
Lettre au père noël Cher père noël, Je t’écris parce que mon papa il dit que les américains ils ont trouvé ta maison sur pluton et qu’ils veulent te la voler avec tous tes cadeaux dans ta hotte. Je savais bien que tu habitais loin. Mon tonton il dit que pluton c’est une planète naine où il fait toujours froid et que personne à part les américains ne peut y aller tellement ça prend du temps. Il parait même que les lutins ils sont nés sur pluton et que les rennes ils vivent sur la planète d’en ...
Paradis 17 Nous marchons dans le vent, l’air fier le port altier, Nos dix-sept ans dressés devant le monde entier. En spectateur usé, le badaud nous observe, Admire sans un mot une jeunesse en verve. Je te veux maintenant mon rêve coloré, Les yeux fardés de noir, le regard mordoré, Habillée en diva, maquillée à l’extrême, Tu m'envoies des baisers et lâches des « je t’aime » Les vitrines brillent à la lueur du soir, Éclairent le pavé, perpétuel pochoir, Où s'agitent pressés les vendeurs mercan...
Doudoustein Doudoustein sortit le premier du placard à jouets. Comme la plupart des peluches du cru, il avait subi bien des manipulations, des retouches et des modifications hasardeuses. Pourtant, hormis quelques cicatrices et coutures mal ficelées, il ressemblait à n’importe quel innocent doudou, le compagnon idéal des enfants. Maman ne remarqua pas la différence. Pour elle, tous les cadeaux offerts à ses deux filles terminaient invariablement dans un état proche du pitoyable. Les doudous n’...
Le professeur Glouque n’en revenait pas : il avait devant lui un cerveau qui vivait et communiquait après une décapitation. Ce n’était pas banal. Les autorités compétentes l’avaient dépêché sur place pour évaluer la situation. Les services secrets et le gouvernement français souhaitaient savoir ce qu’une telle découverte apportait à la France, sinon cette singularité encéphalique terminerait à la poubelle. Le propriétaire de l'encéphale, un jeune postier, avait été percuté par un engin agrico...
Le vieillard apatride arrêta son traineau, Admira la bâtisse où l'attendait la Reine, Le Prince et puis le Roi pour prononcer sa peine Et décider alors s'ils montaient au créneau. Malgré tous ses cadeaux, il finit dindonneau De la farce royale ou juste à court de veine Dans sa quête annuelle à la coupe trop pleine De briguer des papiers sans finir chemineau. Monsieur que voulez-vous, c'est la fin de la fête, Le royaume est perclus des orteils à la tête Et ne peut accueillir de barbus en son s...
La vie rêvée des animaux Robert Wilkinson, plus connu sous le pseudonyme de Magic Bob, ouvrit d’abord un œil puis l’autre. Seul et nu au milieu d’un lit inconnu, il tenta de se remémorer sa nuit précédente. Dans ses souvenirs enfumés, il vit une grande blonde lui tourner le dos et commander en français un vin au nom de château. La suite disparut dans un fondu enchainé. Magic Bob, légende des services de renseignement américains, ne s’affola pas. Affronter des brutes russes, capturer des barbu...
Couvre moi de paroles fanées La fureur de la ville et ses démons de papier ne peuvent plus me toucher. J’ai atteint le bout de la route, avec la pluie, le vent et une voix métallique dans ma tête. « C’est la fin. Viens tenter ta chance avec nous. La fin est ton amie. N'ai pas peur. Elle va te prendre, t'emmener haut et loin. » J’aime ce chant de métal. Il m’apaise, me couvre de ses paroles fanées. Je me demande où aller. « Au commencement, le cœur des éléments, dans la furie de l'air, la terr...
Venise sans eau Nous sommes descendus cet hiver à Venise Célébrer notre amour dans la ville aux canaux, Un passage obligé, juste après les anneaux, La promesse commune et les chants à l'église. Je te revois encore un tantinet surprise, Cherchant du Rialto les rites ancestraux, Des couples amoureux naviguant sur les eaux, Parés pour la photo, les fleurs et puis la bise. La gondole échouée au milieu du canal Habille le tableau d'un désordre final Sous les yeux atterrés d'un fleuve de touristes....
Il est bon de rire parfois Qu’il est charmant ce Charles-Antoine. Tellement drôle aussi. C’est un plaisir de le voir tous les mercredis, quand il donne des cours de piano à ma petite dernière Marie-Caroline. Il me rappelle ma jeunesse d’étudiante à la faculté catholique. Nous savions nous amuser à cette époque : c’était le temps de la désinvolture, des rêves et des illusions. Il me rappelle tout ça, le beau Charles-Antoine. Quand il m’a proposé d’aller voir un concert de musique sérielle à la...
Sextus Caturixque in foro laudant Sextus et Caturix se faisaient royalement chier à la maison. Ils décidèrent alors de quitter le nid familial pour rencontrer du monde, le monde, celui dont tous parlaient et dont le nom à lui seul donnait des frissons. THE WEB ! Papa et Maman les avaient avertis; attention il n'y a pas que des gens biens dans ce monde là et les jeunes adolescents sont des proies faciles pour tous les détraqués. Bref, des frayeurs de vieux. Ah, c'est pas beau de vieillir ! On ...
Hors de contrôle (version 2020) Monsieur Perrier, le professeur de mathématiques, traçait un cercle parfait à la craie blanche sur le tableau noir de la salle 102. Les élèves de la classe de troisième A ne disaient pas un mot, comme s’ils étaient hypnotisés, tombés sous le charme de la figure géométrique dessinée avec dextérité par un magicien en blouse blanche. Une fois son cérémonial terminé dans un silence de cathédrale, l’enseignant se retourna et fixa le dernier rang tel un chanteur d’op...
La dure vie d'un critique littéraire, pas forcément volontaire pour encenser les auteurs à la mode, les raconteurs d'histoires anodines, les écrivains à mèche longue.
Le Hurlu a la berlue « Vivent les allumoirs, ma mère, vivent les allumoirs ! » scandaient des enfants sur la Grand-Place. Je n'y croyais pas, il fallait que ça m'arrive à moi, pour ma première fois dans cette ville du Hainaut où j'avais un rendez-vous galant. Et voilà qu'ils dansaient autour de moi et chantaient à tue-tête. Je savais bien qu'il y avait anguille sous roche. C'était vraiment trop beau. Tout ça pour Delphine, ce petit bout de femme énergique. Rien ne me prédisposait à la rencont...
Allez à Yacta Est ! L’agent Bonneau galérait sérieusement. Son contact avait été plutôt laconique le bougre. Il est vrai, à sa décharge, qu’il était en train de mourir après avoir essuyé les feux nourris d’une mitraillette russe. Une seule phrase certes mais sans ambiguïté: « Allez à Yacta Est ! » Tu parles comme ça l’arrangeait. L’agent Bonneau, James de son petit nom, s’enfila un dernier pastis-cointreau avec deux olives et tituba vers la sortie. Il acheta un GPS portable et s’enquit de sa ...
Les Nouvelles Éditions Vaillant ont un nouveau rédacteur en chef et il est efficace. La preuve: un de ses piliers, Pifou, vient d'obtenir le plus grand prix littéraire français. ▬ Tiburce Dugommeau, rédacteur en chef des Nouvelles Éditions Vaillant, raccrocha le téléphone. Enfin, après des années de galère à faire remonter la cote de cette boite d’ex-communistes, il avait décroché le jackpot. Maintenant, il lui fallait jouer en délicatesse, user d’un doigté de fée pour diffuser l’information ...
Faut pas contrarier les fous ! Mademoiselle Martinot rentra dans la classe, salua ses trente-sept élèves d’une belle révérence et entama son étrange chorégraphie, une chanson de gestes sans paroles ni musique, entre le no japonais et le mime Marceau. Elle sautillait sur l’estrade, lançait des craies en l’air, tordait les quelques éponges restant au tableau. Corentin se retint de rire. Il regarda à droite et à gauche pour savoir si ses camarades de classe le prenaient aussi bien. Apparemment, ...
Un jeune astrophysicien juste engagé au sein de l'agence spatiale européenne découvre par hasard une singularité cosmique, quelque chose qu’aucune théorie ne peut supporter en l’état des connaissances scientifiques. S'ensuivent des observations de ce qui parait impossible, va à l'encontre des hypothèses les plus folles. Puis la réalité dépasse le cadre de la science pour affecter l’ensemble de la planète, des milliards d’êtres vivants aux croyances diverses.
Ex-fan des sixties où sont tes années folles ? En 1978, Jane Birkin chantait un texte de Serge Gainsbourg qui résonne encore à mes oreilles. La chanson est devenue un classique et s’intitule ‘Ex-Fan des Sixties’, avec en ouverture ces strophes emblématiques : Ex-fan des sixties petite Baby Doll comme tu dansais bien le Rock ´n ´Roll ex-fan des sixties où sont tes années folles que sont devenues toutes tes idoles ? En 1979, Roger Waters, le leader du groupe britannique Pink Floyd, héraut de ce...