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On a volé tous les baisers - Texte

Texte "On a volé tous les baisers" est un texte mis en ligne par "Ancolies"..

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On a volé tous les baisers

 

J’ai réuni les gars, des gars sûrs, je leur ai dit On va réaliser le plus grand casse de tous les temps. On s’est relevé les manches, collé au boulot sans attendre. D’abord on a mis en place le covid. Immédiatement cela a fonctionné comme sur des roulettes avec le très martial et très télévisuel Nous sommes en guerre. Illico gestes barrière, chacun gardait désormais prudemment ses distances, surveillait ses avants, ses côtés, ses arrières. Mais nous n’en avions pas fini, c’eût été trop bref, trop fugace, à tout moment cela pouvait se raviver. On a donc continué à distiller encore et toujours le covid, et soufflé à pleins poumons, à pleines brassées sur les braises enflammées des bronchites, de la crève, de la grippe… Donc, comme à l’habitude craintifs, dociles et obéissants, les gens ont  mis au clou les bisous. Terminé, finis, barrés, bannis.

Ah ! Il y en a auxquels ça a bien plu notre petite affaire, tous les grincheux, les rabat-joie, tous ceux qui toujours avaient eu une trouille bleue de l’amour. Bravo ! se réjouissaient t’ils frottant leurs mains qui jamais n’avaient osé caresser, la peste soit de ces dégoûtantes léchouillades, bon débarras ! Quel dommage ! se déploraient d’autres, j’aimais tant frotter ma joue à ta joue, sentir ta peau sur ma peau. Ceux de ce bord-là avaient donc dû carrément jeter leurs convictions par les fenêtres. Reste-là que je ne m’y mette, ricanaient leurs adversaires.

Regretté passé pour les poètes, les amoureux, les hommes et les femmes de foyer, les enfants jusqu’aux bébés ! Dans ces embrassades que l’on échangeait antan, on apportait sa force, sa détermination, montrant ainsi à l’autre combien on le chérissait, combien après quelque absence l’on appréciait de le retrouver. Qu’en était-il aujourd’hui, chacun de son côté opposé du salon ou de la cuisine ? Garde tes postillons loin de mon portillon, garde tes saletés de miasmes ! Ainsi sans entrain aucun s’écrivait le nouvel enthousiasme. Le monde était-il pire pour autant ? Nul ne pouvait réellement le dire. Certes il était dorénavant bien moins chaleureux et plus distant mais, bisous ou pas bisous, il avait depuis déjà longtemps atteint et franchi allègrement les limites de l’entendement.  

Certains, nombre pensaient à hier. Où ils embrassaient sans compromis, sans concessions le mal, le bien, les oiseaux, les jardins, aujourd’hui, demain … Que leur restait t’il ? La possibilité d’une île ? Pour qu’en faire s’ils n’y pouvaient y déposer sur les joues, les lèvres des élu(e)s de leurs cœurs leurs innombrables bouquets de fleurs et de fièvres ? Garde-les bien loin de nous tes jonquilles, tes iris, tes pois de senteur, elles sont contaminées, vont nous empoisonner. Diantre, l’élan amoureux n’était plus du tout ce qu’il était ! Y avait-il désormais la moindre différence entre le pire et le meilleur ? S’ils ne pouvaient la partager, que faire désormais de leur expérience de vie, auraient-ils donc pour rien tant avancé et appris ? 

Et moi, l’organisateur en chef de cet incroyable hold-up ? Pour sûr j’avais réussi dans les grandes largeurs mon coup, mais pour quoi en fin de compte ? Ne voilà t’il pas que je découvrais, moi que la vie avait rendu si sarcastique, si profondément cynique, qu’en réalité j’étais un indécrottable romantique. Qu’en réalité sans l’amour je ne percevais plus la moindre lumière du jour. Et que j’en privais multitude et multitude de mes contemporains de par mes comportements aux résultats dépassant mes pires desseins. Maintenant je m’injuriais : Malheureux, misérable, qu’as-tu fait à toi et tes prochains !

Lors, déambulant maintenant d’un pas furieux sur les avenues, c’est un baiser furieux que j’arrachais alors à toutes les belles passantes que dans ma course je croisais. Si j’avais pu j’aurais aussi baisé leurs pieds. Oui, d’arrache-pied je voulais me rattraper. De ces dernières années passées à réfréner mon désir effréné. 

Las ! J’avais si bien de mes mains de maître et cerveau travaillé, si parfaitement réalisé ma détestable œuvre, naturellement les forces de l’ordre n’ont guère tardé à me neutraliser. Qu’importe, on n’entrave pas un forcené : quoique menotté de fer des poignets aux pieds, dans la fourgonnette blindée j’ai à leur tour fougueusement embrassé toutes les forces de l’ordre qui dans leurs barbes, qui sur leurs bouches effarées. Plus rien ne pouvait m’arrêter. Hélas il était bien trop tard et mon fulgurant retour à la raison d’aimer, ma nouvelle folie n’était elle guère contagieuse. Terrifiés de ne pouvoir me contenir, me maîtriser, les représentants de la maréchaussée se sont arrêté au prochain réverbère et m’ont purement et simplement lynché. De mon ultime souffle j‘ai envoyé mon dernier baiser à la moindre âme par miracle épargnée qui voudrait bien se l’approprier, tandis que les fonctionnaires terrorisés filaient à toute berzingue se faire désinfecter.

Eh oui, c’était ainsi : définitivement en ce monde tout entier il était strictement interdit d’embrasser. Maintenant et à jamais, j’avais volé tous les baisers. Sous mon réverbère pantin dorénavant totalement désarticulé, je ne pouvais plus rien y changer. 

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Ancolies

05-12-2025

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On a volé tous les baisers appartient au recueil Ancolies

 

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