"Maroc, une rencontre..." est un carnet de voyage mis en ligne par
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Maroc, une rencontre…
20 jours en octobre 2022 En pensant au Maroc, j’imaginais un pays vert et rouge, mais ma première rencontre s’est faite en bleu et blanc à Essaouira. Ce n’est donc pas par une entrée de plain-pied dans le Maroc de la terre que je commence mon voyage, mais dans celui de la mer.
ESSAOUIRA
Essaouira, l’ancienne Mogador des Portugais, est une ville balnéaire assez touristique et peuplée de pas mal de résidents étrangers attirés ici par des prix abordables, un climat agréable et une certaine douceur de vivre. Première atmosphère marocaine avec la visite du port et de son marché aux poissons. Partout de petits étals installés à la diable le long des quais contre les remparts. Je circule avec Kate et Martine au milieu des gravats et en évitant les flaques de boue, souvenir de la petite pluie de l’avant-veille. Les odeurs de gasoil et de poisson mêlés, le piaillement des goélands à l’affut me sont familiers. Et ces vendeurs qui nous interpellent avec insistance et bonhomie. Tout ceci me rappelle l’ambiance du port de mon enfance, Sète, même si bien sûr il n’existe plus chez nous de marché en plein-air aussi…informel. Je prends plaisir à regarder les petits bateaux de pêche tous bleu azurs serrés les uns contre les autres dans les bassins du port. Certains portent des noms de femme, Aicha, Zohra…
L’après-midi après un repas partagé avec la fille de Martine qui vit et travaille au Maroc, nous visitons la médina. Lacis de ruelles peuplées d’artisans et de vendeurs en tout genre sur le fond bleu et blanc des maisons. On nous interpelle sans arrêt mais avec bienveillance et courtoisie. Je pense à un cadeau pour mon amie Malika même si je suis décidé à ne rien acheter dès le premier jour, et puis j’ai horreur de marchander. Mais les commerçants de cette médina comme de toutes celles du Maroc ont un savoir-faire inégalé dès qu’il s’agit de vendre quelque chose. Un homme en djellaba bleue m’aborde dans une toute petite rue en montée. Il a repéré le bracelet en pierre de lave que je porte à mon poignet gauche, et il engage habilement la conversation à son sujet. Dans un langage imagé assez savoureux, et dans un très bon français, il finit par me convaincre de rentrer dans sa boutique. C’est cuit ! Quand on rentre dans la boutique d’une médina on ne peut pas en ressortir les mains vides… Il me montre plusieurs bracelets. « C’est pour ta gazelle ? ». « Non, pour une amie. ». « 300 dirhams ! » Je l’obtiens pour 220. Je ne sais pas si j’ai bien marchandé mais le bracelet, « Touareg » à ses dires, est assez beau. Nous continuons un peu à discuter, on plaisante, on se chambre un peu. Comme lui je suis tactile, je pose ma main sur sa joue, il me tape sur l’épaule. Echange sans lendemain, mais contact agréable. Je me sens bien. Il s’appelle Rachid, je m’appelle Richard.
Nouvelle visite avec Kate au marché aux poissons ce matin. « Saïd le Breton » avec qui nous avions discuté la veille nous a repérés de loin. Un signe, un bonjour, nous sommes devant son étal. Nous achetons 6 petites soles et 3 douzaines d’huîtres pour le déjeuner chez Martine. Petit café face à l’Océan. Il est 10h du matin, il fait beau mais l’air est un peu frais. Je m’absorbe dans la contemplation de la mer tout en discutant avec Kate. De jeunes Marocains font une partie de foot sur la plage. J’observe aussi les promeneurs, il y en a de toute sorte. Des touristes en short, un groupe de femmes tout en noir portant l’habit islamique, un homme en djellaba tenant son fils par la main. C’est une plage de fin de saison comme je les aime.
L’après-midi retour dans la médina pour une promenade sur les remparts. Mauvaise surprise, ils ne sont pas accessibles. Apparemment ils ont été privatisés toute la journée pour le tournage d’un clip. Une dame nous indique aimablement l’adresse d’un bar qui nous permettra d’avoir malgré tout une vue sur l’Océan et les fortifications. De la terrasse en contre-haut je me laisse bercer par le claquement des vagues contre les murs et par les sons d’une musique orientale à tendance électro mais produite avec des instruments traditionnels, oud et darbouka. J’observe les tourelles des remparts, la courtine crénelée le long de laquelle sont insérés de vieux canons en bronze. En sirotant mon jus d’orange je me mets à imaginer une autre époque, un autre temps. Je vois des sentinelles arabes barbues, la tête recouverte de casques pointus, le cimeterre autour des hanches. Ils observent l’océan et la flotte des bateaux occidentaux venus les défier. Je suis un passager du temps à l’époque des Almohades. Je suis comme un gamin qui rêve un passé fantasmé… N’importe quoi bien entendu. La ville et les fortifications datent du XVIIIe siècle et ont été édifiées par le sultan Mohamed ben Abdellah dans le style « Vauban », bien loin du Moyen-âge donc. Mais le Maroc, est déjà un peu pour moi le pays des rêves. Alors je rêve…
Nouvel arrêt dans les rues de la médina, nous nous asseyons dans une minuscule gargote pour prendre un thé à la menthe. On s’attable face à la rue et l’on profite de ce paséo improvisé. Défilé ininterrompu de gens de toute condition, chacun dans sa bulle de vie. Ici les différences sociales sautent aux yeux. Un homme misérable poussant une carriole avec à l’intérieur un vieux monsieur tout aussi misérable, un religieux très maigre à l’allure austère, des mobylettes qui se faufilent entre les passants, des vélos hors - d’âge, de vieilles marocaines en foulard qui discutent avec animation, des étudiantes à la démarche insouciante : un véritable inventaire à la Prévert… Personne pourtant ne semble véritablement pressé, ni tendu dans cette artère poussiéreuse et non viabilisée. Et je me sens vacant dans tout ce remue-ménage, tranquille. En vacances quoi.
IMSOUANE
Réveil un peu difficile. Direction les toilettes. La tourista a fait son œuvre, nous voilà intronisés. Elle n’a pas l’air bien méchante toutefois, mais Kate a quelques douleurs abdominales et je me sens fiévreux. Ce matin nous filons vers Imsouane. La route n’est pas désagréable mais la fièvre qui ne me quitte pas me donne l’impression de flotter. Curieuse ambiance pour ce petit port de pêche qui est également devenu depuis peu un spot de surf. Mélange de deux cultures entre ces pêcheurs marocains de condition modeste et ces surfeurs au look californien. Deux mondes qui se côtoient sans vraiment se mélanger mais qui bénéficient tout de même chacun de l’apport de l’autre. Nous achetons des poissons à un étal et nous nous installons dans un petit établissement qui nous les fait griller. L’ambiance est décontractée et les serveurs marocains aimables et efficaces s’activent avec célérité. Depuis la terrasse en terre nous avons une belle vue sur le petit port où les barques bleues sont soigneusement rangées, et sur la baie constellée de surfeurs aux prises avec les vagues. La fumée dégagée par les grills nous entoure en dégageant une agréable odeur de poisson et de charbon de bois mêlées. Un peu emboucanés tout de même ! Nous logeons dans une auberge tenue par une jeune marocaine vraiment adorable. Sur la terrasse dans l’après-midi elle vient discuter longuement avec nous. Très belle jeune femme, solaire, qui évoque une partie de son existence et de la vie au Maroc sans détours, avec tout ce que ce pays comporte de contradictions. Mais je ne veux pas tomber ici dans les clichés éculés du genre « Maroc, entre tradition et modernité » ou pire encore, « Maroc, terre de contrastes » …
TAROUDANT
Trajet un peu fatigant entre Imsouane et Taroudant, non pas à cause de la route assez confortable, mais par la faute de cette tourista ou de ce virus qui continue encore un peu de nous affaiblir Kate et moi. Arrivée en fanfare au Dar Dzarah de Taroudant, belle demeure marocaine tenue par Yves, un Breton excentrique et haut en couleurs. A peine le temps de se poser. Yves nous noie sous un flot ininterrompu d’anecdotes personnelles allant dans tous les sens et plus extravagantes les unes que les autres. Mais le moment le plus burlesque est survenu quand Yves nous a présenté Poutina » un jeune sanglier femelle qu’il avait recueilli au mois de février. Poutina est sortie de l’enclos comme une bombe, a joué avec le chien « Husky » (mais je me demande qui jouait avec qui), a fait le tour de la piscine en poussant toute une série de « grooink » aigus avant de plonger dans le bassin.
Le repas en commun du soir nous a encore réservé de nouvelles surprises. Un groupe de voyageurs est arrivé, et en discutant avec eux, Kate s’est rendue compte que le garçon Olivier, dit « Groschat » était une connaissance virtuelle de « Voyage Forum » avec qui elle avait correspondu à de nombreuses reprises. Discussion passionnée entre tous ces vrais amoureux du Maroc. Ma nuit a été perturbée par les multiples appels à la prière du muezzin. Et j’ai pensé dans un demi-sommeil et avec un demi-sourire, à la scène mémorable de Jean Dujardin dans le film « Le Caire, Nid d’Espions ». Je m’habituerai bientôt à ces chants solitaires lancés dans le silence des fins de nuit.
Ce matin nous sommes allés visiter l’énorme marché berbère du dimanche hors des remparts de la ville. Bazar, souk, sont des mots que nous avons détournés en français pour évoquer le désordre, l’anarchie, le foutoir. En réalité le marché est très bien organisé. Un secteur est réservé aux vêtements, un autre aux colifichets et babioles en tout genre, un autre enfin à l’alimentation. Nous déambulons ainsi à travers un véritable océan de fruits, de légumes, d’épices. Les étals sont de toute dimension, certains à même le sol. Je reste ébahi devant une telle profusion et je songe qu’un pays qui produit d’aussi grandes quantités et d’aussi belles variétés doit disposer d’un vrai savoir-faire agricole. J’ai appris un peu plus tard qu’il existait à Taroudant une place des hommes et une place des femmes. Ce grand marché berbère du dimanche est sans doute le seul véritable lieu de mixité de la ville. Les gens sont assez simplement vêtus mais pas misérables, loin de là. Et la variété des fruits et légumes fait écho à la diversité des tenues vestimentaires, qu’elles soient traditionnelles ou à l’occidentale. Nous croisons plusieurs femmes en niqab, mais ici cela ne choque apparemment pas. Elles semblent à leur place comme les autres. Et je me sens plutôt à l’aise dans ce monde sans touriste, assez indifférent à ma présence.
L’après-midi nous faisons une promenade en calèche autour des remparts de Taroudant en compagnie de Rachid et de son cheval Rocco. Maille à l’envers, maille à l’endroit, nous trottons alternativement dans et hors les murs de la ville. Les vénérables remparts de terre sèche sont imposants et les palmiers-dattiers plantés comme des tourelles végétales le long des murailles donnent à l’ensemble un air de ville nord- africaine tel qu’un occidental peut se l’imaginer. Pas étonnant qu’ici aient été tournées quelques scènes du film « Ali Baba » avec Fernandel. Fin de la promenade au bout d’1h30. Nous serrons la main à Rachid qui fut un guide bien agréable. Nous traînons quelques minutes sur la place Assarag, la place des hommes, très animée en cette fin de journée, histoire de nous imprégner encore un peu de l’atmosphère de cette ville du sud-marocain. |
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