Connexion :

Le défunt de la corniche - Histoire Courte

Histoire Courte "Le défunt de la corniche" est une histoire courte mise en ligne par "Ancolies"..

Venez publier une histoire courte ! / Protéger une histoire courte

Le défunt de la corniche

 

Dévastée par le chagrin, ses yeux déferlent d’embruns. Elle est un océan de larmes, une grande marée dont les vagues viennent s’écraser en cent mille éclats d’argent contre les remparts de la cité portuaire puis se retirent ruisselantes.

Le chagrin côtoie souvent la colère. Dévastée par la fureur, ses yeux noirs, rougis, lancent des incendies.

On sonne, elle ouvre la porte.

- Vous êtes Madame Elise Philipps ? Inspecteur Faubert de la Brigade Criminelle. Vous pouvez m’accorder quelques instants ?

- Brigade Criminelle ? Mais que…

 - Je ne serai guère long. Je suis désolé, j’ai une autre mauvaise nouvelle à vous apprendre. Je peux entrer ?

- Allez-y, au point où j’en suis !

- Merci. Voilà : ce n’était pas un simple accident de la route. Quelqu’un avait entaillé les câbles de freins de la voiture de votre mari. Ils ont fini par lâcher et elle a dégringolé de la corniche.

- Quoi ? Vous voulez dire qu’il s’agit d’un meurtre ?

- Tout porte à le croire. Dîtes-moi, connaissiez-vous des ennemis à votre mari ?

- Je ne vois pas. Notre fils…

- Votre fils ! Que se passait-il ?

- Leurs rapports étaient exécrables. Il haïssait son père.

- Et vous croyez qu’il aurait pu faire une chose pareille ?

- Vous êtes fou ! Ah ! Je suis dans un tel état, je ne crois rien. 

- Il n’habite plus avec vous n’est-ce pas ! Où puis-je le trouver ?

- Il vit ici, à Nice. Je vais vous donner son adresse.

L’inspecteur s’en va. Elise est dévastée de terreur. Elle n’en peut plus. Elle se rend à la salle de bains, attrape une plaquette de valium, avale trois comprimés puis va s’étendre sur le grand lit conjugal. Plus penser, je ne veux plus penser, pense-t-elle. Elle s’abîme dans un sommeil sans rêves.

 

                                                   ***   ***   ***  

 

Sonnette. Philippe va ouvrir.

- Philippe Philips ? Inspecteur Faubert, Brigade Criminelle. J’ai quelques questions à vous poser.

- Fais comme chez toi mec. Je me fous d’avance de tes questions.

- Votre père a été victime d’un accident de la route vendredi matin, il y a deux jours. Vous le savez ?

- Bien entendu que je le sais. Et il y est resté la vieille crapule.

- C’était un crime. Où étiez-vous la nuit de jeudi à vendredi ?

- J’en ai passé une bonne partie à jouer au poker avec des potes. Ils pourront te le confirmer.

- Et ensuite ?

- Ensuite ? Qu’est-ce que tu crois bonhomme ? Je suis rentré me coucher. J’étais lessivé, au propre comme au figuré.

- A quelle heure êtes-vous rentré chez vous ?

- Peuh… chez moi ! J‘ai rejoint ma copine oui ! Il devait être dans les quatre heures. Pareil, demande-lui !

- Pourquoi haïssiez-vous votre père ?

- Ce salopard m’a élevé à coups de cravaches et d’humiliations. Je n’ai jamais pu le sacquer.

- Au point de le tuer ? Bien. Donnez-moi s’il vous plaît les noms de vos copains de poker ainsi que les coordonnées de votre amie.

- Comme tu voudras. Mais tu perds ton temps.

- C’est à moi d’en juger.

 

L’inspecteur s’en va. Philippe appelle sa mère :

- Qu’est-ce que tu lu as raconté à cet inspecteur pour qu’il vienne m’emmerder ?

- Ecoute Philippe, ce n’était pas un accident. Quelqu’un a saboté la voiture de ton père.

- Et alors ? En quoi ça me concerne ?

- Je lui ai juste dit que vous ne vous entendiez pas du tout.

- Pourquoi t’as fait ça ? Me voilà suspect maintenant !

- Philippe, est-ce que… ?

- T’es tombée sur la tête. Vrai, toi-aussi tu me dégoûtes !

Il raccroche.

 

                                                  ***   ***   ***   

 

L’inspecteur a vérifié les alibis de Philippe. Maintenant il en est au point mort. Il s’interroge : Edouard Phillips avait-il  des dettes ? Des affaires louches en cours ? Menait-il une double-vie ? Il appelle l’opérateur téléphonique du défunt et réclame le relevé d’appels des six derniers mois. Il l’obtient par mail quelques instants plus tard. Il l’épluche. Un numéro qui ne correspond ni à ceux des collaborateurs, ni aux membres de sa famille, pas plus qu’à ses amis que Faubert a répertoriés revient en permanence, quasi tous les deux jours. Faubert appelle le service concerné : A qui appartient ce numéro ? Il a rapidement la réponse : il s’agit d’une certaine Anita Pallenberg, vingt-quatre ans, très jolie d’après les photos, inconnue des services de police. Il se rend immédiatement chez elle, en espérant qu’elle y soit. Sans la prévenir. Il veut profiter de l’effet de surprise. Elle est là.

- Qui étiez-vous pour Edouard Phillips ?

- Sa maîtresse. Il devait quitter sa femme pour que nous nous installions ensemble.

- Et vous croyez qu’il l’aurait fait ?

- C’était une question de semaines.

- Vous seriez restés à Nice ?

- Oui. Il y avait ses affaires.

- Que faîtes-vous dans la vie ? Il vous entretenait c’est ça ! J’ai relevé des virements mensuels douteux sur ses comptes bancaires.

- C’est bien ça.

- Sa femme était au courant de votre liaison ?

- A ma connaissance non.

- Qui était au courant alors ?

- Personne à part quelques-unes de mes amies.

- Que font-elles ces amies ?

- Elles sont call-girls. Comme je l’étais avant de rencontrer Edouard et qu’il m’installe ici.

- Où étiez-vous la nuit de jeudi à vendredi ?

- Seule ici. Nous devions nous voir avec Edouard le vendredi soir.

- Depuis combien de temps durait cette liaison ?

- Deux ans je dirais.

- Bien. Ne quittez pas Nice.

 

                                                 ***   ***   ***  



Faubert est las. Le fils, l’ex call-girl, il les croit. Ces pistes ne mènent nulle part. C’est alors que les paroles d’une chanson quasi inconnue sauf d’un passionné de musique comme lui lui traversent l’esprit : Je déclare nulle part quelque part… Oui, bien entendu quelque part se trouve la réponse à ses questions. Où est-il ce quelque part, où chercher ? De nouveau il s’interroge et décide de retourner voir la femme de Philipps, la veuve éplorée.

- Vous saviez que votre époux avait une maîtresse ?

- Une maîtresse, impossible ! Je connaissais Edouard par cœur depuis tout ce temps ensemble. Je lisais en lui comme à livre ouvert.

- C’est pourtant la vérité. Vraiment, Anita Pallenberg cela ne vous dit rien ?

- Anita quoi ? Non, absolument rien. C’est elle ?

- Oui.

- Je ne peux pas le croire. Edouard était d’une fidélité absolue. Quand bien même, nous nous étions jurés le jour de notre mariage, il y a vingt-sept ans de cela, que si l’un ou l’autre avait une aventure, nous nous dirions tout.

- Le temps a passé. Manifestement votre mari avait changé.

- Je veux rencontrer cette Anita !

- C’est vraiment votre souhait ? Oui je peux organiser une confrontation.

- S’il vous plaît.

- Je crains que cela ne fasse guère avancer mon enquête mais c’est comme vous voulez. 

- Organisez cela au plus vite inspecteur, je ne peux demeurer plus longtemps en cet état.

- Bien Madame Phillips.

 

                                                ***   ***   ***  

 

Cela se passe le lundi matin. Elise Philipps se montre toutes griffes dehors tandis qu’Anita Pallenberg baisse la tête en subissant ses assauts furieux.

- Et vous voulez me faire croire que mon mari allait me quitter pour une petite chose insignifiante comme vous ?

- C’est pourtant la vérité. Je suis désolée pour vous Madame Phillips.

- Vous vous bercez d’illusions ma fille. Jamais Edouard n’aurait fait cela !

- C’est ce que vous croyez. C’était imminent.

- Ce qui est imminent c’est que je vais déposer plainte contre vous. Vous êtes responsable de sa mort, j’en mets ma main au feu !

- En quoi pourrais-je en être responsable ? Qu’avais-je à y gagner ?

- Ma main au feu vous dis-je. Et maintenant disparaissez avant que je ne vous étripe !

Anita quitte la pièce. Elise s’assied et éclate en sanglots. Faubert part aussitôt lui chercher un café à la machine.

 

 

                                                  ***   ***   ***  

 

Dévastée de remords, Elise tourne et retourne en rond dans son triple-salon. Elle s’en mord et s’en remord les doigts, s’en arrache les cheveux : et c’est pour cette vulgaire petite idiote décolorée que j’ai saboté la voiture d‘Edouard ! Jamais au grand jamais je ne me pardonnerai sa mort !

Partager

Partager Facebook

Auteur

Blog

Ancolies

12-05-2026

Couverture

"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu."
Lire/Ecrire Commentaires Commentaire
Le défunt de la corniche appartient au recueil Polars'oïds

 

Histoire Courte terminée ! Merci à Ancolies.

Tous les Textes publiés sur DPP : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.