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Passeport pour le néant - Commentaires

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Ancolies

Ancolies Le 07-04-2026 à 19:01

Bonjour Albert. Merci pour votre commentaire généreux et approfondi. Je vous avais parlé de cela, cette demande d'un éditeur d'écrire un mini-polar. Je ne m'étais jamais exercé au genre (j'ai cependant lu beaucoup d'auteurs américains traitant de l'errance et la rédemption) mais on s'aperçoit vite que lorsque l'on dispose de 8000 signes en tout et pour tout, il faut poser l'intrigue tout de suite, avancer sans attendre dans le développement et conclure de manière frappante et forte. Dans ce format Maurac est condamné dès le départ. L'exercice m'a plu, aussi en ai-je fait toute une série que je vais publier un à un sur le site. De plus cela me changeait de mon habituelle écriture "d'introspection psycho-sociologiquee" (bien grands mots) dans laquelle je commençais sérieusement à me répéter. En fait, de cette série de mini-polars j'ai fait un livre, Dis-moi quelque chose que je ne sais pas, et je continue à écrire des histoires de fiction très courtes, pas forcément des polars, des histoires absurdes aussi. C'est vraiment plaisant à faire. Oui je connais bien Paris et ses environs, j'y ai vécu 40 ans (40 ans de trop, c'est une ville totalement absurde, selon moi). Je suis heureux que ce texte vous ait plu. Bien amicalement.

Albert B

Albert B Le 07-04-2026 à 17:56

Ancolies, votre texte m’a vraiment marqué par son efficacité et sa tension continue, on entre très vite dans une course sans issue où l’on ressent presque physiquement l’essoufflement de Maurac, sa peur, sa solitude, et surtout cette impression d’être traqué sans jamais comprendre complètement les règles du jeu, ce qui renforce encore l’angoisse. Ce qui m’a particulièrement frappé, c’est la manière dont vous construisez une fuite qui n’est pas seulement géographique mais presque mentale, comme si le personnage était déjà enfermé dans une fatalité dès les premières lignes, et que chaque choix, même le plus anodin comme celui d’un pont ou d’un train, ne faisait que le rapprocher de sa fin. La scène avec la jeune femme est très intéressante aussi, parce qu’elle introduit un moment de respiration, presque une illusion de salut, mais en même temps elle installe un doute subtil, une fragilité, comme si cette aide arrivait trop facilement pour être totalement innocente, ce qui ajoute une profondeur psychologique au récit sans que vous ayez besoin de l’expliquer. J’ai aussi apprécié le réalisme des déplacements, des lieux, cette errance précise entre Paris et sa banlieue qui ancre le texte dans quelque chose de concret, presque quotidien, et qui contraste avec la violence brutale de la traque. La fin est particulièrement réussie, sans effet inutile, sèche, presque inévitable, et elle donne au titre toute sa portée, comme si ce “passeport” n’avait jamais été autre chose qu’une condamnation dès le départ. Ce que je trouve fort dans votre écriture, c’est que vous ne cherchez pas à embellir ni à dramatiser artificiellement, vous laissez la situation parler d’elle-même, avec une simplicité apparente qui cache en réalité une vraie maîtrise du rythme et de la tension. C’est un texte qui fonctionne à la fois comme un polar et comme une sorte de réflexion sur la fuite, l’isolement et l’impossibilité d’échapper à ce qui nous dépasse, et c’est sans doute ce double niveau de lecture qui lui donne sa force. Je me souviens que vous aviez évoqué le fait d’avoir écrit des polars, et à la lecture de ce texte, j’ai vraiment l’impression que vous êtes en train de les faire vivre peu à peu ici, ce qui est une excellente idée, car ce format court se prête très bien à votre manière d’installer rapidement une tension et une atmosphère. On sent une vraie expérience du genre, notamment dans la construction du rythme et dans cette capacité à plonger le lecteur immédiatement dans une situation sans échappatoire. Si vous poursuivez dans cette voie, je serai curieux de découvrir les autres, car il y a déjà dans celui-ci une identité et une efficacité qui donnent envie de suivre votre univers plus loin. Bien amicalement, Albert.

Abdellah

Abdellah Le 07-04-2026 à 12:43

Bonjour Ancolies, Merci pour cet éclairage. Cela donne une autre profondeur à la lecture, presque une autre respiration. Ce que j’ai ressenti comme une course trouve ici sa source, et cela se tient. Il y a quelque chose de fort dans cette idée qu’à un moment, le cadre lui-même devient une forme de destin. Et finalement, cela rejoint le texte : on avance, sans issue réelle, comme si tout était déjà en place. Bien à vous Abdellah

Ancolies

Ancolies Le 07-04-2026 à 9:15

Bonjour Abdellah. Pour tout dire, à l'origine de cet écrit, un éditeur d'histoires très courtes m'a demandé d'écrire un polar en 8000 signes maxi. Je me suis exécuté et comme j'ai trouvé cela intéressement, amusant même, j'en ai écrit plusieurs autres, que je vais publier ici. J'en ai fait un livre titré Dis-moi quelque chose que je ne sais pas. Celui-ci est le premier de ces textes. Je l'avais d'abord écrit à l'imparfait puis l'ai passé au présent. Cela crée une ambiance vraiment différente. Au présent on est comme vous dîtes dans une sorte de course de vitesse, une course contre la mort. Dans ce format de 8000 signes, ce malheureux Maurac n'avait pas une chance de s'en tirer. Bien à vous.

Abdellah

Abdellah Le 06-04-2026 à 21:15

Bonsoir Ancolies, Un texte qui se lit comme une course prise de vitesse, sans véritable point d’appui. On avance avec Maurac, mais sans jamais trouver de lieu où respirer vraiment. Tout semble provisoire, instable, comme si chaque tentative d’échapper à quelque chose le rapprochait déjà de ce qui l’attend. Il y a ce moment suspendu, presque inattendu, avec cette femme - une ouverture fragile, un possible - mais qui ne tient pas. Et c’est peut-être là que le texte touche le plus : dans cette confiance donnée trop vite, dans cette illusion d’un répit qui n’en est pas un. La fin, sans détour, referme le tout avec une forme de fatalité silencieuse. Elle ne surprend pas vraiment… elle s’impose. Un récit tendu, qui laisse derrière lui une impression persistante, comme une trace qui continue même après la dernière ligne. Amicalement Abdellah