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Le doute - Commentaires

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Deogratias

Deogratias Le 26-05-2026 à 20:37

Bonsoir Anvolies, je crois que le doute n’est pas une lumière, mais un passage. On parle souvent du doute comme d’une vertu. Je pense, d’expérience, mais peut-être que des gens plus instruits que moi, ayant fait de la philosophie, que je n’ai jamais faite, ne seraient pas d’accord avec mon argumentation. Je crois, donc, qu’un être humain ne peut pas vivre uniquement dans le doute. Le doute perpétuel finit par abîmer notre âme. Il use les forces intérieures. Nous avons besoin de certitudes, ni arrogantes, ni « faire-valoir ». Ce serait de l’orgueil, parfois même une psychorigidité qui enferme en soi…Elles sont plutôt le symptôme de soucis psychologiques. A un autre étage de notre être, voyez-vous, il y a des certitudes qui sont des points d’appui. Non pas comme une simple rassurance psychologique mais à un niveau plus profond. Au niveau de l’âme et non pas de notre simple psychisme. Mère Térésa en ce sens a été bien mal comprise. On a interprété ses écrits de fin de vie comme un doute sur l’existence de Dieu. Il s’agissait d’autre chose : D’une nuit de la foi. De ce doute qui n’est qu’une porte vers une fidélité, une confiance assez profonde pour traverser la nuit. Ce qui est paradoxale, c’est que pour parvenir à ces certitudes, il faut souvent passer par le doute. Non pas comme une maison mais comme un passage. Le doute est parfois un passage nécessaire. Un chemin temporaire. Les grands auteurs spirituels catholiques parlent souvent de cela : la foi n’est pas l’absence de doute, mais une fidélité plus profonde, plus intérieure. Croyez-vous que le doute ne m’a jamais traversée ? Bien sûr que si. Mais à un moment donné, il devient plus discret, il s’en va même tout à fait. Maurice Zundel disait par exemple que Dieu ne s’impose pas par une démonstration écrasante. Il se laisse approcher intérieurement, dans le silence et au cœur même de notre liberté. La certitude n’est pas toujours une preuve logique. Elle est parfois une présence qu’on découvre au fond de soi. Aujourd’hui, on imagine que douter est profond et que croire est naïf. Ce qui est faux, je dirai même par certains côtés, que c’est presque l’inverse. On ne peut être heureux dans l’hésitation perpétuelle. Ce qui aide, c’est l’écoute. Dans l’écoute, de l’autre, dans le silence, en soi, on finit par vivre d’une présence qui chasse le doute, et parfois, d’une manière définitive et radicale…. Sans doute, certains parleront du doute dans la littérature, dans la vie quotidienne, dans la relation au monde. Moi, là, j’aborde surtout le côté spirituel, l’utilité du doute…jusqu’à un certain point….Je n’ai pas assez d’instruction pour aborder avec vous tous les aspects du doute. Je parle uniquement donc de ce que je connais. D’expérience. D’autres vous diraient, à propos du doute que : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. » Cette phrase est souvent mal comprise. Elle ne veut pas dire qu’il faut être un sentimental illogique ou passionnel. Elle dit surtout qu’il y a des vérités qui ne se prouvent pas forcément. Que le doute peut être une ouverture, et qu'à un moment donné, l'expérience d'une présence en soi, au plus profond de nous, dans notre "tréfonds", chasse le doute... qui n'est jamais une habitation stable. Chez Thérèse de Lisieux, il y a cette traversée du doute. À la fin de sa vie, elle a connu, elle aussi, une immense nuit intérieure. Jusqu’à dire à son infirmière : « Retirez moi ces cachets de là, dans la tentation, j’aurais peur de les avaler » (quelque chose comme ça, c’est approximatif)…Pourtant elle a continué d’aimer et de croire. Le doute est utile lorsqu’il empêche l’orgueil. Il ouvre une porte mais il est dangereux lorsqu’il devient notre lieu définitif. Une âme a besoin d’un ciel intérieur stable pour respirer. Sans quoi, la dépression nous guette à chaque instant. Nous devenons semblable au roseau agité par le vent. Aucun choix ne saurait nous satisfaire. Or, la vie est faite de choix. Oui ou non. Et non pas tantôt l’un, tantôt l’autre. …pas toujours. J’aime beaucoup votre nuance comparative entre le soleil et la lune. Le soleil irradie partout, la lune accompagne même dans la nuit. J’aime les deux symboles. Pour leur générosité et leur beauté. Il me semble que le doute est la toute première marche pour aller vers la foi…Mais que le doute est aussi très utile pour garder sa curiosité d’enfant. Comme vous le dites si justement : Le doute est aussi une surprise. J’aime beaucoup cette idée. Il est bon parfois de constater combien nos certitudes sont fragiles, combien une simple rencontre, un livre ou une expérience intime peut mettre à terre nos convictions….Pour nous ouvrir enfin à Dieu, à l’autre ou au monde…. Le doute peut être un enfermement qui mène à la pathologie mentale…Souvent en lien avec la dépression…il peut aussi être prison ou porte, passage ou prison…Je l’aime comme une porte, pas comme un cadenas. C’est mortifère. On peut, peut-être, dire du doute ce qu’on dit de l’argent : un bon serviteur mais un mauvais maître. Je suis heureuse si je vous savais en train de franchir un palier plutôt que de ressembler à une oscillation sans fin. Etre né le mois doute ouvre d'autres perspectives, avez-vous remarqué que, juste après lui, vient ce qu'on appelle "La rentrée" ? C'est donc bien un passage...Bien à vous. Sylvie.