaucher des baleines et des blessures sous-marines jusqu'à ce que notre amour prenne la surface et l'air. Vais m'asseoir sur les rochers, contempler l'aube et la nuit qui passent, comptant sur les doigts de tes mains absentes les milliers d'étoiles suivantes.

M'en fous. Vais arracher cet amour. Arracher mon cœur et mon désir. Un an déjà, puis deux puis trois etc… de torture et d'obsession. Ok, vais éteindre le monde et elle. Céder la place au néon lancinant, poignardant l'ombre permanente.

M'en fous pas du tout. Tiens à toi comme tout. Tiens sans toi à rien du tout. Suis têtu hein ?!

Femme Vata. Nos fleuves si forts, nos fleurs étranges. Cheveux volants, volets ouverts. Ouverts d'air, de mer et de terre humide et sèche. Ouverts de force joyeuse et d'espoir assuré.

Oui s’il te plait, vite appelle-moi. Dis-moi que tu meurs de moi.

 

 

40   Cafard concert

 

Prières, maudites prières                                        
maudites étoiles sans paupières,
hurler se taire          
cafard concert

Sans sommeil, cockpit ouvert                                                  
virage pâle et solitaire                                                  
cafard concert

Ailes d'argent, gorge de pierre                                          
cri blanc, tropique criminel corsaire                            
cafard concert

Aube du ciel, blanche poussière                                  
trop tard pour foutre en l'air                                        
cafard concert

Amour bizarre, bel amer                                                        
rencard cafard concert

Amour bizarre, bel amer                                                        
rencard cafard concert

 

 

41   On dansait

 

Peut-être que c’est ça que je préférais chez elle. Danser. Danser à notre guise. Il pouvait être 11h du mat, 17h encore diurnes, 23h nocturnes, 5h et l’aube naissante, on dansait. Comme j’ai dit, la ville dormait, ou bossait, ou trichait. Ou les trois à la fois. La cité remplissait son quota d’agressions et de départs d’incendies.

Et nous on dansait. Musique et corps plein pot, ou bien volume sonore filigrane et danse silencieuse immobile. Selon horaires. Et on dansait même sans musique. On était les plus simples, et on était les plus riches.

 

 

42  Oiseau fou de bassan

 

Cet enfant que je ne t’ai pas fait ! Qu’est-ce qui m’a pris ? Fou de bassan que j’étais. Sifflotant tellement haut avec mes amis les oiseaux, dérivant insouciant entre la course des nuages, décrivant de facétieuses arabesques avec les avions acrobates, les mirages personnels, les sages nénuphars, les sirènes et les fées. Si loin si loin de la réalité. Qu’est-ce qui m’a pris, j’ai rien compris. Cet enfant que je ne t’ai pas fait, pardon mon chou j’étais à mort distrait. Oiseau fou de bassan que j’étais. L’enfant du jardin, de l’eau et des plantes. L’enfant du regret. Notre enfant secret.

Chaque aube et chaque crépuscule, j’aurais penché ma tête attentive sur ton ventre blanc et plein, je l’aurais lentement et doucement caressé des mèches de mes cheveux trop longs, je l’aurais baisé partout des lèvres pour l’encourager et le préserver, j’aurais effleuré et suivi de mes doigts les plus doux le fleuve et ses affluents de tes veines diaphanes et bleutées, tout en émettant ici et là quelques borborygmes incrédules et tendres. J’aurais cru enfin au ciel, celui d’être ensemble.

J’aurais pris soin de toi, tu peux pas savoir. Question maison, à moi les courses, la vaisselle, le ménage, les poubelles…, tandis que toi, toi la femme enceinte, la presque mère, tu n’aurais fait que ce qui t’aurait plu : du thé au miel et du yoga, du jardinage d’appartement, une séance de maquillage, la sieste avec un livre ou un mp3, ou alors préférant les rideaux silencieux tirés sur un monde toujours plus pâle. Et puis une promenade peut-être, un atelier céramique ou de peinture sur soie, ou encore préparer une tarte salée ou un dessert, une île flottante, un fondant au chocolat… comme ça t’aurait chanté.

Ça, pour chanter, pour sûr on aurait chanté, et beaucoup ri aussi. Pour un oui et pour un oui. Bien sûr on aurait fait du moindre non un nouveau oui. On aurait fait un nouveau monde, en remerciant l’ancien, on n’est pas des ingrats. Bien sûr on se serait abstenu de fumer et autres bassesses tellement on aurait été haut. Bien sûr je t’aurais dit chaque jour je t’aime. Chaque jour je t’aurais dit amoureux et heureux. Et chaque matin j’aurais disposé trois roses sur ton oreiller - rouge, blanche, jaune, rose vif ou pâle, selon arrivage. Mais jamais de noire bien sûr. Exit, out pour toujours le noir, ses inquiétudes et ses cauchemars. Et puis cette fois, c’est moi qui aurais veillé à ce que tu ne manques jamais de cônes d’encens vata et du doux enchantement s’ensuivant.

Bien sûr on se serait livré aux joies de l’échographie, mais en refusant catégoriquement que le moindre représentant de la gent médicale nous informe du sexe de l’enfant à venir. C’est qu’on aurait voulu tout : le miracle et la merveilleuse surprise.

Cet enfant que je ne t’ai pas fait. Pardon Femme vata, enfant fou de bassan que j’étais. Fou de mes visages ensanglantés sous mes masques angéliques, de mes cercles barbelés certes christiques et héroïques mais également foutrement égocentriques. Un enfant ! Pfffttt… purement et simplement inconcevable à mon âge et ces pages de mon histoire. Pas pensable, pensez !

Pouvez me croire, j’ai presque tout faux dans l’histoire. Je me donnais pas le droit d’être aimé comme j’étais. Voilà. Alors forcément, pensez ! le droit de faire un enfant ?!

Bah ! un enfant sans importance, j’ai dit un jour il y a longtemps à une douce et fidèle amie - qui en comptait déjà quatre -. et qui cette fois-ci l’échappait belle. C’est vous dire si j’y connaissais quelque chose. Sans doute à cette époque j’étais moi-même un enfant sans importance. Vingt, trente, quarante ans plus tard, et toujours fœtus bouche cousue. C’est gai les amis pas vrai ! Par chance il arrive parfois que, ouf, on rencontre quelques sujets harmonieux dans notre grand vol de bassan boiteux, et c’est tant mieux.

Cet enfant plein d’importance que je ne t’ai pas fait. Oiseau aveugle et fou que j’étais. Mais bien sûr, avant l’enfant, bien avant l’enfant était l’amour. Et pourtant, l’amour ça on l’a fait. Des dizaines, des dizaine et des dizaines de fois on l’a fait. Mais on l’a pas dit. Comme des foutus muets, on l’a pas dit. On s’est pas regardé les yeux dans les yeux, les lèvres sur les lèvres, et on a pas clamé haut et clair On s’aime. On s’aime ! Même si on l’a parfois c’est vrai glissé dans le rire d’un murmure, dans le renfoncement lumineux d’un mur. Mais ouais, amoureux clandestins qu’on était, on se l’est pas officiellement graffité sur l'écorce d'un panneau de marbre ou celle d'un arbre le Je t’aime sacré. Voilà, c’est comme ça : pas le droit, amoureux clandestins qu’on était. Pas le droit, surtout moi, mes culpabilités et mes folies, tandis que tu m’aimais, ça alors, comme je suis. Alors non, je l’ai pas dit, je l’ai pas braillé Je t’aime bordel, et je te veux. Nan je l’ai pas dit Merde aux murs. Stupidement j’ai pas déclaré la guerre à l’impossible. Deux vrais branques je vous dis, parce qu’elle aussi, elle aurait peut-être pu y mettre un peu du sien, croyez pas ? Mais elle est ainsi, Femme vata, elle donne elle donne elle donne et elle donne, et elle ne demande rien, jamais rien. Notez que c’est entre autres cette générosité totale qui me fait l’aimer, et pas le fait qu’elle fasse jamais chier. Sur ce point justement, j’eusse aimé qu’elle en demande et en dise davantage. ça m’aurait comme qui dirait invité à réfléchir.

Bah, je vous fais pas le détail de l’affaire, la banale love affaire. Alors voilà, comme des glands, on n’a rien dit et on s’est contenté de vivre ravis le lien secret perfusant l’amour de nos veines à nos veines. On n’a pas compté nos innombrables chansonnettes ensemble, ni nos joyeuses boumettes (petites boums à deux à un moment ou un autre de la journée ou la soirée), nos dîners simples et soignés dans la kitchenette, nos gestes et frôlements sans autre raison qu’aimer, être réels, se toucher. Et on n’a pas non plus compté nos baisers lentement effleurés ou alors hop ! vite faits, chipés, dérobés. Et mes interminables rêves éveillés et ton écoute infinie. Et notre joie permanente d’être ensemble. Et nos nuits ou pas ensemble. Et toujours nos accueils et nos adieux, moi du balcon et toi te tordant parfois une cheville sur la chaussée inégale, ton cou vissé au ciel, ton regard vrillé au mien. Vrillé jusqu’au dernier des derniers signes d’adieu, agité de nos mains amoureuses lorsque tu tournais le coin de la rue pour rejoindre ta vie que partout en secret je partageais.

Un enfant plein d’importance. L’importance de s’être profondément reconnus, acceptés, choisis. L’importance de comprendre où et ce qu’est la vie.

J’ai rien compris, rien vu venir. Un jour, un jour affreux, ton cœur s’est émerveillé ailleurs. La fin du monde.

Hier c’est hier. Et déjà le vent l’a poussé loin, très loin, comme il a déjà poussé ce matin. Et maintenant, là tout de suite, cet après-midi aussi ? Pourquoi pas maintenant, pourquoi ne pas le faire cet après-midi même, cet enfant plein d’importance ? Tu parles ! Alors que ton si bel et si total amour chaque jour s’échappe, me filant entre les doigts comme torrent d’air et de braises. Et me voici simple enfant bassan balayé, tourbillonné, depuis des mois agrippé aux frêles montants de bois d’un cerf-volant géant pour le retenir, retenir notre amour. Et regardez, levez les yeux, matez le pantin suspendu gigotant tel un filament désarticulé au cerf-volant dingue qui malgré tous mes efforts t’emporte. Où ? nul n’en sait rien, mais on dirait loin loin loin, jusqu’à se quitter et se perdre, sortir du meilleur de nos vies, s’abandonner et éprouver pour toujours la déchirure de ne plus jamais se voir, ne plus jamais s’aimer. Foutu cerf-volant géant, volant notre amour géant et le ciel de nos vies.

Femme vata, femme cheyenne. Et moi que suis-je ? Force peut-être, celle d’être faible, force de pleurer du grand guerrier reconnaissant et acceptant l’irrémédiable perte ? Ou bien hop ! fini, réglé, lessivé, loque à la rue, à la ramasse ? Oui, que suis-je : fine fleur émeraude piquée sur mon pourpoint blanc d’amour et pourpre de sang, souffrant mais toujours croyant, ou bien suis-je chrysanthème fané flétri pendouillant à ma boutonnière anthracite élimée ? Oui dîtes-moi amis poètes et de la vie, suis-je encore de ce monde l’ancolie, pétales pâles qui recueillent l’eau d’amour et de pluie, ou bien suis-je l’impossible pays, le souffle constant du chagrin, l’immense plaine ondulante de la peine, le vaste ciel effondré de tristesse, le grain permanent de l’infinie mélancolie ? Suis-je la perte ? Suis-je ?

Cet enfant plein d’importance que je ne t’ai pas fait. Tête en l’air, oiseau fou de bassan que j’étais. Mais après tout, après tout qui sait ce que demain sait ?

 

 

 43    meurent les murs

 

Meurent les murs, meurent les jours
meurent les murs entre les jours
Meurent les murs, meurent les jours
dans l’air demeurent les murmures

 

 

44    elle reviendra

 

Femme Vata reviendra. Ne me demandez ni l’heure le jour. Elle et moi on vieillira les cheveux blancs ensemble. Assis sur un banc sous les platanes fleuris de l’expérience. Bien sûr il sera trop tard pour faire l’enfant mais quoi qu’il en soit, à la fin mon amour gagnera. Qu’est-ce qui me fait dire ça ? Parce que c’est pas possible autrement. Ou alors la vie n’est qu’une gigantesque mascarade. Femme Vata reviendra, je le sais, un point c’est tout.

L‘amour dans le noir et pourtant émeraude ?

Considère qu’aujourd’hui peut être la première manche d’une nouvelle partie qui vient de commencer. Considère que je t’aime.

 

 

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Auteur

Ancolies

07-09-2012

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Femme Vata appartient au recueil Rencontres

 

Grande Nouvelle terminée ! Merci à Ancolies.

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