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Femme de voyou - Texte

Texte "Femme de voyou" est un texte mis en ligne par "Ancolies"..

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Femme de voyou

  

On dira ce qu’on voudra, femme de voyou c’est pas un métier. Pour commencer il n’est jamais là le soir puis on se demande angoissée s’il va finir par rentrer ou s’il ne s’est pas fait purement et simplement trucider. Voilà ce à quoi elle pensait mélancoliquement assise sur son beau canapé. Un beau canapé, de beaux tapis, une table basse très classe etc… Tout ça je m’en tape ! Ce que je veux : lui. En chair et en os, bien vivant et à la maison. La porte d’entrée s’ouvrit et se referma dans un chuintement. « Chéri, c’est toi ? » appela-t’elle. « Chuttt ! » répondit-il rentrant dans la pièce et éteignant une à une toutes les lumières. « Que se passe-t-il ? » chuchota-t-elle. « J’ai la flicaille aux fesses, je crois que je les ai largués, qu’ils ne m’ont pas vu rentrer. Pas un bruit ! ».

Et voilà, ça recommence, pensa-t-elle. Dans l’obscurité qui maintenant régnait, elle l’entendit se servir un verre à l’aveuglette. « Ouf ! J’ai eu chaud ! » soupira-il s’asseyant à tâtons à côté d’elle. C’est à cet instant que la baie vitrée donnant sur le jardin explosa dans un épouvantable fracas. « Vite ! Monte à l’étage, attrape le petit et enfermez-vous dans la salle de bains. Et fais ce qu’il faut pour qu’il ne crie pas ». « Mais toi ? » « Monte je te dis ! ». Morte de frayeur elle lui obéit, trouvant sans mal dans le noir l’escalier et grimpant à l’étage. Elle fila dans la chambre du petit, constata que le bruit ne l’avait pas réveillé, le prit dans ses bras et s’élança dans le couloir. En bas le vacarme continuait. Elle put entendre que les intrus avaient réussi à franchir la baie vitrée. Elle rejoint rapidement la salle de bains et s’y enferma comme il le lui avait dit. Puis, par le dessous de la porte, elle put voir que la lumière du salon se rallumait.

« Pierrat, reste où tu es, ne tente rien ! ». « C’est ok les gars, tranquille, vous pouvez baisser vos flingues » répondit celui-ci. « Vas-y Michaël, passe-lui les poucettes. Pierrat, où sont ta femme et ton gosse ? ». « Pas là ! Ils passent la nuit chez les grands-parents ». « Ok. Michaël va aller vérifier ça ! Toi tu restes sagement assis, tu es en état d’arrestation ». Terrifiée, elle entendit des pas lourds qui montaient l’escalier puis s’engageaient dans le couloir. Elle devina l’homme qui inspectait une à une les trois chambres, puis la poignée de la porte s’abaissa et se releva deux ou trois fois. « Je crois qu’ils se sont enfermés dans la salle de bains, cria le dénommé Michaël, je vais les faire sortir de là ! ». « Très bien, fais ça,    et toi Pierrat tu ne bouges toujours pas c‘est compris ! ».   « Ne les touchez pas, ils n’ont rien fait ! » répliqua celui-ci. « Allez ma p’ tite dame, ouvrez cette porte, ce n’est pas après vous qu’on en a ! Ouvrez sinon je vais être obligé de l’enfoncer. Allez ! ». Maintenant le petit était bien réveillé. Elle le sera plus fort contre elle et lui murmura « N’aies pas peur mon bébé ». Puis elle déverrouilla la porte et se trouva face au gros flic. « C’est mieux comme ça ! dit celui-ci, maintenant on va descendre gentiment tous les trois. Passez devant ». Elle obtempéra.

« Et voilà toute la petite famille réunie sur le beau canapé.    Si c’est pas touchant ! » ricana celui qui devait sans doute être l’inspecteur. « Laissez-les tranquilles, ils n’ont rien à voir       là-dedans ! » s’écria Pierrat. « T’inquiète ! Laisse-moi me présenter comme l’homme bien élevé que je suis : Ma petite dame, inspecteur Valdec, pour vous servir. Vous savez que votre mari est un sacré renard. Deux mois qu’on le pourchasse, deux mois qu’il nous glisse entre les pattes. Jusqu’à ce soir. Il fallait bien que cela se termine pas vrai ! ». Il ouvrait la bouche pour poursuivre lorsque deux détonations claquèrent en provenance du jardin. Valdec et Michaël s’effondrèrent. Trois hommes pénétrèrent dans la pièce, passant par la baie vitrée explosée. « Je crois qu’on arrive pile au bon moment, n’est-ce pas Pierrat, prononça celui qui devait être le chef. Tiens-toi, prends les clés des menottes sur le gros et libère-le. ». Ce qui aussitôt fut fait. Pierrat se frottait les poignets. « Allez ouste on dégage, reprit le chef. Non pas le temps de prendre des affaires. Et vous Madame, faîtes taire ce gosse s’il vous plaît, ça me tape sur le système ! ». Le petit avait en effet commencé à hurler lorsque les coups de feu avaient retenti. « Calme-toi mon bébé, calme-toi, tout va bien » lui murmura-t-elle le berçant dans ses bras, elle-même tremblant encore de tous ses membres.

Ils embarquèrent dans une grosse berline, le chauffeur et le chef à l’avant, le troisième homme, son mari et elle portant toujours le petit, un peu calmé mais gémissant, serrés à l’arrière. « Tu prends la rocade, on sort Porte d’Orléans pour rejoindre l’autoroute. Gaffe à ta vitesse, c’est pas le moment de se faire arrêter » intima le chef au conducteur. « Ne vous en faîtes pas ma petite dame, on va vous conduire dans un endroit sûr, reprit-il en se retournant. Pierrat. Toi, ta chérie et le gosse vous allez rester quelques semaines tranquillement à l’abri, le temps que les choses se tassent. On est où là, porte Champerret, allez, on atteint l’autoroute dans même pas dix minutes ! ». Mais comme pour le contredire, des sirènes se mirent à mugir derrière eux tandis que la lumière jaune du court tunnel qu’ils traversaient se voyait striée d’éclairs stroboscopiques bleus. « Merde on est repéré ! cria-t-il. Ecrase le champignon ! ».

A cent cinquante sur le périph, le chauffeur doublait les autres véhicules, par la voie de droite, de gauche, du milieu, mais les trois voitures de police qu’ils avaient aux trousses   ne les lâchaient pas d’un pouce. « Atteins cette putain d’autoroute ! » cria le chef du gang. « Vaudrait mieux pas sortir pour les semer dans le Bois de Boulogne ? suggéra le troisième homme. « T’as raison ! Sortons Porte de Passy ». D’un coup de volant expert, le conducteur zigzagua entre les files et s’engouffra toujours à cette allure folle sur la bretelle. Prise de court, l’une des voitures de police loupa le coche et continua sur sa lancée mais les deux autres étaient toujours derrière eux. Sans ralentir ni hésiter, le conducteur brûla le feu en haut de la bretelle, tourna brutalement à droite et s’enfonça dans les larges avenues du Bois. Au premier carrefour, il prit en dérapant à gauche puis immédiatement après une nouvelle fois à gauche. « Bien joué ! s’exclama        le chef, je crois que tu les as eus. Continue de foncer ». 

Le barrage était en place au bout de l’allée qu’ils venaient d’emprunter. Lorsqu’ils l’aperçurent, le chauffeur grimpa sur les freins et la voiture continua encore sur une trentaine de mètres, brûlant son caoutchouc sur l’asphalte. « Demi-tour toute ! » hurla le chef. Le véhicule achevait sa manœuvre lorsque les deux voitures de la course poursuite arrivèrent droit sur eux. « Foutus pour foutus, fonce dans le tas ! ». Par miracle, ils passèrent exactement entre les deux véhicules qui venaient de piler. Ils repartirent de plus belle. Elle était blanche de terreur et le gosse dans ses bras n’arrêtait plus de crier. « Je vous en supplie, arrêtez ! » implora-t-elle. Personne ne l’entendit. Pierrat se raidit : ils étaient face au lac et le conducteur bien incapable de s’arrêter dans sa lancée. Après une belle embardée, la voiture s’envola et ce fut une sacrée plongée.

En plus des projecteurs, les gyrophares des véhicules de police et de secours éclairaient par à-coups la scène sous la lune cette nuit-là discrète. Les plongeurs refirent surface et vinrent au rapport. « Tous noyés là-dedans » déclara l’un d’eux. « Tous coupables » rétorqua le directeur de district. « Il y a une femme et un gosse » reprit le plongeur. « Tous coupables ! » répéta le directeur. « Mais le gosse ? ». « Hommes, femmes, enfants, il n’existe pas d’innocents, insista le représentant en chef de la loi, croyez-moi, aucun innocent ici-bas. Et c’est pas ce foutu Bon Dieu qui me contredira ». C’était le chef, lui qui savait. Ils en restèrent donc là.

 

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Ancolies

19-06-2026

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Femme de voyou appartient au recueil Polars'oïds

 

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