"Maroc, une rencontre..." est un carnet de voyage mis en ligne par
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EN ALLANT VERS ER-RACHIDIA...
Direction Er-Rachidia, plus exactement la palmeraie de Zouala dans la vallée du Ziz où des amis marocains de Kate ont rénové un ancien caravansérail. Sur la route, court arrêt à Tineghirt, le temps d’admirer depuis un promontoire la palmeraie et le village en terre sèche. A peine sorti de la voiture des « Touaregs en costume traditionnel » nous abordent pour nous vendre leurs chèches. Je me dévoue et accepte les discussions pendant que Kate circule tranquillement le long du belvédère. Et tandis que je me débats avec mes interlocuteurs empressés et insistants elle a tout le loisir de prendre autant de clichés que nécessaire. Pour le coup les rôles sont bien distribués, elle est l’œil, je suis la bouche. Elle est le regard, je suis la parole. A l’image de ce carnet dont je fais le récit et que Kate illustre de ses photographies.
En parcourant le « « Guide du Routard » ce matin, mon attention a été attirée par l’existence d’un ethno-musée berbère, « les sources de Lala Mimouna », à quelques kilomètres de Tinejdad. Trois petits sacs à dos, des commentaires élogieux… nous décidons d’aller voir. L’emplacement du musée est indiqué depuis la route par un énorme panneau sur lequel est inscrit le mot « GRANDIOSE » en capitales d’imprimerie. Cette figure de style hyperbolique nous fait sourire. A quoi s’attendre ? Au bout d’un long chemin en terre une grande bâtisse de style berbère dont nous ne voyons que la façade principale apparaît comme un décor de théâtre. Petite hésitation, il faut frapper pour entrer ? Le propriétaire des lieux M. Zaïd Abbou ouvre la belle porte de bois et nous fait pénétrer dans son univers. Tout l’ensemble entièrement de plain-pied, s’organise à partir d’un espace à ciel ouvert et d’une grande allée qui mène le visiteur, de bâtiments en bâtiments, de pièces en pièces, de galeries en galeries, à la découverte de la culture berbère. Le lieu hétéroclite en dépit de son unité architecturale tient tout à la fois du mini-village berbère, de la domus romaine et du cloître abbatial. Ce n’est pas un musée, ni une reconstitution, c’est autre chose… La réalisation du rêve d’un homme, l’œuvre d’une vie. Une histoire surtout que raconte Zaïd, celle des sources perdues et retrouvées de Lala Mimouna. Zaïd le sorcier, le sourcier. Celui qui a sauvé la source et qui a bâti tout son projet, non sur du sable, mais sur de l’eau. Et c’est dans le calme protecteur d’un atrium, nichée dans son bassin, que nous l’avons rencontrée et entendue chanter avec ses « blop, blop » continus et réguliers, son apparence translucide. Expérience musicale, sensorielle, unique…
ER-RACHIDIA ET LA PALMERAIE DE ZOUALA
Petit arrêt sur le promontoire qui domine la vallée du Ziz. L’immense oasis cernée par des collines aux reflets ocre- doux s’étale en contre-bas, ruban fertile dans ce milieu aride. Un Espagnol de rencontre nous affirme que le mot oasis viendrait de « oued el Ziz ». Etymologie intéressante, mais à vérifier. Nous avons prévu de passer deux nuits dans la palmeraie de Zouala chez Moha et Hami qui tiennent une chambre d’hôtes aménagée dans un ancien caravansérail. Kate les a rencontrés lors de ses précédents voyages et elle a tissé des liens d’amitié avec eux et leurs familles. Nous ne sommes plus des touristes, encore moins des clients. Et je comprends très vite que nous serons surtout des invités. Déjeuner prévu dans la famille de Moha puis dans celle de Hami. Impossible de refuser, tout le temps sera pris. Le projet de partir voir le désert dans une journée vers Merzouga et l’Erg Chebbi tombe à l’eau. Mais je m’en fiche, je sais que c’est important pour Kate et puis le « business désert » me gonfle un peu. J’aimerais y aller bien entendu, mais dans d’autres conditions, pas simplement pour voir une dune aller-retour, pas non plus pour passer une nuit « authentique ». Cela pourrait être l’objet d’un autre voyage, pourquoi pas… Petite balade en amoureux dans la palmeraie de Zouala avant nos rencontres marocaines. Il faut semer des petits cailloux pour ne pas se perdre dans le labyrinthe des palmiers-dattiers. L’endroit est magnifique, agréable et tellement serein mais il ne s’agit pas d’un parc urbain. C’est une palmeraie, c’est-à-dire toute une économie, tout un paysage transformé, aménagé par le travail et la sueur des hommes et des femmes de ce pays.
Couscous, tajine, nos hôtes se mettent en quatre pour nous faire plaisir. Et je me sens à l’aise dans ces familles de la moyenne bourgeoisie marocaine, toutes à la fois si semblables et si différentes de nous. La matinée passée avec Hami à Er-Rachidia avant le repas de midi m’a beaucoup plu. II nous emmène au marché de la ville faire quelques courses. Hami déambule avec nous entre les étals, serre une dizaine de mains. Sa présence tranquille et nonchalante nous apaise. Il n’y a aucun touriste, mais je me sens presque chez moi. Nous faisons nos courses comme à la maison sans y être. C’est un dépaysement bien agréable. Avec toujours cette impression, faussée peut-être et peut-être embellie par le regard du touriste en vacances, que les Marocains ont une façon d’aborder la vie quotidienne avec beaucoup moins de tensions que chez nous. Kate et moi en profitons pour acheter des dattes, finement oblongues, brunes et délicieusement sucrées. Fruits de pleine saison. Un régal.
A LA RECONTRE D’HASSAN PRES DE MIDELT
« Je ne peux pas aller au Maroc sans rendre visite à Hassan ! ». Les choses sont claires et Kate m’avait prévenu. Elle avait rencontré fortuitement Hassan, il y a une quinzaine d’années sur le trajet qui mène de Fès au désert pour lui demander où l’on pouvait acheter de l’eau. Ils sont restés en contact depuis lors. Hassan habite Tamayouste un petit village situé à une trentaine de kilomètres de Midelt. Nous quittons Er-Rachidia au début de l’après-midi en empruntant la route qui surplombe la superbe vallée du Ziz avec le regret toutefois de ne pas prendre le temps de l’explorer plus avant. Petit arrêt à un col en amont de Midelt pour une pause-clope. L’endroit est noyé dans un épais brouillard, il fait 11 degrés. Atmosphère fantomatique, on se croirait en Ecosse !
Nous arrivons en fin de journée à Tamayouste. C’est un village sans intérêt touristique situé sur un plateau sans intérêt touristique non plus. Mais nous sommes là pour bien autre chose. Par la magie des téléphones portables Hassan est au rendez-vous, il nous attend sur le bord de la route. Je découvre un grand gaillard d’une quarantaine d’années à l’air doux, un peu timide. Il nous fait entrer dans sa modeste maison, trois pièces à vivre, une toute petite cuisine. Les toilettes sont à l’extérieur sans eau courante. C’est dans cet espace assez restrient que vit la famille. La femme d’Hassan et leur petite fille, son frère, sa sœur avec un enfant, et les grands-parents. A l’exception d’Hassan, personne ne parle le Français, ils communiquent en berbère et nous font la courtoisie de répondre en arabe aux quelques formules de politesse que nous connaissons. Les femmes préparent le repas, un délicieux tajine d’agneau aux pruneaux pendant qu’Hassan discute avec nous et répond gentiment à la multitude de questions que nous lui posons sur sa vie ici à Tamayouste. Le repas n’est pas partagé avec la famille, nous mangeons seulement tous les trois. Je m’interroge. Est-ce par timidité, par délicatesse pour nous laisser converser tranquillement ? Hassan est un rêveur, sa tête fourmille de projets. Il a entrepris des travaux pour agrandir la maison et il voudrait vendre son camion de livraison pour acheter un petit bout de terre afin d’y planter des légumes et gagner davantage d’argent. Nous dormons dans la pièce principale sur des banquettes confortables. Je suis encore réveillé par l’appel du muezzin, mais je suis maintenant habitué et je me rendors paisiblement comme bercé par ce chant qui vient du fond de la nuit. Le matin la famille semble davantage habituée à notre présence. Dans la petite cour devant la maison je joue au foot avec les deux bambins, pendant que Kate photographie tout le monde. Des sourires, des rires, nous nous apprivoisons les uns les autres. Il faut partir. La rencontre a été courte mais elle était importante pour Kate, pour Hassan également. En démarrant la voiture je songe que ces derniers jours le voyage a pris une autre tournure, nous ne « faisons pas le Maroc », nous le vivons à travers tous ces échanges aussi brefs soient-ils.
DE MIDELT A EL KSIBA DANS LE MOYEN- ATLAS (R 503 + N8)
Deux jours de route encore avant de rejoindre Marrakech pour la fin du voyage. Beni-Mellal semble être le point de chute le plus logique pour couper le trajet au milieu. Mais la ville ne semble avoir guère d’intérêt. Grâce aux conseils des internautes de « Forum de voyage » nous choisissons El Ksiba, petit village situé dans une jolie vallée à l’écart de la grande route N8. Au départ de Tamayouste nous empruntons la R503 qui nous fait découvrir d’autres paysages dans cette région du Moyen-Atlas. C’est un Maroc encore différent, verdoyant, fertile et riche d’un point de vue agricole. Hors des champs cultivés, avec tous ces chênes vert, l’ambiance est très méditerranéenne. J’ai un peu l’impression d’être dans les Corbières audoises. Pause-café près d’une station-service. Un jeune homme m’interpelle pour me signifier que le pneu arrière droit de la voiture est dégonflé. Il me propose de tous les vérifier. Je le remercie et lui tends une pièce de 5 dirhams. Refus poli de sa part avec la main droite posée sur le cœur. « Comment tu t’appelles ? ». Je lui réponds, lui serre la main et il me souhaite bonne route. Bonne leçon pour moi. On peut se rendre service au Maroc sans passer par l’intermédiaire de l’argent…
Arrivée en début d’après-midi à El Ksiba. La route serpente entre les oliviers et les chênes-vert. Après quelques allers-retours nous trouvons enfin le gîte « Chez Saadia et Mustapha ». Jolie maison en surplomb de la vallée couverte d’oliviers. Saadia nous accueille chaleureusement, avec cette façon très marocaine qui donne toujours l’impression d’être un hôte, pas un client. Du haut de la terrasse dominant toute la vallée, j’observe les minarets des mosquées qui ponctuent le paysage de leurs points d’exclamation. Kate et moi faisons une balade dans El Ksiba. L’air est tiède, la lumière toute douce, automnale. Dans le cœur du village nous découvrons une petite école primaire, pimpante et colorée. Je m’approche doucement de l’entrée sans oser toutefois passer la porte. J’écoute. La classe a commencé et je reconnais le phrasé musical de l’instituteur qui déroule son cours dans un silence apparemment attentif. Un éclat de voix soudain ! Un élève se fait engueuler ! Je souris. Toutes les écoles du monde se ressemblent… Repas léger ce soir, alors que Saadia est réputée pour la qualité de ses couscous. Dommage. Avant d’aller nous coucher, à la nuit tombée, nous allons fumer une cigarette sur la terrasse. Du fond de la vallée montent les chants des muezzins qui se font écho…
RETOUR A MARRAKECH ET FIN DU VOYAGE
200 kilomètres encore pour rendre la voiture à Marrakech et y passer une dernière nuit avant de rentrer en France. Retour de stress, il va falloir atteindre l’hôtel en plein cœur de Gueliz. Et retrouver ces Marrakchis que j’adore quand ils sont à pied mais que je déteste au volant de leur voiture. La longue route toute droite depuis Beni-Mellal n’offre guère d’intérêt, mais nous prenons le temps tout de même de nous arrêter dans un petit village au bord de la route pour boire un café. Je mesure quand même après tous ces jours passés, que le Maroc de la sociabilité extérieure est un monde d’hommes. Dans le bar bondé où nous nous attablons, Kate est la seule femme. Elle le ressent même si les regards ne sont pas insistants. Juste curieux peut-être de voir des touristes dans un lieu sans touristes... Un grand merci à l’application Maps.Me qui permet de trouver son trajet exact hors connexion. Kate, qui n’a pourtant pas vraiment le sens de l’orientation, me conduit de main de maître et sans encombre jusqu’à l’Hôtel Toulousain dans Gueliz. Notre périple s’achève. Il faudra se lever très tôt demain pour prendre l’avion. Nous décidons néanmoins de passer une dernière soirée sur la place Djemaa el Fna. C’est un vendredi soir, il y a un monde fou avec notamment beaucoup de touristes marocains. Je ne suis plus le même qu’il y a 20 jours et je me sens (un peu) chez moi sur la place. « Là où on va on est chez nous » comme disait le groupe Zebda.
Voilà, la boucle est bouclée. Tous les voyageurs ont éprouvé ce moment charnière de fin de séjour si particulier où les sentiments sont mêlés. Le bonheur d’avoir fait un beau voyage quand tout s’est bien passé, l’envie de rentrer chez soi, et déjà la nostalgie d’une aventure intime qui se termine et dont on sait qu’elle ne reviendra jamais sous cette forme-là.
Il faut conclure. « Maroc, une rencontre… », c’est le titre que j’avais choisi pour raconter ce voyage. Tout le carnet tient dans ces trois petits points de suspension… On se reverra j’en suis certain. Inch’Allah… |
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Carnet de Voyage terminé ! Merci à Rico11. |
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