"Les ballons de Fiston" est une histoire détente mise en ligne par
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Les ballons de fiston
Salut les gens ! C'est moi Fiston, seul et unique rejeton du narrateur principal. Là j’ai six ans et je fais coin-coin. J' déconne. C'est parce qu'avec mon père on habite rue du Canard. Tout près y' a la place des Carmes. En bas c'est un marché, et au-dessus un parking. C'est ça, un parking aérien, je vois que vous avez compris. Des fois on passe par là, et avec mon père on s' regarde. Avec les yeux on s' dit " On y va ? ". Les yeux se mettent à rigoler et ça veut dire oui. Alors on prend l'ascenseur, huitième et dernier étage. Une fois là-haut, on se penche par-dessus la mince rambarde de protection et on z'yeute le monde de fourmis en bas : les voitures valides qui se disputent les places handicapées, les gens riquiquis sirotant leur café ou apéro en fumant aux terrasses des bistros, les autres qui se pressent de la boulangerie au pressing... Après, on fait notre prière, on respire un bon coup et on y va : coudes collés au corps, on dévale les huit étages par la rampe en spirale, serrant la corde pour éviter les bagnoles. Y' a d' la pente et ça tournicote et ça dégringole on peut dire. On y va franco mais en gardant quand même le contrôle, rapport à la cheville cassée de mon père. En bas, on passe en trombe devant la kitchenette des gardiens. Chaque fois z'ont l'air surpris les gars, mais z'ont pas le temps de nous demander si on a acquitté nos tickets vu qu'on est déjà loin. En plus qu'on ressemble pas vraiment à des 4x4 mon père et moi. Z'ont raison, on est pas des 4x4, on est des coin-coin.
Moi j'ai l'impression que la vie est un fameux jouet. Parking des Carmes. Tout comme le garage que j'ai eu à Noël quand j'avais quatre ans, en bien plus grand. Et elle sera grande comment la marrade à la puberté ? Papa m'a prévenu : la libido c'est comme les lego. En mieux. Ben mon vieux !
C'est ça, rigolez, gens de la ligue, gens de la vie ! Rigolez de mes exploits baskets et crampons et apprenez que trente ans plus tard, Ancolies l'iconoclaste l'hurluberlu le marginal l'ignare en ballon rond et autres convergences sociales est maintenant dirigeant du grand club de foot toulousain de Fiston.
Dirigeant ? Bah ! un bien grand mot flattant notamment bonnes volontés et naïveté (Ramène des sponsors mec). Dirigeant ou pas, s'agit surtout d'accompagner et encadrer les petiots, jusqu'ici pas de souci, tout en veillant aux grains des grands. C'est que, comme on l’a vu sur le stade précédent, là ça rigole pas et mieux vaut être de la partie pour contenir les dégâts.
Alors heureux l'Ancolies en survêt ? Nan j' blague. Pas en survêt, exagérez pas quand même. Alors heureux ? Ben ouais. Content de participer à l'histoire de Fiston passionné, foot à lier. Content aussi d'avoir deux ou trois fois par semaine (entraînements, matchs) rendez-vous avec la terre et d'y rencontrer toutes sortes de gens épatants. Y' a des mamans, y' a des papas, ils sont tous là (très difficile, 20 pts). Ils/elles sont ingénieurs aéronautiques, pharmaciens, comptables, techniciens administratifs, dentistes, agents immobiliers, postiers, responsables ou employés de magasins, commerciaux en produits parapharmaceutiques, parachutistes de moins de quarante ans à la retraite, artisans... Les mamans se contentent volontiers d'accompagner leur bambin par amour, nécessité, parfois culpabilité, et s'intéressent plus à l'aspect sentimental du jeu qu'à sa technique pure. Les papas sont nettement plus pointus sur les affaires des différentes ligues, coupes et championnats, virant les boiteux et redistribuant les postes. Mamans et papas, je suis leur senior à tous mais personne ne le sait, conjonction de cheveux teints et d'adolescence définitive. Et puis, à part moi, qui ça préoccupe ?
Une maman du foot, disons trente-cinq ans, encore un peu jolie, qui clope tout le temps. Peau grise et cheveux gris. Me fait penser à ma copine Gisèle, emportée il y a trois mois par un cancer express, la gare des cinquante bougies atteinte de justesse. La maman qui clope : " J'embrasse et je parle à une morte " je pense chaque fois encourageant.
Le pot d'être père : jamais trop tard pour être foot. Pas une semaine sans que je ne shoote avec Fiston dans un espace vert ou un autre, très souvent avec de petits ou de grands potes inconnus attirés par l'aubaine. Longues passes hyper précises, démonstrations acrobatiques..., incroyable ce que tous ces jeunes font avec un simple ballon rond. A peu près pas un qui soit pas fortiche à ce jeu là. Généralement Fiston nage en pleine fraternité avec les anges, cependant les maladresses de son père. A part ça, je me souviens de mon bonheur les hélas rares fois où le mien, de père, participait à un grand cache-cache dans un petit bois. C'était la fête les mecs.
Le pot d'être père : jamais trop tard pour aimer et progresser. S'il s'agit de faire travailler son gauche à Fiston, je joins le geste à l'injonction, mes propres performances parties de zéro s'en ressentant fatalement du même coup. Ainsi améliore-je régulièrement mon record de jongles du pied droit. Score actuel douze, tandis que le petit gars pulvérise la centaine et fera mieux la semaine prochaine.
Alors heureux Ancolies en survêt ? Bémol d'hiver quand même, à se consciencieusement geler aux bords des terrains. Je teste actuellement les différents types de chaufferettes proposées sur le marché : formules genre gros zippo à essence prisé par les chasseurs et fourré dans la poche (Y' a l' feu à ma veste !!), ou encore barrette de charbon se consumant dans son petit écrin (Ça pue et pas qu'un peu). Egalement sachets à réactions chimiques que les skieurs glissent en leurs gants. A ce stade de l'enquête, rien de bien concluant (c'est ça que vous appelez chaud ?). Mais ah ouf chance et espérance ! la piste d'une solution peut-être légèrement moins imperformante trouvée sur internet. Fascinant : suffit de taper chaufferettes.
Durailles aussi l'hiver les responsabilités paternelles et dirigeantes conduisant droit au grand stade mener les minots assister à de grandes rencontres entre grands clubs. Fait zéro, ou moins cinq, ou moins je sais pas combien là-d' dans dehors. Cul posé sur les polaires bancs de pierre, Fiston est si loin dans les matchs qu'il sent rien du tout des histoires Celsius ou Fahrenheit. Tandis que, parfaitement pétrifié cependant double pantalon et tout ça, j'éprouve un certain mal à suivre l'action. En plus que mes réflexes paralysés déplorent en permanence ne pouvoir revivre quatre fois les buts au ralenti, histoire de comprendre qui a marqué et saisir à sa juste valeur la pleine beauté du jeu.
Veiller aux grains des grands on a dit. Ben oui. Mots d'ordre officiel du Club : Travail sérieux ; progrès bien sûr ; et résultats on s'en fout ! Ouais, nos priorités : convivialité et épanouissement de vos enfants. Cap officieux : Compète à mort. Record de buts. Objectif : Résultats éclatants et subventions s’ensuivant.
C'est poussin et ça triche déjà bien, stimulés par les entraîneurs (Vous voulez pas gagner ou quoi ?!), dits-entraîneurs stimulés par des directeurs techniques stimulés par des présidents de clubs stimulés par au choix orgueil et plans de carrière ou, plus rare, simple passion gratuite. Alors sur le terrain, des entraîneurs s'insultent et s'intimident, des arbitrages litigieux sont assurés par l'une ou l'autre des parties (et on n’a pas tous les mêmes chronos selon qu'on gagne ou qu'on perd). Alors deux enfants se mettent dessus, rejoints par deux mères ou deux pères qui, tiens donc, s'y mettent joyeusement aussi. Bon ça c'est quand même plutôt rare mais ouais, ça arrive. On m'en a raconté des pires, mais celle des deux mères, j'y étais.
Ouais, le plus frappant c'est les parents. Naturellement certains se comportent adéquatement, tandis que d'autres hurlent et gesticulent guerrièrement aussitôt que leur rejeton voire celui des autres est en possession du ballon. Malgré les consignes et réguliers appels au calme, y' a souvent dix, quinze, vingt entraîneurs et arbitres sur le bord du terrain, surbraillant conseils et directives contradictoires, noyant à qui mieux mieux nos chers petits joueurs. Tandis que l'entraîneur officiel, souvent pas beaucoup plus calme, s'époumone tout aussi vainement. Ça donne aussi des engueulades entraîneur/ parents, le premier intimant aux seconds l'ordre de la fermer cinq minutes et le laisser faire son boulot, tandis que les seconds estiment qu'ils ne demanderaient pas mieux sauf que le premier est vachement trop branque et qu'ils sont bien obligés de s'en mêler pour le bien commun. J'ai pas d'avis sur la question, je les aime tous et je m'en fous. Faux : je les trouve débiles de s'engueuler, en plus devant les mômes.
Convivialité, plaisir et épanouissement nourris: dès le coup d'envoi ça rigole plus dans les rangs des équipes d'adultes ne faisant désormais plus qu'un avec leurs chers poussins. On mène c'est l'enthousiasme, on est menés c'est la pression et la cata quand bien même le match n'en est qu'à ses débuts. Et si on perd, ben c'est déception collective + abattement général + savon de l'entraîneur aux mômes + savon des parents aux mômes. Sont tout propres nos petiots après ça. Ouais bien sûr, y' a des parents et des entraîneurs raisonnables, dignes, corrects. Y' a des adultes adultes, des fois ça arrive. N'empêche, en quelques années de pratique, j'en vois pas beaucoup, d'individus normaux et libres, applaudir un but ou une belle action adverses. C'est que c'est eux ou nous tu comprends ! on m'explique. Nan j' comprends pas.
Très frappant aussi : ces petits poussins savent très bien de quel côté expédier ce foutu ballon. Certes ça semble évident dit comme ça, mais laissez-moi vous décrire un peu.
C'est dans les tournois en salle, condensés de jeu, que ces déterminations et autonomies enfantines sautent le plus sauvagement aux yeux.
Ces tournois durent deux jours, engagent douze, seize, vingt-quatre... équipes. Ballon en mousse, mini-terrain, cinq joueurs par équipe + gardien, matchs hyper courts, dix minutes, et enchaînés sans répit. Ambiance : gradins de parents, d'accompagnateurs, de sacs de sport entassés, de pique-niques..., équipes non jouantes s'agitant en braillant en tous recoins de la salle..., va et vient sandwiches/euros/ buvette..., bref tourbillon, vertige et incessant et gigantesque boucan. Et ça dure longtemps. Et nos petits gars ? Insensibles au bordel ambiant aussitôt que c'est leur tour sur le terrain. Dès la première seconde, jeu super speed, ça remonte et ça revient d'un bout à l'autre tandis que les deux entraîneurs adversaires se trouvent réduits à deux pauvres hurlements parmi des milliers d'autres. Et pendant ce temps, pas un de ces mômes qui se déconcentre, qui hésite, qui s'engage pas à fond pendant ces dix minutes. Pas un qu'ait besoin qu'on lui dise ce qu'il doit faire du foutu ballon qui lui arrive soudain dans les pieds et déjà quatre furibards se ruent sur lui, et la foule romaine se déchaîne. Vachement impressionnants ces petiots. Ça fait peur même. Où iront toutes ces volontés ?
Hasard, on me demande la semaine dernière de trouver un slogan publicitaire pour l'instance nationale en charge d'établir et développer les bonnes pratiques du sport amateur. A travers par exemple l'établissement d'une charte collective employeurs/travailleurs du secteur ou autres missions du même acabit. Faire ensemble pour que chacun gagne, je propose. A ce stade du dossier, l’annonceur semble préférer une de mes solutions alternatives, Règle d'or : règles sport ! Bravo, bon choix, mais des fois je vois pas du tout le rapport entre la com et la vie.
Heureux Fiston en survêt ? Pensez, s'endurcit même ! La preuve : sanctionné pour faute lors du dernier match mon petit gars. J'étais bien content. Et pourquoi ? Pour la raison pas nouvelle qu'il est bien trop gentil, bien trop confiant merci papa merci maman. Un peu beaucoup délicat, sensible, honnête. A peine en léger décalage avec disons la part brutale, sourde et aveugle du monde déjà pointée du doigt par Shakespeare. Un scoop pas nouveau quoi. Fiston tout petit, je me posais déjà la question, Faudrait-il lui faire la vie plus dure, histoire de l'aguerrir ? Faudrait-il l'aimer moins ? Ridicule et grotesque pas vrai ! Bref je préfère penser que tout ce qu'il reçoit d'amour, d'attention, d'écoute et confiance etc... le fortifie de l'envie de vivre. Mais donc et pour parler platement, ça lui fait pas de mal de se colleter aux cartons rouges et jaunes, à la tricherie, à l'injustice, au mensonge, au snobisme des forts, à la panique cachée des faibles. A l'irrésolu, au bordel de vivre quoi. Lancé sur le grand terrain vert, ça lui fait pas de mal d'aller au contact comme on dit.
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Les ballons de Fiston
appartient au recueil Nouvelles d'une vie
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Histoire terminée ! Merci à Ancolies. |
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