"Mon voyage page à page" est un carnet de voyage mis en ligne par
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J.7. Saint-Chély-d’Aubrac / Espalion (22 kms) L’étape qui descend de l’Aubrac vers la vallée du Lot est jalonnée de vénérables ponts de pierre solidement bâtis. Ces ponts reliaient les Hommes, les villages, les terroirs et ils permettaient également aux pèlerins de traverser en sûreté les cours d’eau de la vallée du Lot. Et je songeais en marchant, que lorsque les frères humains ne veulent plus se parler, ne savent plus s’entendre et que vient la guerre, alors ils détruisent les ponts. Sinon j’ai passé une très belle étape et j’ai vécu un beau moment empreint de sérénité dans la jolie petite église romane de Perse. J.8. Espalion / Golinhac (28 kms) « Tous les matins du monde sont sans retour » écrivait Pascal Quignard… Denis et moi on déjeunait ensemble dans un relatif silence comme deux taiseux mal réveillés. Puis les filles sont entrées dans la salle commune apportant avec elles un souffle d’énergie et de bonne humeur. Le temps de quelques tartines on a discuté religion, spiritualité…on a ri aussi. Denis est parti le premier pour assister à l’office dominical à Estaing. J’ai démarré peu après. L’air était vif, piquant, le ciel bleu limpide et le Lot passait en bouillonnant sous le vieux pont d’Espalion. Je me suis senti vivant, plein d’énergie, en phase avec la Terre, chimiquement et spirituellement heureux. « Tous les matins du monde sont sans retour », mais celui-là je le dépose précieusement dans mon coffret à souvenirs. J.9. Golinhac / Conques (20.9 kms) Aujourd’hui je laisse la parole à Arthur l’âne, que j’ai rencontré brièvement avant d’amorcer la descente sur Conques… « Bonjour, je m’appelle Arthur. Derrière mon enclos je suis bien placé pour me faire voir des pèlerins. Dieu sait si j’en ai rencontré et s’ils m’ont photographié sous toutes les coutures : de face, de profil, de trois-quarts, mal cadré… Mais ils se sont toujours montrés bienveillants, ne m’ont jamais traité d’âne ou de bête, pas comme certains autres humains ces imbéciles. Et je rappelle que nous les ânes avons une haute ascendance. C’est quand même un de mes lointains ancêtres qui a transporté le Christ pour son entrée à Jérusalem le jour des Rameaux. Eh ouais !.. Mais bon, pendant que je bavarde avec vous, le petit pèlerin à lunettes qui m’a croisé tout à l’heure, va bientôt arriver sur le vallon de Conques. Et comme tous les autres il sera émerveillé par l’immense abbatiale en croix latine et aux formes arrondies. Conques la belle, très touristique certes, mais qui reste un haut lieu de spiritualité pour tous, croyants comme non-croyants. Il est des lieux où « souffle l’esprit » et c’est un âne qui vous le dit… Allez j’arrête de braire et vous salue à tous. Arthur, l’âne. ». J.10.Conques / Livinhac (23.6 kms) Camino… Chemin, cheminer avec son corps, avec son cœur, dans sa tête. Chemin faisant, faire un bout de chemin ensemble. A chacun son chemin. Chercher son chemin à la croisée des chemins. Aller par quatre chemins, ne pas se mettre en travers…du chemin. Ne pas s’arrêter en si bon chemin ou rebrousser chemin ? Tous les chemins mènent à Santiago, même le chemin des écoliers. Rester dans le droit chemin ou prendre les chemins de traverse ? Eviter les chemins de croix ! Se reposer à mi-chemin. Aller enfin au bout du chemin. Le chemin des étoiles. Camino… J.11. Livinhac / Figeac (24 kms) / J.12. Figeac-Ussac (25 kms) Fin de journée empreinte d’émotion hier à l’arrivée à Figeac. La petite communauté de chemin qui s’était constituée au départ du Puy a été dissoute. La grande majorité de nos compagnes et compagnons de route quitte demain cette voie parallèle pour reprendre, chacun, chacune, sa vie quotidienne. Durant ces onze jours une forme d’intimité s’est créée entre nous que ce soit sur le parcours même, ou le soir à l’étape. Le petit apéro de l’au-revoir sous la halle de Figeac s’est achevé avec beaucoup d’émotions. Poignées de main fortes, embrassades, étreintes même, quand le degré d’amitié était plus puissant. Tous ceux qui ont fait le chemin entier ou en partie ont vécu ces moments-là de douce nostalgie. Voici pour eux ces quelques vers de la Complainte de Rutebeuf… « Que sont mes amis devenus Que j’avais de si près tenus Et tant aimés Ils ont été trop clairsemés Je crois le vent les a ôtés L’amour est morte. Ce sont amis que vent emporte Et il ventait devant ma porte. Les emporta. » J.13.Ussac / Limogne-en-Quercy (25 kms) Deuxième journée dans le Quercy, il y en aura quatre jusqu’à Cahors. Depuis Figeac je chemine avec mes deux rescapés du Puy, Bruno et Fernando, sous un grand ciel bleu mais aussi une forte chaleur à laquelle nous n’étions pas accoutumés. Je ressens ces étapes comme une transition entre les onze premiers jours très animés où j’ai finalement cheminé en « solitaire accompagné », et l’après-Cahors où je démarrerai la deuxième partie de mon voyage seul, puisque Bruno et Fernando prendront d’autres directions. Nous marchons assez vite sous la chaleur et parlons relativement peu, juste ce qu’il faut pour échanger des impressions, signaler un beau point de vue ou une curiosité. Ces deux garçons savent marcher, vite et fort, mais ils font attention à moi. Ils sont discrets, prévenants et toujours d’une égale bonne humeur. Ce sont deux très agréables compagnons de route. J’aime beaucoup les bâtis du Quercy avec leurs grosses maisons en pierre claire et aux toits rouge foncé. D’anciennes fermes, restaurées le plus souvent, et transformées en résidences secondaires, car comme partout l’activité paysanne se maintient avec difficulté. Mais là comme ailleurs on reste admiratif de la façon dont l’Homme a su transformer les paysages pour les adapter à l’agriculture, même si celle-ci devient résiduelle. Parmi les vestiges d’un temps où les campagnes étaient peuplées on peut admirer les murs de pierre sèche et, parsemant les terroirs, ces petites cabanes rondes en pierre que l’on appelle ici des « caselles ». J.14. Limogne-en-Quercy / Gîte du Gascou (25 kms) Journée sans rien de notable à relever tout au long des 25 kms qui nous rapprochent de Cahors. La matinée était agréable sous le ciel toujours bleu et dans les chemins creux bordés de murs en pierre sèche. Mais l’après-midi a été assez monotone le long de grandes pistes damées, rectilignes et interminables… Durant l’étape je me suis amusé à prendre en photo les ombres portées sur le chemin. J.15. Gîte du Gascou / Cahors (17 kms) Une matinée a suffi pour rallier Cahors. D’autres chemins se séparent… Fernando double l’étape, Bruno part sur Toulouse voir son fils avant de se connecter sur la voie d’Arles, Marie a terminé son périple. Des pèlerins sont derrière, d’autres devant. J’ai décidé de m’offrir une journée de repos demain. J’avais entrepris ce chemin de Saint-Jacques en le considérant comme l’occasion de faire une pause dans ma vie. Mais là je ressens le besoin de faire une pause dans la pause. Arrêter un peu l’empilement des kilomètres, les sauts de gîte en gîte, et le défilement des paysages traversés, même à quatre kilomètres heure. Demain je serai un touriste dans les rues de Cahors. J.16. Repos à Cahors Visite de Cahors au départ de mon hôtel Ibis à 2.5 kms du centre-ville ! Joli quartier médiéval. J’ai déjeuné dans un resto turc sur la terrasse en compagnie de Maryline et Claude. J.17. Cahors / Lascabanes (24 kms) Ce matin au départ de Cahors j’avais un peu l’impression de repartir à zéro. Comme si la journée de repos m’avait sorti du chemin physiquement et mentalement. Je pensais en grimpant la rude pente au sortir de la ville que les rencontres nées au départ du Puy et des jours suivants avaient été vraiment intenses. L’harmonie s’est rapidement faite parce que tous, nous débutions ensemble le chemin avec une fraîcheur d’esprit totale, un enthousiasme, une forme de naïveté également. Nous ne savions rien du chemin, et c’est lui qui a permis ces rencontres. C’était une découverte commune et nous étions comme des novices. Dans la journée je rencontre quelques randonneurs, mais je n’ai pas envie d’aller à eux sous prétexte qu’ils ne portent pas l’estampille « Le Puy ». Ridicule. Je dois me remettre dans l’esprit du chemin. Le soir à l’étape j’ai esquissé le portrait en quelques mots des compagnes et compagnons de route rencontrés depuis le départ et je l’ai envoyé sur le groupe WhatsApp que nous avons créé. « Donc j’ai aimé… La force tranquille de Fernando, Les gestes toujours mesurés de Bruno, La gaieté un peu fragile de Marie, L’élégance nonchalante de Philippe. J’ai aimé aussi… La douce voix de Véronique Le calme et la solidité de Bleuette, La jeunesse audacieuse de Rodolphe, La fidélité de son chien Spock. J’ai aimé encore… Le regard vif et pétillant de Céline, L’accent chaleureux de Georges, Les grandes enjambées de Denis le Breton, Le déjeuner imprévu avec Maryline et Claude sous le soleil de Cahors ».
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