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Au beau milieu de la foule - Texte

Texte "Au beau milieu de la foule" est un texte mis en ligne par "Ancolies"..

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Au beau milieu de la foule

 

Hormis celui bien connu de chacun des 36.529 villages hexagonaux, quoi de plus idiot qu’une foule ? Un foule idiote, en voilà un de chouette pléonasme, souligne la prof de français. Dans les concerts c’est ahurissant. Déjà dans les années 60, les petites anglaises (sans l’aide d’aucunes substances stimulantes) étaient raides hystériques devant les Beatles ou les Stones, tout spécialement Mick Jagger et Brian Jones, allant jusque faire pipi dans leur petite lolotte d’excitation. Lorsque l’on voit aujourd’hui le public des grands messes pop ou rock ou variétoches, on se dit que tout cela ne s’est guère amélioré. Plus de 50 ans plus tard, ils sont tous là, de 15 à 60 ans, hurlants que c’en est assourdissant, tendant désespérément et comme s’ils voulaient se les arracher du corps leurs bras vers leur idole campée sur la scène. Diantre, j’ai été à pas mal de grands concerts voire festivals dans ma jeunesse mais il me semble que l’on savait se tenir et il y a aujourd’hui peu de chances, absolument aucune même, que l’on ne m’y revoit. Pas pour moi les Zenith, Stade de France…Dans le temps, assoiffée de sang, la populace se pressait lors des séances de guillotine ou dans les arènes romaines. Le monde n’a guère changé, ou alors peut-être bien que si : dans ce bon vieux temps, quoique fort convenablement surexcitées, les foules ne me semblaient pas si hystériques (enfin j’y étais pas) que lors de ces fameuses grands messes d’aujourd’hui. Chépas, à les voir comme cela, les individus pressés les uns contre les autres comme 18 sardines dans une boîte de 6, vociférant et hurlant à qui mieux-mieux comme des diables et sans discontinuer, allant dirait-on jusque presque s’offrir en totalité à leur star tant chérie, à les voir donc ces individus constituant le public, je me dis que je ne peux naturellement les juger mais cela me semble une absence totale de dignité. Qu’ils perdent toute identité lors de ces grands messes. Que leurs idoles sont leurs messies, spécialement dépêchés sur terre pour eux, les 10.000, les 100.000 qu’ils sont ce soir.

Mais dis-moi toi qui t’excites comme un damné, qui es-tu ? Tout fascinant que cela soit, tu as une vie unique non, comme celle unique des 7 milliards que nous sommes, tu as une vie, probablement un toit, un boulot, une famille, des amis…. L’as-tu cette vie, cette identité que tu es en train de jeter aux oubliettes en te fondant comme beurre au soleil, comme jeunesse au soleil, dans la masse de cette foule qui t’entoure et dont tu es l’un des micro-élément parfaitement insignifiant ? C’est extraordinaire, cela surpasse de très loin les cas les plus connus d’ultra-dévotion observés par les scientifiques tels les adorateurs du Veau d’Or. Quel est cet exutoire ? Ce violent, cet assourdissant exutoire ? Nos amis les gens, toi, se sentent-ils si pauvres, si seuls, si sans intérêt qu’ils foulent leur propre identité aux pieds, la jette aux oubliettes pour former le temps d’une soirée ou d’une tournée une scénographie d’un fascinant spectacle démoniaque ? Durant lequel l’on dirait qu’ils ne s’appartiennent plus. La faute à cet irrésistible besoin qu’ont nos amis les gens de croire qu’il existe quelque part des êtres supérieurs plus grands, plus beaux, plus doués, plus puissants qu’eux. Eh oui, tous ces braves gens qui se sous-estiment au point de passer leur existence en quête de quelqu’un à qui baiser les pieds. Le spectacle est-il sur la scène ou dans la salle ? Certains trouvent peut-être ça beau, toute cette dévotion, toute cette communion diraient-ils. Moi ça me file le dégoût et le vertige. On n’est plus chez les humains dans ce Zénith non ? Ô justement que si ! On est chez les primitifs qu’au fond nous avons toujours été. L’homme descend du singe mais le singe lui descend de l’arbre. Nous sommes ce soir 10.000, 100.000 singes savants, marionnettes, pantins désarticulés qui ne sommes pas descendus de l’arbre où pendre les rétifs. Oui, tu fais partie des rétifs, des récalcitrants, des observateurs stupéfaits, des rabat-joie en désapprouvant ce que tu vois et en le disant ? Demande à Tonton Georges, il a l’expérience lui, s’ils trouvent une corde à leur goût, ils te la passeront au cou. C’est qu’on n’interfère pas comme cela, sans risques, dans le plaisir, dans la transe d’une foule déchaînée et délirante. C’est qu’en plus d’être idiot, c’est dangereux une foule. Une foule ça lynche. Et le sheriff, qui a fait serment de garder le captif vivant jusque son jugement, le sheriff n’y peut rien, dépassé par le nombre, dépassé par la meute. Meute : on dit aussi cela des journalistes, des paparazzis. Ces derniers également perdent toute dignité en exerçant leur merdeux métier. Mais c’est que la foule veut tout voir, tout savoir de l’intimité de leurs stars bénies des dieux. Comme le redit Tonton Georges on est tombé bien bas bien bas. De surcroît, un mouvement de foule c’est dangereux. Plus d’un s’est retrouvé piétiné, étouffé, décédé pour le compte. Argh ! Comme le reredit Tonton Georges, Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on, est plus de 4 on est une bande de cons. Alors imaginez, 10.000, 100.000, ça peut en faire des dégâts. Mais peut-être que je me monte tout seul la tête, que je me fais du mouron pour rien. Comme dit cette fois-ci le gars moi-même, Mais peut-être qu’on se retrouvera, après les dégâts, oui peut-être que tout le monde sera là, après après après les dégâts.     

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Ancolies

23-04-2024

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Au beau milieu de la foule appartient au recueil Nouvelles du monde

 

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