"Tais-toi et crame" est une histoire courte mise en ligne par
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Tais-toi et crame Delorme bandait et arquait tous ses muscles. Pour un résultat nul. Et pour cause ! Il était solidement ligoté, genoux et pieds, coudes et poignets à une chaise munie d’accoudoirs, une chaise en acier fermement rivée au sol de béton armé. Et bâillonné de surcroît ! L’unique chose qu’il pouvait encore faire ? Secouer furieusement la tête, ce qui ne le menait nulle part si ce n’est à s’étouffer tant et plus. Merde ! Depuis combien de temps était-il là ? Et où ? Et qui étaient ces mecs, que lui voulaient-ils ? Comme pour lui apporter une réponse, il entendit la porte se déverrouiller. Un homme s’avança devant lui et arracha d’un mouvement sec son bâillon. Bon, maintenant tu vas parler oui ! Qui nous a balancés ? A boire, répondit Delorme, s’il vous plaît à boire ! Plus tard, reprit l’homme. D’abord tu me dis tout ce que tu sais. Mais je ne sais même pas qui vous êtes et de quoi vous me parlez ! hoqueta Delorme, je ne suis qu’un journaliste de base. Justement, le coupa l’autre, un journaliste a toujours ses sources. Alors, tes sources ? Mais quelles sources ? s’énerva Delorme malgré la trouille bleue qui lui tordait le ventre. Je ne m’occupe que des lotos des personnes âgées et des chiens écrasés ! Tsss tsss… reprit l’autre, si tu ne te montres pas plus coopératif, tu vas m’obliger à me montrer très méchant. Mais puisque je vous dis que je ne peux rien vous dire de ce que je ne sais pas, reprit le prisonnier. Tu veux continuer à jouer les entêtés ? Très bien ! Je vais être grand seigneur, te filer un peu d’eau et te laisser une heure pour réfléchir. Il se tourna vers un deuxième homme resté près de la porte : Apporte-lui à boire et après tu lui refous son bâillon. Et toi, reprit-il retournant son attention vers Delorme, tu as maintenant une heure pour imaginer tout ce qu’on va te faire subir pour que tu craches ce putain de morceau.
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Mais qu’est-ce qu’il fout ce foutu Delorme ? s’énervait le rédacteur en chef, ça fait une plombe qu’on aurait dû boucler. Et on est là à tourner en rond en attendant ses deux maudits papiers ! C’est vrai que c’est curieux ! remarqua l’une des assistantes, il est toujours ponctuel et très professionnel. Rappelle-le tout de suite ! s’obstina le rédac-chef. Ça va être pareil, rétorqua-t-elle attrapant son portable. Oui, pareil, messagerie. Bon, trancha le boss, insérez-moi deux pubs, n’importe lesquelles, dans les deux encadrés vides, et quand Monsieur daignera réapparaître, ce sera la porte, direct la porte ! Ok patron on fait ça, reprit l’assistante. N’empêche ce n’est pas normal, cela ne lui ressemble tellement pas. Et s’il lui était arrivé quelque chose ? Le chargé de publication fronça les sourcils : Mais qu’est-ce que diable pourrait-il lui être arrivé ? S’être fait mordre par un de ses chiens écrasés ! Ecoutez Patron, depuis cinq ans qu’il bosse au journal, pas une seule fois il n’a été en retard à un bouclage, pas une seule fois il n’a pas rendu ses papiers en temps et en heure, insista l’assistante. Entendu ! se radoucit le rédac, bouclez-moi d’abord ce numéro puis appelez les hôpitaux. Mais dîtes-moi Félicie, à le défendre comme cela vous en pincez pour lui ou quoi ? Pas du tout, répondit celle-ci, c’est juste que je trouve ça très bizarre de sa part. Bon. Faîtes ce que j‘ai dit, fin de réunion ! conclut le boss.
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Très curieusement, après que le premier ait quitté la place, lorsque le second homme était venu lui apporter quelques gorgées d’eau, il avait glissé à l’oreille de Delorme : J’ai horreur de la violence, démerde-toi avec ça ! Et d’un coup de gros cutter il avait tranché les liens qui enserraient le poignet droit du prisonnier. Puis s’était éclipsé, verrouillant la porte derrière lui. La main droite libérée, Delorme disposait d’un peu plus de marge pour tenter quelque chose. Mais son bras était toujours ligoté à l’accoudoir de la chaise et il ne pouvait aller bien loin. Quoique ! Ces salopards quels qu’ils fussent n’avaient même pas songé à le fouiller et le journaliste avait senti plusieurs fois son téléphone vibrer. Et chance, ce téléphone se trouvait dans la poche droite de sa veste. Au prix de mille contorsions il réussit à l’attraper. C’est Félicie qui avait appelé plusieurs fois, constata-t-il sans étonnement. Il appuya sur la touche rappel, elle décrocha aussitôt. Enfin ! s’écria-t-elle, mais qu’est-ce que tu… Il la coupa : Tais-toi et écoute ! J’ai été kidnappé. Je suis enfermé dans un genre de hangar, à mon avis pas loin d’un aérodrome vu que j’entends sans cesse des petits coucous décoller et atterrir. Magnez-vous nom d’un chien, ils vont me découper en… L’échange s’arrêta net, le portable n’avait plus de batterie. Ah ça, en toutes circonstances on pouvait compter sur cette bonne Félicie ! En moins d’un petite minute, elle avait alerté et la police et l’ensemble des employés du journal. On ne peut le localiser, son portable ne borne plus. Et un aérodrome ? réfléchirent-ils tous, il n’y en a que deux dans le coin. Bon sang, duquel peut-il bien s‘agir ? Je mettrais ma main à couper que c’est Montaudran, c’est le plus isolé, intervint la décidemment indispensable Félicie. Montaudran ! dit la police, on envoie quatre voitures sur le champ.
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Delorme venait de s’apercevoir d’une chose : le second truand, le magnanime avait comme par un fait exprès laissé son cutter au pied de la chaise. Impossible cependant pour le prisonnier de s’en emparer. Mais, se trémoussant et se trémoussant, il parvint à peu à peu dégager son bras droit. Difficile néanmoins de se pencher en avant mais à force de s’agiter sur la chaise, l’un des rivets sauta. Il réussit à pivoter un chouïa et sa main se referma sur le manche de l’arme. Prestement il se défit de ses autres liens et se mit à explorer le hangar. Aucune autre issue que la porte verrouillée. Il se colla au mur près de celle-ci. Durant ce même temps la police faisait chou-blanc à Montaudran. Il y avait là-bas trois hangars qu’ils inspectèrent, rien de suspect. L’assistante s’est trompée, déclara le commissaire, vite vite, à l’autre, à Monthléry ! Les quatre voitures démarrèrent sur les chapeaux de roues. L’heure était écoulée. La porte s’ouvrit, son battant masquant Delorme au truand qui d’un coup d’œil découvrit la chaise vide et sortit aussitôt son révolver. Trop tard ! Le journaliste l’avait ceinturé par derrière et lui maintenait la lame du cutter sur la jugulaire. Lâche ton arme ! ordonna-t-il. Le gangster s’exécuta. L’entraînant vers le sol avec lui, Delorme se baissa, la ramassa et braqua l’autre : Sur la chaise, tout de suite ! Avec les liens défaits, prestement il l’attacha. Regarde ce que j’ai trouvé là ! lui dit-il agitant un bidon d’essence. Si c'est pas un don du ciel ! Je ne sais pas qui tu es mais tu m‘as foutu la pétoche de ma vie, poursuivit-il en l’aspergeant de liquide de la tête aux pieds. Mais… tu vas pas… hoqueta l’autre. C’est là que Delorme entendit les sirènes de police. Je vais me gêner, reprit-il, t’as fait une grosse connerie et ce sera la dernière de ta vie de pourri. Il sortit son briquet, l’alluma. Livide l’autre tenta d’articuler. Tais-toi et crame ! dit le journaliste lançant son briquet sur le ventre de son kidnappeur. Qui s’embrasa. Le commissaire et ses troupes franchirent alors la porte, armes aux poings. Qu’est-ce que c’est que ça ? s’écria le responsable de l’ordre public. Ça c’en est un qui ne commettra jamais plus de saloperies, répliqua un Delorme désormais tranquille. Vous n’aviez pas le droit de vous faire justice vous-même ! s’exclama l’autre. Depuis quand la terre est-elle un lieu de justice ? répliqua nonchalamment le journaliste, quelque chose a donc changé commissaire ? Super, je fais mon prochain papier là-dessus ! Dès le lendemain au journal, Delorme passa des chiens écrasés aux enquêtes d’investigation. Désormais, s’il se faisait kidnapper il saurait pourquoi.
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Tais-toi et crame
appartient au recueil Polars'oïds
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Histoire Courte terminée ! Merci à Ancolies. |
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