"Le doute" est un texte court mis en ligne par
"Ancolies"..
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Le doute
Pour se tirer de ce sac de nœuds que constitue l’existence, il faut apprendre à vivre avec l’incertitude. Cela peut demander beaucoup de temps mais pour moi cela a été immédiat car je suis fils du doute. Êtres certains, vous êtes de chair et d’eau, de quoi êtes-vous en permanence si sûrs ? De la pointure de vos chaussures ? Que votre cœur bat toujours la mesure ? Que votre clé ouvre votre serrure ? N’avez-vous jamais cassé une clé dans une serrure ? Non, vous êtes si jeunes, vous n’avez pas coché tous les alinéas des aléas de la vie. Le doute c’est la question. C’est également la surprise. Découvrir que, jusque nouvel ordre, on aime une chose que l’on croyait rejeter, ou l’inverse. Une chose, une personne… les personnes sont des choses. De cette façon, le doute question est facteur de progrès. Quels progrès peut-on bien accomplir lorsque l’on est les deux pieds fermement campés sur ses certitudes ? On reste immobile, voilà tout. Dans la foulée on meurt immobile. Le doute est un bienfait. Pour avancer, pour dans la si longue nuit de notre temps compté s’élever. Il est un escalier. Le doute me veut du bien, le doute est mon ami. Le doute ce n‘est pas apprendre la vie dans les livres d’école trafiqués ou à travers la culture bien installée. C’est apprendre en observant les autres, apprendre dans la rue au hasard des rencontres, dans tous ces livres que l’on choisit soi de lire, dans ses innombrables errances, dans la solitude. Le doute collectif n’est qu’une bouillie dont il n’y a rien à tirer. Non, il est un farouche individualiste. Il ne joue pas au foot, il joue au tennis. Bien que les choses aient tendance à évoluer, à ce stade les supporters du doute font preuve d’une bien meilleure tenue que les supporters de foot sur les bords du terrain de la vie. Le doute n’accepte pas facilement l’injustice sociale. A peine enfant, elle lui paraît anormale. Le doute prend toujours des gants. Ce n’est pas du tout qu’il n’aimerait pas se salir les mains mais il prend garde à ne pas se prendre les pieds dans les tapis et marche souvent sur des œufs. Etre enfant du doute, c’est l’être aussi de la dépression. Ça c’est moins marrant mais on dispose de toute la vie pour s’y faire. Toute une vie c’est très long c’est très court, c’est si long et si court qu’un jour long et court n’ont plus cours et tout est alentours. Quand on est enfant du doute, même si l’on ne se prend soi-même jamais au sérieux la vie c’est toujours sérieux. On n’attend pas d’avoir son premier rejeton pour cela. Le doute et l’insouciance ne dansent jamais ensemble. Par contre, le doute et l’autodérision font bon ménage. Ou devraient le faire, certains sont trop craintifs. Ou trop orgueilleux. Le doute n’est pas une ombre qui marche face au soleil. Le doute ne se fie pas au soleil, il sait qu’il n’a qu’un temps tout éternel soit-il, qu’il ne brille pas tous les jours, qu’il s’endort avec la nuit. Le doute est une ombre qui marche face à la lune. Et si les nuages cachent la lune, il avance crânement dans la nuit noire. Être enfant du doute, ce n’est pas être enfant de la suspicion. Le doute concerne avant tout soi-même. Justement on est naïf et lorsque surgit un problème, c’est soi-même que l’on met en cause en premier lieu. Le doute n’est donc pas la suspicion, il est la perception. Perception que quelque chose ou quelqu’un ne tourne pas vraiment rond. Première nouvelle. Privilège des personnes âgées : même si tout toujours peut être ébranlé, elles ont maintenant cessé de douter. La fin de leur dernier hiver est si proche. Dans son premier album digne de ce nom, son premier album de poète, Pierre Vassiliu chantait : En hiver, on a le temps d’ penser à tout, et c’est dommage car d’un seul coup, on s’aperçoit qu’ tout va d’ travers, ça m’ fait pareil quand j’ bois trop d’ bière, j’aime pas l’hiver… Dans son second album digne de ce nom Pierre Vassiliu chantait : Mais elle m’a laissé l’hiver, heureusement, la saison que je préfère... De deux choses l’une : soit il haïssait carrément les trois autres saisons, soit il était comme moi, enfant du doute. Le doute c’est le mois où je suis né. Et je ne me serais jamais douté que vivre c’était ça. Mais maintenant, une nouvelle fois évoqué l’âge avancé, maintenant ça va. |
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Le doute
appartient au recueil Nouvelles du monde
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Texte court terminé ! Merci à Ancolies. |
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