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Pardon Papa pardon Maman - Tranche de Vie

Tranche de Vie "Pardon Papa pardon Maman" est une tranche de vie mise en ligne par "Ancolies"..

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Pardon Papa pardon Maman

 

Seigneur, qu’est-ce que j’ai dû faire souffrir mes pauvres parents. Notez qu’ils l’avaient bien mérité, ma mère perverse narcissique de premier plan, mon père être faible successivement étouffé par sa mère puis par sa femme, mais on va dire qu’on va être indulgent, les malheureux traînant les névroses de leurs enfances respectives. Vous allez me rétorquer qu’ils auraient pu travailler dessus et s’en débarrasser ou tout du moins les réduire mais ce n’était pas les mœurs de l’époque. Enfin, je n’étais pas le singe savant parfait dont ils avaient besoin pour conforter leurs certitudes, donc j’ai fait tache.

J’ai pas commencé tôt, j’étais trop bien élevé. Ou si, j’ai commencé mine de rien à faire chier tôt : je parlais quasi pas. Pour quoi faire ? Ma mère m’appelait "Moyen" parce que lorsqu’elle me demandait Tu préfères ceci ou cela ? je répondais Ça m’est égal. En effet elle avait déjà choisi pour moi. Alors pourquoi donc répondre ? Et j’ai commencé à jacter à l‘âge de la puberté, celui où t’as les yeux grands ouverts et tu compares. Et j’ai parlé, poliment bien sûr mais mal : des inégalités sociales par exemple. Quoi ? Ça ? Dans notre milieu aristo ! Et où avai-je été pioché des idées pareilles ? Oh non, pas dans mon chicos collège privé catho, pas non plus chez les amis qu'on m'imposait et que je refusait, gentils petits nobliaux, mais dans mes lectures secrètes et interdites.

J’étais (et suis) affublé d’une maladie orpheline de paralysie chronique, paralysie ponctuelle des mains, des jambes, du corps entier, du visage …, maladie héréditaire que m’avait refilée ma mère. Sauf qu’elle en était vaguement embarrassée 2 fois par an aux mains tandis que chez moi c’était des problèmes quasi quotidiens. Un samedi, j’avais genre 12 ans, je me réveille avec des faiblesses aux jambes donc des difficultés à marcher. L’après-midi, mes parents m’emmènent faire quelques courses. Nous marchons ensemble sauf qu’à cause de mes jambes je ne peux pas suivre le rythme et tous les 25 mètres ils sont obligés de s’arrêter pour m’attendre. Exaspérée au bout d’un moment, ma mère se retourne et me lance "Fils tu es gênant". Je me vois dire ça à mon mien de fils, auquel j’ai malencontreusement refilé la maladie. Ben ouais, j’étais gênant, j’étais la preuve boitante que cette femme n’était pas parfaite.

Et puis, quand j’ai commencé à jacter, j’ai commencé à déconner. Avec les insolences et épatants coups d'éclat en classe dont je suis devenu la star, avec l’école buissonnière, avec la découverte du blues, du rock, notamment psychédélique, du vin rouge, du chichon, avec la fauche de vinyles et de bd… Mon père voyait tout ça progresser dans l’espace de ma chambre. Ça vient d’où ? questionnait-il soupçonneux. C’est des potes qui me les ont prêtés. Ouais, l’avait des soupçons, et une trouille bleue de la dope. Justement un jour il fouille ma chambre et tombe sur un bouquin "L’herbe bleue", causant naturellement beuh et chichon. D’où tu sors ça ? Un copain me l‘a prêté. Tu vas me faire le plaisir de lui rendre vite fait. Déjà lui qui supportait très mal mes carnets scolaires depuis 10 ans "Peut mieux faire". Ça l’exaspérait.

De mes 12 à 16 ans j’ai été victime d’agressions sexuelles, que j’ai gardées pour moi. Sauf une fois, dans le collège catho privé où je faisais mes classes et je n’ai pu le cacher à ma mère. L’affaire s’est ébruitée et a fait scandale. Honte sur la famille, tabou… merde, là-aussi j’ai fait tache. De plus, c’était naturellement moi le coupable. Mon Dieu, quel maudit plaisantin j’étais !

Et puis naturellement je me laissais pousser les cheveux. Là encore c’était la guerre. Mon père qui rêvait d’une coupe en brosse, tels les militaires. Justement il espérait beaucoup de mon service militaire, obligatoire à l‘époque. Pas de pot pour lui, exempté j'ai été. L’était furieux.

Depuis ma naissance j’avais un destin tracé : bac C (maths), puis maths sup, maths spé, l’ENA, Polytechnique, ou au pire HEC si j’étais trop con. A sécher les cours et ne rien foutre, j’ai été à la fin de ma classe de 1ère accepté en terminale D (physique), pas C. Je vous jure, c’était la fin du monde, j’allais finir clodo. Je ne comprenais rien. Ils m’ont fait passer un concours pour rentrer dans une boîte à bac en terminale C. J’ai réussi ce concours et donc passé leur foutu bac C mais ça c’est arrêté là. Plutôt que poursuivre mes études je suis parti en Allemagne. J’habitais une minuscule chambre avec évier eau froide et chiottes sur le palier au 1er étage d’une mini baraque. Au rdc il y avait l’entrepôt d’un vieil antiquaire fou, et au second la piaule d’un ex taulard qui tirait des coups de pétard par la fenêtre. De la rue il fallait traverser un immense couloir sans loupiottes pour arriver là. (Une fois les flics m’ont arrêté lors d’une descente dans un rade à musique et sont venus perquisitionner chez moi. Quand ils ont vu le couloir ils m’ont menotté). Je payais 40 balles (francs) par mois. Un jour mon père en déplacement professionnel est passé me voir. Il a maté la chambre. "Combien tu payes ?  - 40 ! - Ouais, c’est ce que ça vaut". J’avais fait un effort, j’avais mis des pompes. Il m‘a emmené au resto puis à son hôtel pour me filer du courrier. A peine on est arrivé dans sa chambre le téléphone a sonné. C’était la réception : le jeune homme ne peut pas passer la nuit-là. Das ist mein sohn ! C’est mon fils s’est justifié mon père furieux. Ils m’avaient pris pour un tapin. Moment à peine gênant.

Et puis je me suis cassé. Et chaque nuit ma malheureuse famille attendait le coup de fil des flics leur annonçant une catastrophe. Ce qui s’est produit plusieurs fois. Putain le mouron qu’ils se faisaient.

Heureusement mon père est mort rapidement après. L’était sauvé lui, au bal chez les anges, débarrassé de sa femme et de sa tache de fils. Ma mère a pas non plus eu à me supporter beaucoup plus longtemps parce que j’ai dit merde et disparu de sa circulation pendant 45 balais.

Seigneur oui, que je les ai fait chier. Ben quoi, fallait pas m’engendrer. A leur décharge ils l’avaient pas fait exprès. S’étaient juste trompés dans les cadrans ovaires. Bon, ben ils l’ont payé cher, et moi aussi merci, et je n’ai aucun pardon ni à leur demander ni à leur octroyer. Je n'ignore pas que le pardon est la solution ultime mais je n'en suis pas capable, n'ayant probablement pas acquis suffisamment de maturité, de détachement et de sagesse pour en arriver là. Non, ils sont trop responsables de ma vie chaotique et de ma dépression, et surtout, surtout de cette même dépression que j’aurai du coup transmise à mon fils. Non, pour ça, le pardon est impossible.

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Ancolies

17-07-2022

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Pardon Papa pardon Maman appartient au recueil Nouvelles d'une vie

 

Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies.

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