"Quelque chose qu’on appelait l’espoir" est un texte court mis en ligne par
"Ancolies"..
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Quelque chose qu’on appelait l’espoir
Je me souviens de l’espoir. C'était un mot, un sentiment couleur à la fois blanche et vert émeraude. Un sentiment que les plus forts comme les plus faibles partageaient. Mais chacun, même les plus puissants, les plus arrogants, étaient tout petits face à cet espoir qu’ils ne maitrisaient aucunement. Je me souviens de l’espoir. Le jour, toujours il flottait dans la lumière bleue des éventuels nuages aussi gris soient-ils et le soir il dansait au-dessus des réverbères éteints des trottoirs. Et de façon générale cet espoir donnait du courage aux gens, les aidait à supporter les épreuves dans lesquelles perpétuellement ils se débattaient, croyant encore et toujours que des jours meilleurs surviendraient. Bien entendu on pouvait compter sur les habituels cyniques et leurs potes les aigris pour nous proférer en litanie des Tant qu’il y a de la vie il y a du désespoir, arguant d’un récurent cauchemar : se retrouver propulsé seul dans une ville inconnue, dans des rues tout autant inconnues, sans portefeuille ni clés ni téléphone. Ô vous savez bien que vous avez votre voiture garée quelque part mais où ? Trou noir. Et d’ailleurs vous en avez perdu la clé. Et vous savez également que vous disposez de plusieurs autres voitures garées quelque part de ci de là en cette ville, mais non, vous ne savez pas non plus du tout où, et encore une fois à quoi bon puisque vous en avez perdu toutes les clés. Bref ces cyniques agitaient sous votre nez cette virevoltante cape noire mais si vous en aviez le cœur vous pouviez aisément renvoyer ces gus-là dans leurs tristes cordes. Et qu’ils s’y pendent si cela leur chantait. Je me souviens de l’espoir. C’était un mot, un sentiment que je trouvais bizarre. Moi je vivais sans espoir, ce qui ne lassait pas d’étonner mes amis. Mais c’est triste de vivre sans espoir disaient-ils. Ce à quoi je répondais A quoi rêver, j’ai tout, ce qui m’importe est là. Ce qui m’importait c’était le rien, synonyme de liberté. Avec ce rien j’avais tout. Mas je ne suis pas sans ignorer que je suis un cas particulier et que je ne suis pas le seul. J’ai bonne mémoire, je me souviens de l’espoir, même si je ne le pratiquais pas. Je m’en souviens pour les autres. Combien cela leur était bouée de sauvetage, brin de soleil, planche de salut. Aujourd’hui ce mot a disparu des dictionnaires, disparu de tout vocabulaire émotionnel. Les gens sont à la vie comme à l’abattoir. Ils trouvent cela normal. Le noir a remplacé le blanc, le sang rubis a pris la place du vent émeraude qui éloignait la pluie. Il en était déjà ainsi avec le soleil natal, regarde cette nouvelle aube, Dieu comme elle est pâle. Aux sables de l’aube, les filets déposent, des âmes à la mer, des péchés mortels. Aux sables de l’aube, dans la vaste faute, qu’haubans blancs et mauves à nouveau les sauvent. |
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Quelque chose qu’on appelait l’espoir
appartient au recueil Nouvelles du monde
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Texte court terminé ! Merci à Ancolies. |
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