"Mon voyage page à page" est un carnet de voyage mis en ligne par
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J.18.Lascabanes / Lauzerte (24 kms) Etape champêtre et bucolique aujourd’hui sur les plateaux calcaires et les vallons du Quercy blanc, avant de plonger sur Lauzerte et le pays de Serres. Pas mal de pluie au matin, mais tous les pèlerins connaissent le fameux dicton. J.19. Lauzerte / Moissac (27 kms) Pour cette étape assez boueuse mais toute douce sur les côteaux verdoyants du Bas-Quercy, je me suis créé un inventaire à la Prévert. « Une maison de plume dans les rues de Lauzerte, Un colombier tout gai sans pigeons prisonniers, Une chapelle sereine au sortir d’un sous-bois… Une halle art nouveau, art déco, je ne sais trop, Un pas-de-deux dans le tempo aux côtés de Véro. Une maman, des enfants sur un banc, Un portail roman… Et des mots tout en vrac jetés depuis mon sac dans les rues de Moissac. Pas de raton-laveur… J.20. Moissac / Auvillar (20 kms) Les trois-quarts de l’étape se sont déroulés sur le long ruban du chemin de halage, coincé entre le Tarn et le canal latéral de la Garonne. Reflet des arbres, des ponts, des maisonnettes sur la nappe liquide du chemin d’eau. En début d’après-midi, arrivée à Auvillar un peu pompeusement surnommée « la Toscane française ». Mais il est vrai qu’avec ses jolies massons de pierre et de brique mêlées, ses places pavées, sa halle aux grains toute ronde, elle a des airs de petite ville italienne. J.21. Auvillar / Castet-Arrouy (21.5 kms) Mauvais temps sur le Gers aujourd’hui. Le pèlerin a sorti sa pèlerine et il a baissé la tête sous l’averse, espérant une éclaircie qui n’est pas venue. J’ai pique-niqué à Miradoux à l’abri de la halle aux grains. Seul, trempé jusqu’à l’os, je grignotais un bout de pain et un morceau de fromage. Et, alors que la pluie continuait à « faire ses claquettes », j’ai à nouveau éprouvé ce sentiment d’absolue liberté qui m’avait déjà saisi au départ d’Espalion. Cette impression, presque jusqu’au vertige, d’être complètement moi-même, à ma place en allant ainsi de place en place… L’ancestrale liberté du nomade. Bonne journée en tout cas pour les grenouilles et les escargots. J.22. Castet-Arrouy / Lectoure (11.5 kms) Afin d’éviter un mouvement social d’ampleur, le pèlerin s’est vu contraint de ne marcher que dans la matinée, ses pieds étant prêts à se mettre en grève. Les exigences sont fortes : allègement des horaires de travail, et meilleures conditions de protection. Le plus revendicatif d’entre tous étant, paradoxalement, le petit orteil de droite. La direction ayant cédé sur toute la ligne, le pèlerin a donc passé un après-midi de repos à Lectoure. J.23. Lectoure / Condom (32 kms) Je suis parti tôt pour cette longue étape. J’ai passé la matinée à longer champs et vergers tout enveloppés d’une brume légère qui s’est dissipée tardivement. Je marche dans mon silence et en regardant autour de moi je suis fasciné par le soyeux des labours brun chocolat prêts à être ensemencés. L’entrée dans La Romieu à l’heure du déjeuner est somptueuse. La collégiale en arrière-plan et pour y mener un chemin blanc bordé de petites maisons coquettes et de pelouses verdoyantes. Un véritable paysage anglais de cottages. L’après-midi a été long et pénible à cause du kilométrage, mais j’ai tout de même pris le temps de m’arrêter dans l’adorable petite chapelle de Sainte Germaine. Condom enfin au cœur de l’Armagnac. Armagnac, j’adore ce nom à la résonance un peu militaire qui tonne comme une arquebuse et qui renvoie aux films d’histoire et de capes et d’épées. Mais c’est également l’appellation d’une eau-de-vie ambrée que je vais goûter ce soir en levant mon verre-ballon à la santé des pèlerins. J.24. Condom / Eauze (33 kms) Encore une très longue étape sous le soleil du Gers. Rencontre avec une biche ce matin qui a traversé le chemin en bondissant à moins de deux mètres de moi. J’ai eu le temps de bien la voir, la tête baissée, le corps musculeux en extension maximale. Quelle beauté, et quelle puissance. Si elle m’avait heuré, je pense que mes 63 petits kilos n’auraient pas fait le poids. Pour le reste j’avais la tête vagabonde et l’esprit paresseux aujourd’hui, un peu de lassitude. Je pense que mon corps a quand même eu du mal à avaler ces 65 kms en deux jours. Le soir à l’étape d’Eauze je me suis retrouvé absolument seul dans un des gîtes du village. Bonne nouvelle, une nuit sans ronfleurs cela ne se refuse pas. J’ai partagé le repas avec l’hôtesse F... belle femme un peu marquée par la vie néanmoins. Un dîner à deux assez troublant de mon point de vue, les jolies femmes m’impressionnent toujours. Mais j’avais envie d’un véritable échange avec elle pour ce tête-à-tête intime, sans chandelles. La soirée a été fluide finalement, les discussions riches de contenu. Le temps est passé vite. A la fin du repas elle m’offre par deux fois un verre d’Armagnac grand cru. Ma vanité est satisfaite, j’ai tenu le choc. Je sais qu’elle a apprécié ma compagnie comme moi j’ai apprécié la sienne. J.25. Eauze / Nogaro (20.5 kms) Sur cette courte étape je me suis amusé à chercher des images insolites ou amusantes sur le chemin. C’est ainsi que j’ai photographie « une impasse de Compostelle ». Oxymore ! Une collection de DS, les voiture du Président. Mais lequel ? A Nogaro, l’enseigne d’une boulangerie « chez Pomponette » au nom de Francis et Monique. Courage Francis ! J.26. Nogaro / Aire-sur-l’Adour (25 kms) « Ce n’est pas toi qui fais le chemin, c’est le chemin qui te fait ». Tous les pèlerins connaissent cette formule assez énigmatique au fond. Que signifie-t-elle exactement ? Peu d’entre nous voyagent comme les pèlerins du Moyen-âge, la foi chevillée au cœur et au corps dans l’espoir d’une rédemption ou d’une absolution. Nos motivations d’aujourd’hui sont plus complexes. Mais au-delà de la recherche d’un mieux-être physique et mental, nous partons tous et toutes avec l’espoir secret que ce périple va nous changer un peu en mieux. Je crois que le chemin ne peut nous donner que ce que nous portons en nous. Il nous aide sans doute à y voir plus clair et c’est en cela qu’il nous fait. Je me souviens de cette jolie histoire tirée de la Bible dans laquelle le prophète Elie cherchait la voix (…e) de Dieu. Il avait espéré l’entendre dans le grondement de l’orage, dans la puissance de la tempête et il l’a finalement trouvée dans le souffle d’une brise légère venue lui caresser les cheveux. Je ne suis pas religieux, mais cette parabole me semble être une bonne illustration du besoin de spiritualité et de quête de sens qui existe en chacune et chacun de nous. On trouve ce que l’on cherche mais il faut savoir écouter et s’écouter. C’est ce que le chemin peut nous apporter. J.27.Aire-sur-l’Adour / Arzacq-Arraziguet (31 kms) Les premiers pas à la sortie d’Aire m’ont conduit sur les sentiers du lac Broussau. L’eau, la brume, le ciel semblaient se confondre dans une atmosphère ouatée et fantomatique. Je ne sais pourquoi mais le petit circuit autour du lac avec ses aménagements de bois, ses passerelles, m’a fait penser à un paysage d’Extrême-Orient, Japon ou Corée, et c’est pourquoi l’expression de « matin calme » m’est tout de suite venu à l’esprit. Mais il est vrai qu’un regard différent du mien aurait pu tout aussi bien imaginer un loch écossais. Une bonne partie de l’étape s’est ensuite faite en cheminement partagé, avec un petit groupe de six à huit personnes. Des anciens du Puy avec d’autres rencontrés plus récemment. Et cette marche commune s’est avérée bienvenue pour tromper l’ennui produit par les mornes et longues lignes droites de la plaine agricole landaise. En fin d’étape les vallonnements du Béarn sont heureusement venus raviver les regards. Et les Pyrénées, encore invisibles aujourd’hui, approchent. J.28.Arzacq-Arraziguet / Arthez-de-Béarn (30 kms) Ce matin en dépit de la longueur de l’étape, j’avais davantage le regard du promeneur que celui du randonneur… J’aime beaucoup les régions de piémont comme le Béarn. Elles sont verdoyantes, vallonnées et elles annoncent comme de douces prémices, la montagne avant la montagne. Ici les maisons traditionnelles possèdent de beaux toits rouges en tuile plate et les murs épais sont sertis de galets roulés par les rivières et les torrents de l’amont. Et j’ai pris le temps aujourd’hui malgré le nombre élevé de kilomètres, de m’arrêter dans les quelques chapelles de rencontre, histoire de me rappeler que je me considère toujours comme un pèlerin (un drôle certes), et pas simplement comme un randonneur. J.29. Arthez-de-Béarn / Navarrenx (31 kms) Troisième journée de plus de 30 kilomètres…Je les ai passés mais c’est un peu trop pour moi et mon sac de 10 kilos sur les épaules. A partir de demain et jusqu’à Saint- Jean je vais retrouver des distances plus à ma dimension qui me laisseront le temps de musarder davantage et d’arriver un peu plus fringant en fin d’étape. J’ai cheminé toute la journée avec Olivier l’Auvergnat et de la petite Lucie. Je les aime beaucoup tous les deux. Lui a cet accent un peu traînant des gens du Massif central qui pourrait donner l’impression, fausse, d’une forme de nonchalance. Mais comme j’ai pu le constater à plusieurs reprises, et l’image est dans le thème, c’est quelqu’un qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Lucie et moi avons souvent gentiment brocardé son côté protecteur, presque paternel vis-à-vis de nous. Elle, est une jeune médecin. D’apparence un peu fluette-son sac semble peser si lourd sur ses fines épaules- elle pétille de vitalité et montre beaucoup d’opiniâtreté dans sa façon d’avancer sur le chemin. On ne prend pas ainsi un congé sabbatique sans une forte détermination. Je sais qu’elle ira jusqu’au bout. Leur compagnie m’est très agréable mais j’aimerais marcher plus longtemps seul demain.
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