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Mon voyage page à page - Carnet de Voyage

Carnet de Voyage "Mon voyage page à page" est un carnet de voyage mis en ligne par "Rico11"..

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J.30. Navarrenx / Aroue (20 kms)

Encore deux étapes en Pays basque et j’arriverai à Saint-Jean-Pied-de-Port terme de la première partie de mon voyage. Il est encore trop tôt pour faire le bilan de ce riche parcours sur la Via podensis. D’autant que mon esprit a été accaparé toute la journée par les décisions que je dois prendre.

Je pensais après Saint-Jean, franchir les Pyrénées et utiliser les quelques jours disponibles pour cheminer un temps encore sur le « Camino Frances ». Mais les infos que j’ai reçues de mes compagnons plus en aval m’ont inquiété. Ils me parlent de gîtes bondés, de réservations plus que nécessaires, de cars entiers de pèlerins…Ils semblent très surpris par l’ambiance « tour operator » du Camino. Est-ce l’effet post-covid, mais il semblerait qu’il y ait beaucoup, beaucoup de monde. J’ai pensé à renoncer cet après-midi par crainte de me diluer dans cette foule de pèlerins new-look. Mais c’est à moi de me faire ma propre opinion en laissant de côté mes préjugés. Et puis l’envie est forte d’aller voir de l’autre côté.

Du coup j’ai passé un temps infini à faire des réservations sur mon portable…

Nous verrons bien, mais je me sens mieux maintenant que j’ai pris ma décision. Ultreia ! Et en attendant profitons bien du Pays basque français pendant les deux journées à venir.

J.31. Aroue / Ostabat (22kms)

Belle étape au cœur de ce Pays basque aux deux couleurs, qui marie si bien le vert intense de la végétation et le rouge profond du bâti.

Aujourd’hui encore j’ai surtout cheminé à plusieurs, changeant de groupe au gré du parcours et des arrêts des uns ou des autres.

Il est vrai que j’aime marcher dans mon silence, mais ce que je perds en sensations intimes, je le gagne en convivialité, en échanges divers. Faire le chemin c’est aussi savoir partager des discussions futiles ou profondes, des moments de vie, des silences aussi.

On ne peut pas toujours garder le chemin pour soi-même.

A Ostabat nous avons dit au revoir à Gilles et Nany qui vont poursuivre par le Camino del Norte. Gilles, Nany, Pat et Jean-Marc c’est ce quatuor que j’ai rencontré dès le départ du Puy. Une fine équipe qui a réussi à combiner pèlerinage  et découvertes gastronomiques. C’est dans la deuxième partie du chemin après Cahors que les ai surtout fréquentés.

J’aime beaucoup le couple formé par Gilles et Nany. Je ne connais pas bien leur histoire mais c’est un couple recomposé comme il y en a tant. Gilles, la soixantaine est un peu plus âgé que Nany. Lui est toujours de bonne humeur, et très prévenant, très attentionné avec elle. Elle, est plus discrète mais avec un visage très ouvert, plein d’empathie. Je les trouve très amoureux et même s’ils se montrent assez discrets, dans leurs effusions, j’ai parfois surpris des marques de tendresse, des gestes, des effleurements qui révèlent un lien très fort. Je les ai souvent regardés et il faut le dire, quelquefois enviés.

J.32. Ostabat / Saint-Jean-Pied-de-Port (22kms)

Le pays basque sous la pluie, c’est presque un pléonasme ! Avec plus de 200 jours de précipitations par an, difficile de passer entre les gouttes. Mais j’ai aimé ce parcours en solitaire dans une atmosphère tiède, humide et douce. J’ai aimé traverser ce pays aux couleurs verte, rouge et blanche à l’image de son drapeau.

Les derniers kilomètres m’ont porté tranquillement jusqu’à Saint-Jean, étape ultime sur la voie du Puy. Et j’avoue que je suis assez fier d’avoir marché si loin, si bien, pendant 32 jours…

Mais mon histoire intime avec le chemin ne s’arrête pas encore. Demain je passe en Espagne.

J.33. Saint-Jean-Pied-de-Port / Burguete (27 kms)

Ce matin avant de gravir les pentes du col de Roncevaux mon corps était de mauvaise humeur : contracture derrière l’épaule, douleur, sur et sous le pied. C’était comme s’il me signifiait qu’il était peut-être temps d’arrêter et de laisser le Camino caminer sans moi.

Mais je ne l’ai pas écouté et j’ai attaqué les 14 kms d’ascension avec conviction.

A courtes enjambées, je suis monté en cadence porté par le rythme régulier de ma respiration et le martèlement de mon bâton sur le sol.

C’est bon de sentir son corps fonctionner en harmonie avec sa tête, et c’est aussi pour cela que j’ai voulu faire le chemin. Eprouver encore cette sensation de plénitude physique avant que le temps qui passe me signifie qu’un jour il ne sera plus temps…

L’étape en soi aurait pu être magnifique mais je n’ai rien vu des Pyrénées enveloppées d’un épais brouillard et j’ai ignoré un peu vite les établissements religieux de Roncevalles pour aller me poser quelques kilomètres plus loin.

Journée du corps plus que de l’esprit…

J.34. Burguete / Larrasoana (24 kms) 

L’ambiance du « Camino Frances » est assez différente de celle que l’on trouve sur la voie du Puy. Beaucoup de monde d’abord, arrivé en masse depuis la gare de Saint-Jean-Pied-de-Port. Mais c’est surtout un chemin international avec une diversité étonnante de nationalités et, même si l’anglais s’impose comme le parler commun, avec un mélange parfois assourdissant de langues issues du monde entier. Une véritable tour de Babel…

Mais était-ce si différent au Moyen-âge finalement ?

Du monde il devait y en avoir beaucoup, et dans les deux sens. Et tous ces parlers locaux venus des quatre coins de l’Europe. Utilisaient-ils le latin pour se comprendre ? Peu probable car c’était la langue des gens d’Eglise, pas celle des paysans et du petit peuple des villes.

Les auberges, les hospices devaient être aussi bruyants que nos gîtes actuels, probablement davantage. Et sur le chemin on pouvait sans doute rencontrer les mêmes groupes de braillards qu’aujourd’hui.

Toute cette réflexion m’a finalement rendu assez indulgent vis-à-vis des pèlerins « new age » du Camino Frances.

Peut-être qu’au fond l’idée qui nous plaît tant d’un pèlerinage en solitaire et tout en introspection est un concept très contemporain.

J.35. Larrasoana / Pamplona (15 kms)

Ça y est, mon voyage au long cours se termine ici à Pampelune. Je suis heureux d’avoir accompli ce que je devais accomplir, et conscient d’avoir vécu une expérience unique, au regard en tout cas de ma propre existence.

J’ai considéré le chemin entre autres, comme un moyen de faire un bilan de ma vie. Il va falloir maintenant que je fasse le bilan du bilan.

J’ai rédigé une petite dédicace pour les compagnons qui sont encore sur le chemin et qui iront à Compostelle. Elle constituera l’épilogue de ma chronique.

« Buen Camino…

A Fernando aux semelles de vent,

A Rodolphe chevalier sans peur,

A son chien fidèle, Spock,

A Denis le Breton et à ses bottes de sept lieues,

A dona Veronica pour son sourire et sa détermination,

A la douce Lucie et à sa compagnie stimulante,

A Gilles et Nany les amoureux sur le Norte.

Bon chemin à vous.

Et selon la formule consacrée, que l’on y croie ou non peu importe, priez pour nous à Compostelle. »

J. Les jours d’après…

Dans le train qui me ramène, trop vite chez moi, je survole l’ensemble des écrits de mon carnet de voyage.

Impression saisissante de refaire en 20 minutes ce que j’ai mis 35 jours à effectuer. Et je mesure à quel point j’ai eu raison de m’imposer cette contrainte, cette discipline de l’écriture. Replonger dans la lecture de mon récit a ravivé les couleurs de ce périple au long cours.

Tous les souvenirs, toutes les sensations, les émotions reviennent à la surface comme sous l’effet d’une encre sympathique passée au révélateur d’un jus de citron. La réalité de ce que j’ai vécu s’impose à nouveau.

J’ai été sage vraiment de semer tous ces petits cailloux sur mon chemin, afin de ne pas le perdre en rentrant à la maison.

Mais j’ai la tête un peu lourde, comme un lendemain de cuite ou comme si j’avais trop mangé. Je m’en doutais un peu, il va falloir maintenant digérer avant d’assimiler. Et tandis que je m’apprête à rentrer dans le droit chemin du quotidien, la nostalgie m’envahit déjà.

Attention au Camino blues !

En vrac, sorti du sac…

Ø  On raconte d’étranges histoires sur le Camino, qui ressemblent à des légendes. La plus répandue est celle de ces pèlerins qui n’arrivent plus à sortir du chemin. Incapables de reprendre une vie normale, ils errent dans tous les sens, comme des fantômes, à la recherche d’eux-mêmes.

Ø  Quand les ronfleurs (fleuses) vous mangent le sommeil, les boules de cire vous garantissent un frais réveil.

Ø  L’inventeur du pansement hydrocolloïde est un bienfaiteur de l’humanité pèlerine. Ils faisaient comment au Moyen-âge ?

Ø  Non aux chiens agressifs ! Convergence des luttes entre les pèlerins et les facteurs.

Ø  On peut aimer les églises sans croire en Dieu. On peut croite en Dieu sans aimer les églises. (Réflexion d’un compagnon de route, Bruno je crois).

Ø  Doutes… Et s’il ne se passait rien le jour d’après ? Il ne faut peut-être pas donner au chemin plus de pouvoirs qu’il n’en a.

Ø  La tendinite, c’est le burn-out du pèlerin.

Ø  Le chemin c’est aussi :  lève-tôt, rando, dodo.

Ø  Le sédentaire produit, le nomade rêve…

 

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Auteur

Rico11

16-06-2022

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Carnet de Voyage terminé ! Merci à Rico11.

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