"Passeport pour le néant" est une histoire courte mise en ligne par
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Brief de l'éditeur: écrire un polar en 8000 signe maxi. Passeport pour le néant Maurac a tout faux. Pour commencer il a vu ce qu’il n’aurait pas dû voir, du coup ils ont lâché leurs chiens à ses trousses. Puis évidemment il ne peut rentrer chez lui, n’a pas d’amis sur lesquels compter, n’a pas l’argent pour se barrer, aussi il zone en tâchant de se faire tout petit. Invisible serait évidemment bien plus efficace mais cette capacité n’est pas en son pouvoir. La journée il erre dans des banlieues excentrées, regagne la capitale à la nuit tombante et dort sous les ponts. Ce mercredi soir il a choisi le pont de l’Alma. Il l’a su mais l’a oublié, c’est le soir où s’y réunissent les adeptes de chasse à courre pour y travailler leurs traditionnelles et insupportables partitions à la con de cors de chasse. Merde ! S’il est une chose que parmi nombre d’autres Maurac déteste c’est bien la chasse à courre et ses foutus cavaliers. Il s’en bouche autant qu’il le peut ses oreilles mais cependant, son attention l’alerte : dans ce pénible beuglement claironnant, quelque chose sonne faux. S’il n‘est pas particulièrement mélomane, Maurac sait néanmoins reconnaître une fausse note. Il se raidit : un intrus s’est glissé dans la joyeuse troupe. C’est clair, ce ne peut être que pour lui, ils l’ont repéré. Il prend aussitôt ses jambes à son cou et cout à s’en couper le souffle sur le quai. Il se retourne : vêtu de rouge et de blanc un gus le poursuit. A gauche vite ! Quatre à quatre il enfile les marches de l’étroit escalier de pierre du pont Garigliano et se retourne à nouveau pour observer plus bas : son poursuivant ne l’a pas vu faire et continue sa course le long de la berge. Ouf à l’abri. Pour l’instant ! Il l’a envisagé mais en fait il ne peut se rendre dans un commissariat : ses ennemis contrôlent la police, ce serait se jeter direct dans la gueule du loup. Dans la nuit maintenant bien installée, il marche et marche. Jusque Meudon puis Issy-les-Moulineaux. Insuffisant. Alors il marche et marche encore jusque Clamart puis Viroflay. Laquelle de ces crapules aurait l’idée de venir le chercher ici ? Certes ils ont le bras long, très long mais ne sont néanmoins pas devins. Ceci dit, avec le noyautage qu’ils ont sur la communauté, Maurac doit se méfier de tout et tous à chaque seconde. Du simple gardien de square jusqu’au plus anonyme des retraités. Il existe cependant une catégorie de personnes qu’il classe différemment : les femmes. Son amour inconditionnel pour elles depuis son adolescence explique ce phénomène. Aussi, la courte nuit qu’il passe sur un banc achevée, il se met en quête. Il entre dans le premier supermarché venu et observe les consommatrices occupées à emplir leurs caddys. La jolie blonde qui y entasse des packs d’eau minérale lui plaît immédiatement. A elle je peux faire confiance, pense-t-il d’instinct. Il l’aborde : Êtes-vous en voiture ? Euh…. non ! répond-elle prise de court. Laissez-moi vous aider à transporter tous ces packs jusque chez vous, ce sera un plaisir pour moi ! Euh…. d’accord ! rétorque-t-elle toujours aussi surprise. Ils passent en caisse, elle règle ses achats, Maurac empoigne quatre packs de ses deux mains. Vous habitez loin ? Non c’est tout près. Encore merci, je ne savais pas vraiment comment m’y prendre. Mon père m’a appris à être galant homme, lui répond-il. Ils sortent du magasin. C’est à gauche, dit-elle. Ok, fait-il, ahanant quelque peu sous le poids des vingt-quatre bouteilles Elle a dit vrai, elle habite tout près. Il porte les packs jusque devant sa porte puis les pose au sol. Vous avez été bien aimable, lui dit-elle, puis-je vous offrir un café ? Volontiers, rétorque Maurac tandis qu’une étrange impression lui traverse l’esprit : Elle me fait confiance trop facilement, ce n’est pas clair ! Ressaisissant les packs, il la suit chez elle, jusque la cuisine. Vous pouvez les poser par terre, dit-elle, je les rangerai plus tard. Je vais préparer ce café. Vous habitez seule ? questionne-t-il. Depuis peu. En fait je sors tout juste d’une rupture. Et vous ne craignez pas de laisser un inconnu rentrer chez vous ? Eh bien, disons que vous avez une bonne tête. Vous voulez du sucre ? Non merci, réplique-t-il, je n’en prends jamais. Leurs deux tasses à la main, elle l’invite à le suivre et à s’installer dans l’un des fauteuils du salon tandis qu’elle-même s’assied sur le canapé. Et vous habitez Viroflay ? le questionne-t-elle à son tour. Pas du tout. Ecoutez, vous me paraissez être une personne honnête, je vais jouer franc jeu avec vous. J’ai une bande de maffieux qui me court derrière et je ne sais où me réfugier. J’essaie de m’en aller mais ne dispose pas d’un seul centime pour me payer un billet de train. Une bande de maffieux ! fait-elle d’un ton horrifié, comment cela est-il possible ? Trop long à vous expliquer mais c’est la triste réalité. Ils ont failli m’avoir hier à Paris et j’ai marché au hasard jusqu’ici. Maintenant vous me faîtes peur, réplique-t-elle, mais je peux vous aider pour le train. Vraiment ! Vous feriez cela ? Bien sûr, acquiesce-t-elle, j’ai horreur des maffieux. Voulez-vous que nous nous rendions à la gare immédiatement ? C’est une bonne idée, répond-il, allons-y ! Avec une correspondance à Paris Saint-Lazare, deux trains sont en partance, l’un pour Mulhouse, le second pour Grenoble. Sans raison particulière ou peut-être celle d’une vague réminiscence des Jeux Olympiques de 1968 - Killy, Périllat -, Maurac opte pour Grenoble. Très bien, dit-elle, je vais acheter le billet. Dix minutes plus tard, il est installé dans un compartiment de seconde. Il a chaudement remercié la jeune femme, laquelle lui a souhaité bonne chance. Encore dix minutes passent, un coup de sifflet retentit, le train s’ébranle puis prend de la vitesse. Eh bien en voilà une curieuse sortie de crise, songe-t-il, et puis je vais pouvoir me reposer un peu. Il se débarrasse de son blouson qu’il roule en boule sous sa tête en guise d’oreiller et se laisse aller à somnoler. Combien de temps, une demi-heure, deux heures ? Il est incapable de le dire lorsqu’il émerge de sa torpeur. Bien que ce soit interdit, il décide d’aller s’en griller une au bout du wagon. Pardon ! dit-il dérangeant ses voisins pour atteindre la porte du compartiment. A peine a-t-il rejoint le couloir qu’une déflagration éclate et une balle siffle à ses oreilles. Il court aussitôt au bout du wagon tandis qu’une seconde balle le frôle. Ils vont m’avoir dans ce train, c’est clair ! Que faire ? Sans réfléchir Maurac ouvre en la faisant coulisser la porte donnant sur la voie. Dans le fracas des roues avalant les rails, le sol défile à une allure de folie furieuse sous ses yeux. Je vais me tuer ! pense t’il en sautant. Il roule sur les cailloux et se relève curieusement sans bobos. C’est alors qu’il ressent une douleur fulgurante, une balle vient de lui transpercer le flanc. Mais on n’arrête pas si aisément un fugitif luttant pour sauver sa peau ! Malgré la souffrance et le sang qu’il perd, il est de nouveau sur ses jambes et, plié en deux, court vers les bois. Qu’il atteint rapidement. Epuisé, tordu de douleur, il s’affale au pied d’un arbre. Ils sont dans le train, songe-t-il, pour l’instant je suis en sécurité. Voyons cette blessure…
*** *** *** Il se trompait. Les porte-flingues avaient tiré la sonnette d’alarme, le train s’était arrêté, ils avaient sauté à terre, couru en arrière, retrouvé et suivi les traces de sang. Maintenant ils arrivaient à cinq vers lui, deux par la droite, trois par la gauche. La première balle lui traversa le genou. C’est donc ainsi que cela se termine ? pensa-t-il, je ne verrai jamais Grenoble. Les bribes d’une vieille chanson lui revinrent en tête : Souviens-toi de la pluie, qui tombait l’autre nuit, sur Grenoble…. Il ne put aller plus loin, la seconde balle le toucha à la tempe. C’est précisément là que Maurac atteignit le bout de la route qui tous nous conduit un jour ou l’autre inexorablement au grand tunnel blanc du néant. |
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Passeport pour le néant
appartient au recueil Polars'oïds
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Histoire Courte terminée ! Merci à Ancolies. |
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