
Répit Dimanche matin sur les rivages du réveilJe me détourne des vagues de la réalité,Me refusant à l'affronter, comme la journéeQui se profile. Je m'invente un sommeilEt m'y enfonce comme dans mon lit douillet.Âme rêveuse, je retourne à mon coin secret,Caveau où, invisible à qui m'aurait cherché,Je retourne à ce que mes rêves concoctent.En ces profondeurs dérisoires, sans impatience,J’attends qu'émerge la faim avec insistance.Seul ce besoin sait m'extraire de ce sommeilQuand depuis longtemp...
Cauchemar Presque comme chaque dimanche, Jean-Paul vient se recueillir en haut des falaises contempler le ballet des vautours de plus en plus nombreux depuis qu'ils ont été réintroduits dans les gorges de la Jonte. Dix ans déjà. Il n'aurait jamais accompli ce travail sans l'aide de son instituteur.Après le drame, il voulait sauver le monde. Il avait entamé des études de médecine, abandonnées dès qu'il avait dû mettre les pieds à l'hôpital ; le cauchemar avait repris. Tous ces malades, ces tr...
Le répertoire Le répertoire de ta mémoireaux pages de sourires, d'insouciance,de contestation et d'espoirs,de convictions de liberté,de non-conformisme assumé,porte les traces du récitfamilial noble et généreuxsous le ciel écrasant de chaleurle long des berges des deux Nils,pages qui risquent des taches de sangentre les mains d'ignobles manants.Le répertoire de ma mémoireest usagé de plusieurs vieset d'une inconsolable mort,de pages perdues, déchirées.Y restent les pages de bonheurdes journé...
S'il vous plaît, dessine-moi une maison Je compte dessiner une maisonAvec dedans un bouquet de fleursPour m'assurer le bonheurQue je changerai chaque jourAu gré de mes amoursJe compte dessiner une maisonAvec dedans le soleilQui m'assurera le réveilIl n'y aura pas de cloisonPour y voir plus que de raisonJe compte dessiner une maisonAvec dedans un grand lit tout rondD’où je me lèverai avec aplombUne table et son troupeau de crayonsPour écrire à foisonJe compte dessiner une maisonAvec dedans de...
A la recherche des mots Je longe la plage, solitaire,pour accompagner la mer,venu chercher un messagequi éclairerait ma page.Les vagues rejettent l'écume en eauqui sur le sable écrit, dessinetoujours les mêmes mots.Mais qui s'en plaint ?Dans ces rochers devenus poudres'écrit l'empreinte de mes pieds.Ô plaisir : la voir se dissoudrel'instant d'après,comme le poèmeque tu ne saisis pasà l'instant où il le demandeet qui jamais ne reviendra.Je verse du sable dans ma mainainsi c'est le temps que j...
Entre saules et peupliers en pleurs Sauvage je ne t'ai pas connuecar docile tu es devenueau trop rude contact des hommesde leur destin, de leurs frayeurs.Fatigués de tes humeursils ont placés leurs ouvragespour tenir en laisse tes cruesnourricières mais ravageuses.Pourtant toujours si impétueusetu changeais de lit, baladeuse,au gré de toutes tes envies,des saisons et de leurs pluies.Jaillit blanche l'étoile Caniculedans un ciel sans nuage qui brûle.Depuis, aux averses bienvenuestu ne t'accor...
Canicule Se pose sur mon lit un nuage de canicule.Mon corps brûlant pleure sans scrupuleSous l’haleine du ventilateur.J’en fuis même les bras de Morphée pour leur chaleurDans mon vain espoir d’un sommeil réparateur.Rêves de sous la moustiquaire,D'hiver, de rafraîchissements,De pôle, glaçons des océans,De joie du drap tiré que la fraîcheur confèrePour juste quelques instants polaires.Mais le temps s'envole des clochers,Torture : se lever - épuisé !Le matin les persiennes, tirées à quatre épin...
L'école, une histoire de famille Mon grand-père, comme presque tous ses frères et ses sœurs,était instituteuret leurs enfants aussi.À l'école si ses élèves il disciplinait à la maison c'était sa femme qui commandait.Au turbin filles, mari, tous, elle les envoyait.Pour sûr ! De ses dix doigts elle n'a jamais rien fait.Pour çà que ma maman ne fût pas obligéede fréquenter l'école.Sa place c'était l'évier.Elle se cachait pour éviter les casserolesen fond de classe du père, apprenant seule à lire...
Au Fil de ma Loire La rivière aux eaux tranquilles n'est pas une nature docile, elle est capricieuse, sauvage domptée par les seuls barrages. Qui ose défier ses tourbillons peut être entraîné par le fond. Miroir où arbres et rochers peuvent se refaire une beauté, elle paresse au creux d'son lit où elle se détend sans bruit s'immisçant dans chaque fissureelle file jusqu'à son embouchure. Elle est le sang de la terre, sait être douce et nourricière, chante aux pêcheurs à la ligne qui rêvent da...
Fenêtre sur Rue De la fenêtre sur rue entre la pénombre.Sur les étagères des livres en grand nombre.Deux petites figurines veillent le silencequ’éclaircissent trois toiles de leur élégance. Devant la fenêtre, sur la table - posés :une petite lampe allumée, des carnets,un troupeau de crayons qui s'y prélasse, des choses en désordre, des choses à leur place. Sur la fenêtre sur rue, de temps en temps,se posent une mésange ou quelques moineaux qui observent leur reflet, divertissant,assis à la t...
Avec le Fleuve Le bateau repose sur la surface de l'été, bordée d'arbres et de falaises. Tout un univers ce Lot qu'il remonte en long, en large, en travers. D'écluses en écluses qui régulent entre les bouées (sous la divine protection de croix et chapelles) le calme et la lenteur au rythme des manivelles lâchant les vannes et les portes qui endiguent les flots.Dédaignant les martinets survolant les eaux,des vautours planent sous les cheveux au vent du ciel.Entre les falaises la lumière afflu...
Le Temps depuis le temps un p'tit bout d'temps que j'pense au temps m'disant j'ai l'temps de donner du temps au temps enfin j'prends l'temps j'parle pas d'sale temps ni de beau temps ni de printemps sur ce p'tit air à quatre temps ni d'gagner du temps pas perdre de temps être toujours à temps ni ce en même-temps mais l'temps d'avant du bon vieux temps où fût un temps où on pouvait tuer le temps après tout c'temps ça f'sait longtemps il était temps de soulever cette question d'temps au fil du...
Le Hameau En bas de la colline est blotti le hameau On a vécu des siècles au bas de ce coteau Les feux se sont éteints, les hommes s'en sont allés, Les brebis aussi, les herbes folles ont repoussé. Aux murs de pierre de pays s'accrochent des lichens Tous en ruine, des buissons à leurs pieds les maintiennent Des araignées pendent aux aisselles de poutres noircies Qui portent le ciel et quelques ardoises amaigries. A l'aube des formes s'estompent excusées par la brume Pouvant laisser penser qu...
Forêt Congolaise Sous les arbres le jour s'est éteint.Dans la moiteur qui nous étreint,Sous le bord d'un ciel sans étoileLes flammes crépitantes, infernalesIlluminent la peau des danseurs Où fébrilement perle la sueur.Ils tournent, s'agitent, rugissent,Les ombres reflétées s'entrelacent,Entre ombres des vivants et des morts.Les arbres tremblent au rythme des tamboursQui battront jusqu'au petit jour.Stupeur de regards exténuésOù s'agitent des foudres de démence,Secrets nourris au fond de l'âme...
Guerre au Soudan Après trente ans de dictature, il y a quatre ans le monstre était tombé, renversé par l'espoir et la ténacité de la rue, voulant chasser les nuages de corruption et la misère incrustée dans la terre. Puis, la roue de la folie est poussée d'un coup, dans la même avidité, par deux larrons en foire : un porteur d'étoiles et l'autre vendeur de chameaux d'une ambition démesurée, se plaisant au tir de fête foraine sur les manifestants venus en paix. Mais, la couverture du pouvoir ...
L'Encre Bleue Pour voyager, c'est beau l'encre bleueÇa accueille les étoiles sur un drapeauQui comme la mer porte le bateauD'où tu admires leur scintillementAu milieu du firmamentPour partir, c'est beau l'encre bleueElle te guide vers l'horizonDes immensités, au-delà de ta prisonVers l'espoir de jours meilleursPleins de calme, d'amour et de chaleurPour écrire, c'est beau l'encre bleueÇa dessine des lettres de couleurQue tu calligraphies avec ardeurPour faire des motsQue tu pourras clamer trè...