"Le Tôt ou Tard" est une histoire courte mise en ligne par
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Le Tôt ou Tard Ils s’étaient filé rencard dans un bar nommé le Tôt ou Tard. Berthier arriva le premier, s’installa au comptoir et commanda un double-Ricard. Qu’il vida. Barras n‘était toujours pas là, il en commanda un second. Qu’il vida également. Mais qu’est-ce qu’il foutait ce Barras ? Il savait pourtant bien qu’ils n’avaient pas toute la nuit devant eux. Le commanditaire avait été formel, le boulot devait être exécuté à minuit tapantes. Berthier attrapa son portable : messagerie. Il était déjà dix heures et demie. Merde alors ! L’autre abruti n’allait quand même pas faire capoter l’affaire ! Berthier avait expressément besoin de ce fric. Enervé il sortit s’en griller une sur le trottoir. Barras était filé. Il s’en était aperçu aussitôt après avoir quitté son domicile. Un baraqué avec un blouson marron, qui ne devait pas être vraiment un expert puisqu’il s’était fait repérer si facilement. Pas un expert mais quand même : Barras tenta de le semer en jouant des correspondances du métro mais l’autre lui collait toujours au train. Merde ! L‘heure tournait, Berthier devait se demander ce qu’il foutait. Barras ne pouvait quand même pas se pointer au Tôt ou Tard avec ce gus derrière lui ! Qui était- il d’abord ? Qui l’avait envoyé sur ses traces ? Lassé de jouer au plus finaud, il sauta de la rame le métro à peine arrêté, courut dans les couloirs et grimpa l’escalier de sortie quatre à quatre. Il entendait l’autre courir derrière lui. Chance ! Comme il l‘avait espéré, devant la bouche de métro se trouvait une station de taxis. Il s’engouffra dans le premier et empressa le chauffeur de démarrer. Celui-ci s’exécuta, Barras regarda par la vitre arrière : c’était ok, il avait fini par l’avoir. Vue l’heure avancée il donna au chauffeur direct l’adresse du Tôt ou Tard. Berthier le vit enfin pénétrer dans le rade. Il en était à sa quatrième tournée. « Mais qu’est-c’ que tu foutais Bon Dieu ? ». « J’étais suivi. Je ne pouvais quand même pas le ramener ici. J’ai eu un mal de chien à m’en débarrasser ». « Bon, allons-y. Avec tes conneries, maintenant faut plus traîner ». Les deux hommes sortirent dans la nuit. « Je suis garé là, dit Berthier, monte ! ». La voiture démarra, ils arrivèrent à destination à exactement onze heures cinquante-cinq. « Ouf ! Juste dans les temps ! » s’écria Barras tandis que l’autre s’arrêtait en double-file devant une maison. « C’est bon. Allons-y ». Ils sonnèrent à la porte de la maison. « Qu’est-ce que c’est ? » dit une voix masculine. « C’est Morel qui m‘envoie » rétorqua Barras. Ils entendirent le gars qui faisait jouer les verrous et la porte s’ouvrit. Aussitôt Barras attrapa sa main, le tira violemment en avant, le gars tomba au sol pendant que Berthier lui enfilait un capuchon sur la tête. Barras lui porta un coup de matraque sur le crâne et tous les deux l’empoignèrent par les aisselles pour le traîner sans ménagements jusque la voiture où ils le poussèrent à l’arrière. Ils grimpèrent à l’avant et Berthier démarra sur les chapeaux de roues. Ils arrivèrent une demi-heure plus tard à Chantilly, à l’adresse indiquée par le commanditaire, une autre maison. Comme convenu Bethier klaxonna trois fois. Une lumière s’alluma à l’étage puis au rez-de-chaussée. Deux hommes sortirent et s’avancèrent vers la voiture. « Vous l’avez ? ». « Il est là oui, inconscient à l’arrière ». « Bien, on s’en charge ! » reprit l’homme. Il ouvrit la portière arrière et avec son collègue attrapèrent l’individu kidnappé qu’ils traînèrent à leur tour par les aisselles dans la maison dont ils n’avaient pas refermé la porte. L’homme qui avait parlé ressortit : « C’est du bon boulot. Vous pouvez y aller ». « Mais on est payé quand ? » demanda Berthier. « Demain, vingt-deux heures au Tôt ou Tard. Filez maintenant ! ». « C’est pas ce qui était convenu ! » rétorqua Berthier. « Ici c’est trop dangereux. Demain vingt-deux heures au Tôt ou Tard. Maintenant dégagez ! ». Il fit demi-tour et rentra dans la maison dont il referma la porte. « Putain, fait chier ! fulminait Berthier en roulant, non ce n’est pas du tout ce qui était convenu ! ». « Calme-toi, dit Barras, il avait peut-être raison, c’était trop dangereux. Demain c’est ok. Et cette caisse elle est sûre ? ». « Non, reprit l’autre. Je l’ai chauffée en fin d’après-midi, elle doit être signalée maintenant. On la laisse au premier métro ou R.E.R et chacun de son côté ». « Ok » acquiesça l’autre. Ils roulèrent encore une dizaine de minutes avant de trouver une station de métro. « On descend là, dit Berthier effectuant un créneau. A demain donc ! ». « C’est ça, à demain ! » répondit Barras quittant la voiture et s’engouffrant dans les escaliers. Berthier le suivit de peu. Après dix-neuf stations et trois correspondances, Barras sortit enfin du métro pour regagner son domicile. Une sensation étrange le saisit. Il se retourna, le gus au blouson marron était quelques mètres derrière lui. « Mais qu’est-c‘ que c’est qu’ ce gars ? se demanda-t-il pour la seconde fois, il sait où j’habite c’est clair ! Il faut bien que je rentre pourtant, on va pas jouer à cache-cache toute la nuit et j’en ai plein le dos de cette maudite journée ! ». Aussi il rejoint son immeuble en pressant le pas, composa le code et referma précipitamment la porte derrière lui. Arrivé à son appartement il actionna tous les verrous, se défit de son pardessus, s’approcha de la fenêtre, écarta d’un centimètre le rideau, inspecta la rue : pas de trace du gars. « Putain, il va me laisser tranquille maintenant ? ». Il se servit un verre de whisky et s’affala dans son unique fauteuil. Rien sortant de l’ordinaire ne se passa, tout était calme. « Je vais quand même veiller toute la nuit » se dit-il se resservant un verre et se rasseyant. Il était déjà très tard, ou très tôt, puis la lune déclina et l’aube pointa. A nouveau il jeta un œil discret par la fenêtre, toujours pas de trace du gars. Alors il se coucha et dormit jusque la moitié de l’après-midi. « Bon, se dit-il, comment faire pour filer tout-à-l’heure peinard, sans ce maudit casse-pied ? Bah, je sortirai par l’arrière et récupérerai ma voiture en douce ! ». Il se prépara un frichti, laissant le temps tranquillement s’écouler. Bien, il était maintenant l’heure d’y aller. Une dernière fois, il inspecta discrètement la rue : rien d’anormal en vue. Il sortit donc par derrière, récupéra sa caisse et s’en alla sans apercevoir le baraqué. Comme la veille, Berthier était déjà au Tôt ou Tard lorsqu’il y arriva. « Normalement ils se pointent dans vingt minutes » lui dit celui-ci. Comme la veille il était au double-Ricard, son complice commanda un whisky. Des goûts et des couleurs. « On va s’en griller une ? » proposa Berthier. « Ok ». Empoignant leurs verres ils rejoignirent le trottoir. « Passe ton briquet stp. Merci » dit Barras. Il alluma sa tige et, relevant les yeux, il aperçut le baraqué au blouson marron au bout de la rue. « C’est un putain de piège ! s’écria-t-il, tirons-nous ! ». Berthier capta tout de suite et tous deux s’élancèrent pour traverser la rue. Une voiture pila juste devant eux, leur bloquant le passage. Ils voulurent la contourner mais une voix tonna. « Vous deux, vous bougez plus ! ». Le conducteur se dressait devant eux, les braquant d’un flingue. C’était l’homme de Chantilly. Son copain sortit lui aussi du véhicule, lui aussi avec une arme. Barras et Berthier étaient pétrifiés. « Qu’est-ce qui vous prend les gars, on a fait le boulot non ? » s’écria Berthier. « Une seconde ! rétorqua l’homme de Chantilly jetant un coup d’œil derrière lui. Ah le voilà ! ». C’était le baraqué qui arrivait. Ils étaient trois face à deux maintenant. « Ecoutez, reprit Berthier, quel est le problème, on peut discuter non ? ». « Discuter avec des pigeons, des caves, des lavasses comme vous, on a mieux à faire, rétorqua l’autre. Bobby, à toi l’honneur ! ». Le baraqué appuya deux fois sur la gâchette. Etendus pour le compte sur le trottoir, sans même avoir eu le temps de faire leurs prières, Berthier et Barras ne surent jamais s’ils étaient arrivés trop tôt ou trop tard au Tôt ou Tard. |
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Le Tôt ou Tard
appartient au recueil Polars'oïds
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Histoire Courte terminée ! Merci à Ancolies. |
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