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Léon qui a toujours raison - Histoire Courte

Histoire Courte "Léon qui a toujours raison" est une histoire courte mise en ligne par "Ancolies"..

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Brief de l'éditeur :écrire un polar en 8000 signes maxi. Humour autorisé. 

Léon qui a toujours raison

 

Léon avait toujours raison. Qu’il pleuve, neige ou vente, qu’il tombe des grêlons ou des nuées de frelons, Léon avait toujours raison. Tu pouvais être assis à une table rouge avec lui, il te disait Cette table est blanche. Elle me semble plutôt rouge Léon, ne le vois-tu pas ? Cette table est blanche, tranchait-il, fin de la discussion. Dans ces conditions, n’existait d’autre choix que se plier à ses moindres désidératas. Trucide-moi ces deux gus. Ok Léon, c’est comme si c’était fait !

Comme toujours, comme dans tous les cas de figures, c’est absolument naturellement dans les carences affectives de sa tendre enfance que se situait l’origine des névroses de Léon. Hors de question cependant de lui en faire la remarque. Evidemment. Il aurait sur le champ envoyé deux gars déjà décédés pour te pendre. Voilà qui t’aurait bien avancé n’est-ce pas ! Je suis Léon, j’ai raison, tel était le refrain auquel tu devais donc te plier. A moins que tu n‘en aies réellement rien à foutre de te faire effacer.

Je n’en avais rien à foutre justement. Ainsi commença la guerre entre Léon et moi. Tu me tues deux de mes filles, je t’en ratatine trois. Ah ça, le score grimpait vite et nombre de clients s’en voyaient frustrés grandement. Qu’est-ce qu’on en avait à foutre des clients mécontents, au moins sur ce point moi et Léon partagions la même opinion. Ce même soir, carrément cinq de mes filles tombèrent sous le pont de Grenelle. Et alors ! J’en envoyais sept à lui rejoindre de ce pas les vastes prairies éternelles. Il remit ça le lendemain, je remis ça le surlendemain. Léon n‘avait on l’a dit guère l’habitude qu’on le contredise. Aussi là s’en voyait-il contrarié, mieux, déstabilisé. Non il n’avait guère l’habitude le malheureux, aussi m’envoya-t-il ses émissaires. Je leur tranchai sèchement la gorge et les lui renvoyai en paquets cadeaux. Il n’en crut pas ses yeux qu’il avait pourtant bien bigleux. Lors il vint en personne, persuadé que je n’oserais pas toucher un seul de ses cheveux. Léon je t’oublie tu m’oublies, restons-en là, lui proposais-je. Que veux-tu dire ? rétorqua-t-il fronçant ses sourcils devenus circonflexes. Tu retournes dans ta Belgique natale, là où le soleil est si pâle et je te le redis, on en reste là. Putain mais tu sais à qui tu parles, tu sais qui je suis ! monta-il aussitôt sur ses grands chevaux. Tu es Léon qui a toujours raison, répondis-je poliment mais lassé. Tu sais quoi Léon ? On peut être bien élevé et énervé. Aussi je te conseille amicalement de ne pas discuter. C’est bon, s’allongea-t-il, t’as décimé plus de la moitié de mes filles ! Tu vois Léon, entre gens raisonnant convenablement, on s’entend très naturellement. Bye ! Et oublie pas tes gorilles que t’as laissés sur mon paillasson !  

Je n’étais pas si naïf. Je savais bien qu’avec un mec qu’avait toujours raison, je n’allais pas me tirer de sa tête de con si aisément. La semaine suivante c’est deux de mes hôtels qu’il fit tomber, alertant anonymement la flicaille. En retour, je lui en explosai pas moins de cinq. Oui, cinq, pas un de moins ! Représailles pour représailles quoi ! Ô toi lecteur, t’as compris que je suis pas du genre à faire dans la demi-mesure. La police des mœurs s’en frottait les mains de contentement : qu’ils règlent entre eux leurs foutus comptes, ça nous fait toujours ça de boulot en moins ! Je n’en étais pas mieux pour autant : si j’avais en effet et comme il l’avait dit décimé plus de la moitié de son cheptel, mes troupes s’amenuisaient à vue d’œil elles-aussi. Ce n’était plus tenable. Il me fallait trouver une solution définitive.

Ainsi que chaque fois que j’ai un problème dont je n’entrevois pas la solution, je me rendis dans une église. Etrange idée, étrange rituel diras-tu. Etrange peut-être mais là, au sein de ces églises, dans le silence et le recueillement ambiants, dans les odeurs de bougies de cire et d’encens, il m’apparaissait souvent des idées que je n’avais pas pressenties auparavant. Combien d’êtres humains, d’animaux disparus depuis la nuit des temps sans laisser la moindre trace, hormis quelques cimetières épars ! songeai-je agenouillé sur mon prie-Dieu. Je savais Léon grand amateur de samba. Au mambo les grands remèdes ! me dis-je. Tout gros bonnet qu’il soit et protégé par les barons, débarrasses-toi sans états d’âme du dénommé Léon, surnommé Le gars qu’a toujours raison. Bon, c’était clair, je risquais gros. En même temps je ne pouvais plus laisser la situation, ma situation, se dégrader de la sorte. Au diable les barons ! m’encourageai-je pour chasser le mouron qui commençait à m’envahir.

On peut être une véritable tête de con sans être un vrai con : Léon me le prouva en déjouant mes quatre premières tentatives d’élimination. C’est qu’il se méfiait et pas qu’un peu, et pour cette fois-ci il avait effectivement raison. Merde, je ne savais plus quel plan imaginer, quel stratagème employer pour mettre fin à ce foutu boxon. En l’appelant directement sans passer par ses lieutenants, je me décidai à lui filer un nouveau rencard dans un bar appelé Le Bidule. J’attaquai bille en tête : Ecoute Léon, ça devient ridicule ! Nous sommes du même côté non, du côté qui ne respecte ni l’ordre ni la loi ! Il ne s’agit ni d’ordre ni de loi, rétorqua-il, tu ne respectes pas tes concurrents, tu ne respectes pas les accords tacites du grand banditisme. Est-ce que je t’ai foutu une seule fois des bâtons dans les roues quand toi et tes gars vous en êtes pris aux succursales de banque ? La réponse est non. Est-ce que t’as trouvé une seule balance chez mes gars à moi ? La réponse est encore non. M’en étais-pris rien qu’une seule fois à toi avant que tu ne déclenches les hostilités ? La réponse est encore et toujours non. Alors ? Bon Léon, j’admets que pour cette fois, pour cette fois-ci précis-je, tu as raison. Mais tu es devenu si gourmand ! Ecoute, reprit-il, tu sais aussi bien que moi comment cela fonctionne : ou tu grandis, ou tu disparais. Avais-je le choix ? Pour la seconde fois en à peine quelques instants, je dus bien admettre qu’il avait encore une fois raison. Ok, proposai-je, à partir de maintenant c’est chacun chez soi. On enterre définitivement la hache, cela te va ? C’est ok, répliqua-t-il, j’ai ta parole que tu ne remets jamais sur la table tes entourloupes ? Parole ! acquiesçai-je. Une accolade d’hommes puis nous nous séparâmes.

Parjure que j’étais, j’avais placé une bonne moitié de mes troupes restantes planquée dans une dizaine de caisses garées près du Bidule. Je laissai Léon passer devant et franchir les portes du rade. Ce fut un tir en rafales de mitraillettes, il s’éparpilla en mille miettes tandis que les passants eux s’éparpillaient dans toutes les directions à la vitesse d’un vol d’étourneaux effectuant leur migration. Voilà une affaire une fois pour toutes réglée, me dis-je satisfait, pressant le pas pour rejoindre une des bagnoles avant que les hautes autorités ne rappliquent. On fila tous sur ces macabres entrefaites.

J’aurais dû me méfier. Oui vraiment, à toi je peux le dire, je m’en veux. Sur ce coup quel putain de naïf j’ai fait ! Un mec qui veut toujours avoir raison veut forcément toujours avoir le dernier mot : le soir même, je rendis l’âme quand ma voiture piégée explosa dans le vacarme et dans les flammes. Vu qu’il n’existe pas plus d’enfer que de paradis. Léon et moi ne nous revîmes jamais une fois tous les deux passés de l’autre côté. Bon, ni lui ni moi allions évidemment le regretter

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ancolies

10-04-2026

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Léon qui a toujours raison appartient au recueil Polars'oïds

 

Histoire Courte terminée ! Merci à Ancolies.

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