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On a volé tous les baisers - Commentaires

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Abdellah

Abdellah Le 07-12-2025 à 2:57

Bonjour Ancolies, Votre réponse mérite considération, et je vous en remercie. Vous voyez juste : la lucidité est d’abord un obstacle, un mur face auquel on se heurte. Mais c’est ce heurt même qui, lorsqu’on refuse la résignation, devient point d’appui. Merci de partager cette vision qui agit comme un rappel exigeant, et qui dépasse les lieux communs. Concernant la technologie, votre diagnostic est sévère et fondé. Elle ronge souvent l’humain avant de prétendre le servir. Pourtant, elle permet parfois des rencontres comme la nôtre ,des échanges où la parole reste ancrée dans une exigence de vérité, et où l’on reconnaît, d’un texte à l’autre, ce même refus de la facilité. Je continuerai de lire vos écrits avec l’attention qu’ils appellent, et serai ouvert à d’autres dialogues, dans ces espaces où l’on tente, malgré tout, d’honorer ce qui, en nous, engage à ne pas trahir l’humain. Bien à vous, Abdellah

Ancolies

Ancolies Le 07-12-2025 à 0:05

Bonsoir Abdellah. Sans savoir très exactement pourquoi votre commentaire me touche beaucoup. Certainement pour partie parce que vous êtes une personne censée et sensible, intelligente et profonde. Dans ce texte j'ai pris sans hésiter sur mes épaules la part croissante de déshumanisation dont nous sommes chaque nouveau jour victimes, avec pour une raison certaine mais qui n'est pas évoquée ici la technologie dévorante et destructrice qui fait 100.000 fois plus de dégâts qu'elle n'apporte de progrès à nos cœurs. Pour poursuivre votre commentaire, de tous temps il me semble que de par notre condition notre part d'humanité a été mêlée d'ombres. Quel constat en faire en ce monde totalement déliquescent actuel. Et certes je refuse toute complaisance, toute malhonnêteté dans son propre miroir, toute position qui n'est pas à l'heure avec soi-même, et par là même avec les autres. Quant à la lucidité, dont on m'a bien souvent dit qu'elle était ma pire qualité, mon parcours de vie m'a cependant appris quelque chose sur elle : elle est d'abord un obstacle, montrant immédiatement les limites et l'impossible, rendant de la sorte toute tentative d'action vaine, mais en second lieu, si l'on refuse la fatalité, si on refuse de s'arrêter au premier "c'est la vie" venu, on découvre alors que les limites et l'impossible peuvent être repoussés. Et que l'on peut malgré toutes les innombrables défaillances remplir correctement son contrat humain. Merci de votre lecture et à bientôt sur vos textes.

Abdellah

Abdellah Le 06-12-2025 à 21:06

Bonjour Ancolies, Un texte dense et vrai, Ancolies. Vous montrez avec justesse ce que les regards ne disent pas toujours : la part fragile, l’attente, les renoncements, les gestes qui se répètent pour ne pas perdre le fil de soi. On sent dans ces lignes une humanité traversée d’ombres mais aussi de lucidité, un refus de la complaisance, et cette volonté de comprendre ce qui pousse chacun à tenir, malgré tout. J’ai particulièrement apprécié la façon dont vous mêlez l’intime au social, comme si chaque histoire individuelle reflétait un morceau du monde. Cela donne à votre texte une profondeur qui résonne longtemps après la lecture. Merci pour ce partage qui rappelle que rien n’est simple, mais que tout mérite d’être regardé sans détour. Amicalement, Abdellah

Ancolies

Ancolies Le 06-12-2025 à 9:08

Deo, je ne sais si vous répondez vraiment à mon propos. Qui est donc ces baisers dont on nous a privés. Vous les passez en revue, ces dits baisers. Certes il y a ceux de convenance et d'inutilité sociale, les allers/retours mécaniques d'une joue à l'autre, qui en effet ne sont rien d'autre que pénibles. Mais il y a ceux de la réelle affection, disparus et non réapparus depuis le covid. Je pense que c'est un profond changement sociétal qui indique bien des choses sur nos relations humaines en ces foutues époques de technologie destructrice et de développement de l'égoïsme et de l'individualisme. Digression : j'avais écrit il y a des années un texte de chanson, que j'ai perdu, qui s'appelait Les baisers perdus. Tout ce dont je me souviens de ce texte : Perdus, perdus, où sont les baisers perdus, perdus, perdus, ni vus ni connus.

Deogratias

Deogratias Le 05-12-2025 à 16:23

Il y a les « gestes » de paix juste avant la seconde partie de la messe qu’on appelle « eucharistique ». « Donnez-vous un geste de paix » dit le curé. Je déteste ce moment pour deux raisons : 1/ Ce n’est pas le bon moment. Cela distrait plus qu’autre chose. Mieux vaudrait le placer avant ou en fin de messe. Ce serait plus logique à mon sens et surtout plus approprié. 2/ On est passé des baisers aux serrements de main puis maintenant chacun se salue sans main, sans baiser, sans plus rien. Ce moment là est devenu un vrai foutoir, qui embrasse, qui s’y refuse, qui vous serre la pince, qui fait un pas en arrière. On est à présent au salut japonais : mains jointes, buste avant qui se penche…Manque plus que le kimono… Il y a les thérapeutes de tout poils. Depuis le covid, masque sur le visage, j’en connais dont je n’ai jamais vu ni les lèvres, ni le menton en deux ans. Résultat ? Je suis « prosopagnosique » : je ne reconnais déjà pas les visages en général…mais là, c’est encore pire : incapable de vous dire « qui est qui » sans masque ou avec masque. Je vis dans le monde de Zorro. Il y a les gens que spontanément vous embrassiez dans un temps passé. Et qui, dorénavant, soudain font deux pas en arrière : « Oh non non, pas question ! Mais bonjour quand même hein ?! ». Je regarde autour de moi : point de crécelle, point de peste ni de choléra. Je mets un moment à comprendre que le Covid invisible a rendu plus sots même ceux que je croyais indifférents aux microbes. Ainsi, je me fais souvent l’effet de n’être devenue qu’un gros et dégoûtant miasme virtuel. Il y a aussi les baisers de politesse convenus. Ceux-là sont les pires, je vois ladite personne foncer vers moi pour me donner ? Que dalle ! Elle se penche, et embrasse goulument l’air à côté des mes joues…Ma peau n’a eu droit qu’à un rapprochement inutile, j’entends à mes oreilles un gros « smack » mais rien de plus…Mais la personne, elle, semble tout à fait satisfaite de son embrassement. Moi, je la regarde avec mes yeux grands ouverts : « C’est quoi ce truc ? » …Je suis visiblement la seule à me poser la question. …Perdue dans ce monde aux codes étranges. Il y a les baisers des princes au bois dormant, des films à l’eau de rose « je t’aime, tu m’aimes, ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Ces baisers-là, dans la vraie vie, de la part des personnes qui s’aiment, j’en ai rarement vu. Je ne vois le plus souvent que des jeunes louveteaux explorant leurs corps aux yeux de tous dans des embrassades qui me semblent plus relever de l’ordre « je te prends » qu’autre chose. A 14 ans, ils s’exercent c’est sûr. Mais ne pourraient-ils « s’exercer » ailleurs. Ce n’est que mascarades et outrances. Il y a aussi les baisers des mamans. Une maman ne met pas de masque pour son tout petit. Elle se donne encore et encore, se fout des gestes sanitaires et elles ont bien raison. Et puis, il y a les vrais baisers, les dons de l’Esprit, le début d’une étreinte mystique par la liturgie du corps. Un simple baiser pudique et romantique, un bisou plein de grâce et de vérité, une offrande de soi pour l’autre, un souffle que je fais passer de moi à toi et de toi à moi : comme on allume l’espoir dans un monde si triste, comme on offre l’Esprit guérisseur et salvateur. Comme on insuffle la Vie du Divin dans l’âme logée dans le corps, comme on ouvre une fenêtre sur une autre dimension. Il y a les baisers amoureux et pour de « vrai » qui sont bien plus que des simples baisers. Dans une fourgonnette, moi aussi je me suis retrouvée, on m’a lynchée aussi, et sous le réverbère, un autre un peu plus loin que le vôtre, on m’a lancé d’un verbe mauvais : « C’est n’importe quoi ce que tu dis ! Va-t’en mystique idéaliste ! ». J’aurai voulu répondre mais je ne pouvais plus, les lèvres soudées par le choc. Et pour tout dire, à ce jour, sans prince ni poète, sans paix ou sans tendresse, qu’importe, avec mes baisers en bandoulière, j’avance …