"Les Anges Noirs" est un texte mis en ligne par
"Ancolies"..
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Les Anges Noirs
On se fait vieux, on se fait dieux. La sagesse de l’âge procure bien des avantages. Terminées les prises de tête, les embrouilles pour des broutilles, au clou les conn’ ries de futilités ! On peut maintenant être grave et léger à la fois, c’est quand même pas si mal non ?! Telles étaient les pensées du commissaire Mattéi qui prenait sa retraite dans deux jours. Il ne se préoccupait plus à ce stade des dossiers en cours mais uniquement de préparer son pot de départ. Trente bonnes années d’efficaces services, ça se fête ! Dieux ? Naturellement ce n’était qu’un jeu de mots, une rime facile, N’empêche Mattéi se sentait flotter bien au-dessus des contingences de ce bas-monde en un état de profonde satisfaction. Oui, au clou les coups de fil à deux heures du mat parce qu’un règlement de compte s’était déroulé, parce qu’une prostituée s’était faite lacérée, qu’un contrôle avait mal tourné et que l’un de ses hommes avait défouraillé sur la voiture en fuite et que les médias se déchaînaient… au diable tout cela ! Céleste son assistante rentra dans son bureau. « Désolée de vous déranger Commissaire mais les Anges Noirs ont fait le ménage, et ce n’est pas beau à voir : huit cadavres et treize blessés graves, tous transportés à Lariboisière ! ». Merde ! pensa Mattéi, il faut que cela tombe juste maintenant ! Aucune envie d’avoir à m’occuper de ça moi. Que Legendre prenne la relève ! Pourtant il se sentait concerné. Le gang des Anges Noirs le rendait dingo depuis au moins cinq ans avec leurs crimes et délits divers et variés qui ne respectaient en rien les règles tacites du Milieu, le respect des territoires des adversaires etc… Oui ce gang de voyous, des bikers évidemment, avait bien foutu le boxon dans la loi de la rue et manifestement ce n’était pas fini. « Bon Céleste, qu’est-ce que vous savez ? ». « D’abord une grosse rixe rue Mouffetard en début de nuit avec leurs concurrents les Diables blancs, puis ils se sont déplacés pour attaquer en règle le commissariat des Buttes-Chaumont. Ils l’ont d‘abord caillaissé puis y ont foutu le feu. Heureusement les effectifs qui s’y trouvaient ont presque tous pu s’échapper par la porte de derrière ! ». « Presque tous avez-vous dit ? ». « Oui. Deux policiers y sont quand même restés. ». « Nom de Dieu ! Et les autres victimes ce sont des Diables Blancs ? ». « Oui commissaire. » « Bon débarras pour ceux-là ! Faîtes-moi venir Legendre s’il vous plaît ». « Bien commissaire ». « Ça va vieux ? » demanda Legendre. « Je me serais bien passé de ces derniers événements. Ecoute, est-ce que tu veux bien t’occuper de la rue Mouffetard tandis que je vais aux Buttes-Chaumont ? » « Pas de problèmes. Et je vais envoyer des hommes à Lariboisière pour surveiller les Diables Blancs blessés ». « Ok, fais ça. On se retrouve ce soir. ». « Ne prends pas de risques hein ! A deux jours de ta fin de carrière ce serait trop bête ! ». « Penses-tu, ils ont déguerpi. Putain, si je pouvais couper la tête de ce maudit Lecas, je terminerai sur un coup d’éclat ! » « Lecat, le chef des Anges Noirs ? ». « Oui c’est ça. Bon, à ce soir ». Le commissariat n’était plus que décombres fumantes. Mattéi fut rejoint par le chef de poste qui ne savait maintenant que faire de lui et ses effectifs. « A quelle heure sont-ils venus ? » lui demanda Mattéi. « Oh pas tard. Vingt-deux heures à peine. J’étais encore là à faire des heures sup. Après c’est allé très vite ! » « Et ils ont déguerpi leurs dégâts accomplis ? Vous pensez qu’ils ont rejoint leur QG d’Arcueil ? » « J’en mettrais pas ma main au feu commissaire. Ils étaient dans un véritable état d’euphorie en regardant le bâtiment cramer. Ils riaient et se passaient des bouteilles de rhum et des bières. Franchement je ne serais pas étonné qu’ils aient été fêté ça au Parc à cinq cent mètres ». « Et vous croyez qu’ils y sont potentiellement encore ? » « Oui ! Je les imagine bien en train de cuver leurs brillants exploits ». « Passez-moi votre portable vous voulez bien, j’ai oublié le mien. Merci. » Mattéi composa aussitôt le numéro du Préfet, numéro qu’il connaissait par cœur. Il lui résuma brièvement la situation. Les renforts demandés furent très rapidement sur place. Une voiture se cala à chaque sortie du parc. Le reste des hommes rejoignit Mattéi. « Bon les gars, on va se diviser en trois groupes, entrer simultanément dans le parc par les entrées nord, ouest, sud. S’ils sont bien là, ils ne peuvent nous échapper. Méfiez-vous, ils sont extrêmement dangereux et n’hésitent pas à tirer. Des questions ? » « Je crois que c‘est clair pour tout le monde. On y va maintenant commissaire ? ». « C’est parti ! ». « Silence ! dit Mattéi à la tête de son groupe. Oui ils sont bien là, bien occupés à cuver ces enfoirés. Prévenez les autres groupes qu’ils radinent et leurs coupent la route au bas de la pelouse. Dès qu’ils sont là, on y va ». Cela ne prit pas deux minutes. « C’est bon, allons-y, dit Mattéi, coffrez-moi tous ces connards ! » Les hommes s’élancèrent, encerclant les bikers endormis, puis leur passant les poucettes les uns après les autres. « Beau travail ! dit Mattéi. Mais je ne vois pas Lecat ! Toi, oui toi la grosse enflure, dis-moi où est passé ton chef ? » La grosse enflure passa tout de suite à table : « Il est retourné à Arcueil. » « Bon, reprit Mattéi, on prend trois voitures et on y va. Et coffrez moi tous ce ramassis de racaille. En route ! Pas de sirènes, je veux prendre ce salopard par surprise ». Seul dans le hangar d’Arcueil, Lecat se préparai tranquille un fix. Il chercha la veine, introduisit l’aiguille, injecta l’héro. « Ahhhh c’est bon ! » dit-il à voix haute, défaisant le garrot et se laissant aller en arrière dans le vieux fauteuil défoncé qu’il occupait. Il commençait à planer quand son sixième sens l’alerta. « Bordel ! Qu’est-c’ que c’est qu’ ça ?’ fit-il en se relevant d’un bond. Mais il était défoncé et retomba assis sur le fauteuil. Péniblement il se releva. « Quelque chose ne tourne pas rond, je le sens, pensa-t-il. Il faut filer au plus vite ». Quoique flageolantes, ses jambes le portèrent jusque sa bécane qu’il enfourcha. Il abaissa violemment son pied pour démarrer mais la came faisait son effet et il se sentait totalement atrophié. « Putain, c’est pas le moment, démarre, putain allez démarre ! ». Ses jambes refusaient de lui obéir. C’est à ce moment qu’il entendit des voitures freiner et s’arrêter devant la grande porte du hangar. « Merde ! C’est soit les Diables Blancs soit la flicaille. Dans les deux cas je suis fait comme un rat ! ». Il parvint péniblement à se dégager de sa bécane, mais pour faire quoi, il n’y avait pas d’issue et déjà il entendait les coups de masse qui s’abattaient sur la serrure de la porte du grand local. Affolé, il roula des yeux autour de lui et arrêta son regard sur de gros tonneaux depuis longtemps vidés de leur huile qui pourrissaient depuis un siècle au fond du lieu à droite. Il y courut pour se planquer derrière. « Surprise ! dit une voix tandis qu’il s’accroupissait. Je crois qu’on va être deux à finir notre carrière aujourd’hui mais tu vas avoir l’honneur de passer le premier ! ». Stupéfait Lecat reconnu Legris, le chef des Diables Blancs, tandis que les policiers ouvraient la porte du hangar. Il n’eût guère le temps de voir la suite car Legris lui planta son surin droit dans le bide « Legris, quel plaisir de te voir ! dit Mattéi. Je vois que t’as réglé tes comptes, ça ne me pose aucun problème. Au contraire même. Allez-vous autres, embar-quez-moi cette ordure ! ».
*** *** ***
Le pot de départ à la retraite du commissaire Mattéi fut une véritable réussite. Le mousseux coulait à flot et chacun à son tour venait le féliciter. Couronnant le tout, le Préfet lui remit deux médailles. « Ben mon vieux, lui glissa Legendre, ça c’est une sortie en tambours et trompettes ! » « Tu l’as dit. Manque plus que le tapis rouge et qu’un taré déboule kalachnikov au poing en criant Personne ne bouge ! ». |
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Les Anges Noirs
appartient au recueil Polars'oïds
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Texte terminé ! Merci à Ancolies. |
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