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Ex-fan des sixties où sont tes a... - Article

Article "Ex-fan des sixties où sont tes années folles ?" est un article mis en ligne par "Donald Ghautier"..

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Ex-fan des sixties

où sont tes années folles ?

En 1978, Jane Birkin chantait un texte de Serge Gainsbourg qui résonne encore à mes oreilles. La chanson est devenue un classique et s’intitule ‘Ex-Fan des Sixties’, avec en ouverture ces strophes emblématiques :

Ex-fan des sixties

petite Baby Doll

comme tu dansais bien le Rock ´n ´Roll

ex-fan des sixties

où sont tes années folles

que sont devenues toutes tes idoles ?

En 1979, Roger Waters, le leader du groupe britannique Pink Floyd, héraut de ces flamboyantes  années soixante, composait et produisait un ambitieux mais torturé album concept intitulé ‘The Wall’, qui se vendra à plus de deux millions d’exemplaires dès son pressage initial dans l’hexagone. Cet opus raconte la lente descente aux enfers d’une star du rock, au succès mondial, enfermée dans sa tour d’ivoire, incapable de communiquer avec ses proches, conscient du monde qui l’entoure mais reclus dans une paranoïa exacerbée. La chanson ’The show must go on’ résume bien son état d’esprit, avec son couplet central :

There must be some mistake

I didn't mean to let them take away my soul

Am I too old? Is it too late?

En 1991, Freddie Mercury, le charismatique chanteur du groupe Queen, enregistre une dernière fois, pour l’album  ‘Innuendo‘, se sachant condamné à très court terme par une maladie incurable qu’il traine depuis cinq longues années. Dans ce dernier opus, il donne la pleine mesure de son talent de vocaliste, de mélodiste, de compositeur, invoquant le bonheur qu’il a eu dans sa vie de rocker, évoquant le prix à payer pour connaitre les fastes d’une carrière aussi forte. La dernière chanson de cette ultime œuvre, intitulée aussi ‘The show must go on’, nous renvoie sa vision, dans ces quelques vers :

The show must go on

Inside my heart is breaking

My make-up may be flaking

But my smile still stays on

Cette musique populaire doit elle dévorer ses enfants ? Ses survivants ont-ils raison de continuer après leurs soixante ans, âge d’une retraite bien méritée pour leurs concitoyens, au risque de tout perdre, de se discréditer ?

 

A la première question, la réponse semblerait osciller sur l’affirmative. Comme le scande Jane Birkin dans la suite de sa chanson, Jim Morrison, Jimi Hendrix, Brian Jones et Janis Joplin n’ont pas dépassé ni atteint la trentaine, aspirés comme beaucoup par les excès faciles d’une notoriété brutale dans un monde de liberté, du moins le pensaient ils. Au-delà des sixties, arrivèrent les années quatre vingt, sorte de gigantesque gueule de bois pour les rebelles d’antan, où s’enterrèrent des groupes, The Who et Led Zeppelin, en icones dépassés par le temps. Ce fut l’époque du désespoir des jeunes rockers, initié par David Bowie, magnifié par le ‘No Future’ des punks, chanté par The Cure, symbolisé par le suicide du plus prometteur d’entre eux, le jeune Ian Curtis, chanteur de Joy Division. Et comme si ça ne suffisait pas, quand le rock créa un nouveau souffle dans les années quatre vingt dix, un mouvement musical porté par les jeunes Américains, avec des groupes inspirés par leurs ainés, un autre suicide va entacher la fête portée avec brio par Pearl Jam et les autres. C’est en 1994 que Kurt Cobain, leader de Nirvana, succès interplanétaire, décide d’en finir avec ce monde de la musique, avec la vie tout court, en regrettant le temps où il jouait dans les bars, inconnu mais heureux.

 

A la seconde question, je réponds sans ambage, qu’il suffit d’aller voir ce que font les vieilles gloires de ces années soixante. Paul Mc Cartney chante ses vieux succès aux Jeux Olympiques de Londres, les Rolling Stones enchainent les disques plus mous les uns que les autres, s’insultent par presse interposée, décrochent et puis reprennent leur toxicomanie. Ces septuagénaires sont les derniers maillons d’une génération célébrée par tous les journalistes et écrivains du monde quand j’étais encore un enfant. Et il n’en reste rien, que de vieux faits divers, l’assassinat de John Lennon sur le pavé new-yorkais, la biture fatale de John Bonham, batteur de Led Zeppelin, ou l’overdose mortelle de Keith Moon, batteur des Who, que les jeunes ont oublié. Et ils ont raison d’oublier. De penser à Mick Jagger comme la version anglaise de Johnny Hallyday, un chanteur ringard connu pour ses excès.

 

Must the show go on ? Roger Waters se pose la bonne question. D’ailleurs, il se la pose depuis plus de trente ans, il en a même énervé ses copains de Pink Floyd dont  il a divorcé dès 1983, les virant un à un des deux derniers albums. Et ils ne se sont pas laissé faire, ont repris le nom de leur groupe, sans lui le génie, comme une marque de soda. Les années quatre vingt ont été pour ce groupe l’époque de grands concerts, d’une machine à brasser des millions de dollars, à diffuser des tubes comme des bonbons sucrés à une jeunesse crédule qui croyait que ces musiciens avaient encore le feu sacré. Est-ce que Roger Waters a raison ? On ne le saura peut être jamais car lui-même a repris la route avec le fantôme de son album génial, de son autobiographie chantée, à presque soixante dix ans, au risque d’ébrécher sa statue de cire au panthéon du rock.

 

Et si c’était Freddie Mercury qui avait raison, finalement ? Jouer le jeu jusqu’au bout car à la fin c’est un jeu, mortel pour certains, pathétique pour d’autres, rentable pour les éditeurs et les maisons de disques, indispensable pour un public affamé qui en réclame toujours plus, gratifiant pour les journalistes, qui en analysent les excès pour mieux se faire mousser.

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Donald Ghautier

08-02-2014

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Ex-fan des sixties où sont tes années folles ? n'appartient à aucun recueil

 

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