"Le Connard" est une histoire courte mise en ligne par
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Le Connard
On m’appelle Le Connard. Riez toujours bande d’enflures, moi ça m’arrange. C’est que voyez-vous je suis un tout petit peu moins idiot et niais que j’en ai l’air. Ô, rien qu’un peu mais ça suffit. Alors, pendant que vous vous marrez, pendant que vous vous foutez bien de ma gueule et surtout m’ignorez, je fais mes petites affaires en loucedé. Qui c’est qu’a piqué la statue de la liberté ? Naturellement vous n’en avez pas la moindre idée ! C’est moi mes gaillards, c’est bien moi. Et qui c’est qu’a vendu cinquante chars César volés au Danemark ? C’est encore moi évidemment. Et qui encore a foutu le bazar entre les têtes pensantes de la CGT ? Braqué les caisses de la SNCF ? Bon, je crois que vous lecteurs avez deviné. Bande de gagne-petits va, tandis que mon maousse magot est bien à l’abri, bien au chaud en sécurité. La sécurité parlons-en ! Vous sortez raides beurrés à quatre heures du mat du troquet dans lequel chaque soir vous vous retrouvez, vous sortez rigolant et tout innocents, alors que vous risquez à tout moment de vous en prendre une, de prune entre les deux yeux. Mais vous n’y pensez même plus dans vos crânes d’œuf. Œuf pour œuf ! Tandis que moi j’ai deux gars discrets qui veillent à chaque minute sur moi, deux gars de l’ombre. Une prune entre les deux yeux ! C’est arrivé à Marlon il y a deux mois. C’est que ce gars était un peu plus fufute que vous tous réunis, il commençait vraiment à un peu trop fouiner, il fallait que je m’en débarrasse. Ça vous vous êtes doutés de rien bande de nazes. Et de toute façon, cons comme les balais et soiffards que vous êtes, en deux jours vous l’aviez oublié, votre bon pote Marlon. Ouais, franchement vous vous posez un peu là, en ne regardant naturellement même pas si je n’y suis pas. Qui donc va se préoccuper du connard attitré ? J’aime pas me répéter mais je suis obligé : bande de tarés ! Evidemment pour le big boss aussi je suis le Connard. Il m’envoie faire des petits boulots : Eh le Connard, va me taxer une BM ! Ce qu’il ne sait pas ce gros idiot, c’est que moi j’en fais deux pour le prix d’une. La première je l’amène discrétos au garage de Freddo mon poteau, et la seconde je la ramène bien gentiment à la niche. C’est bien le Connard, il me dit le big boss, t’as bien travaillé. Encore un peu et il me donnerait deux susucres en croyant que je vais tout joyeux remuer la queue en signe de gratitude. Gros idiot, gros dodo va ! Un connard ça passe inaperçu. Pensez, il y en a tant et tant ! Qui songerait qu’il dispose des deux yeux et deux oreilles ? Qui ne chôment pas croyez-moi. Ainsi j’apprends mine de rien que dans quelques jours de déroulera une important transaction, et que tu livres la came et que je te l’échange contre un paquet de bons biftons bien blanchis. Parfait, j’ai tout le temps de la préparer ma petite opération, ma propre transaction. Comme à l’accoutumée personne ne fait attention à moi, ainsi peu à peu je récolte tous les détails : jeudi en huit, à onze heures précises, dans le grand local de l’association de malfaiteurs dont je fais partie. Je manigance au quart de poil mon coup, laissant passer quelques jours avant d’alerter ma hiérarchie. Ma hiérarchie ? Apprenez ô innocents lecteurs que je suis un infiltré. En effet, quoi de plus aisé qu’infiltrer un connard dans une sale bande de malfrats, arrogants, bavards et sûrs d’eux ! Ainsi en fin de semaine je préviens les hautes autorités : C’est pour jeudi, onze heures quinze, dans le grand local. Ok, beau boulot le Connard, on fourbit nos armes ! rétorquent-ils. Eh oui, eux-aussi m’appellent le Connard. Pour ce que ça me gêne, va ! Non, une fois de plus ça m’arrange encore. Tranquillement installé dans mes pénates, je briefe soigneusement mes deux gars de l’ombre : Bon, à onze heures tapantes, vous vous tenez prêts, chacun muni d’un grand sac, derrière les portes nord-ouest et nord-est du grand local. A onze heures quinze précise, la flicaille débarque. Ça va être la sacrée confusion, et pendant que tous se bagarrent vous radinez pronto, balancez des fumigènes et ratissez toi la came toi l’oseille dans vos sacs. Vous n’en avez même pas pour une minute. Puis vous revenez ici et m’attendez tranquilles. Les flics vont me garder quelques jours, histoire de ne pas mettre la puce à l’oreille de tous ces ahuris, puis je vous rejoins. Compris ? C’est clair patron ! Et voilà, on est maintenant le jeudi matin. Les gars de la bande se montrent plutôt nerveux. Parfait parfait, me réjouis-je, ça va faciliter mes petites affaires ! Apprenez-le aussi amis lecteurs, les colombiens sont réputés pour leur exactitude. Ils se pointent pile à onze heures. Rapidement la came est pesée et l’oseille compté. Tout est ok. Je jette un coup d’œil discret à ma toquante : onze heures quinze précise. La police elle-aussi a le goût de l’exactitude. C’est donc à cette minute précise qu’ils font d’un coup de dynamite exploser la grande porte du local. Brigade des stups, personne ne bouge ! Tu parles s’ils ne vont pas bouger ! Ils se jettent tous sous la table et commencent à défourailler à l’aveuglette vers la porte. Mes gars balancent les fumigènes. Dans les cris et la confusion attendue, dans l’épaisse fumée dégagée, je devine mes deux gus au boulot. Peu à peu la fumée se dissipe, toutes les forces de l’ordre encerclent la table, un à un ils nous font sortir, nous cravatent et une fois tous réunis, debout et sonnés, nous embarquent. Direction quai des Orfèvres où nous sommes tous jetés dans des cellules individuelles. Tranquille, je m’en grille une. Eh le Connard, suis-nous ! disent deux gardiens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, débarquant dans ma cellule une demi-heure plus tard. Je suis quelque peu étonné : normalement c’est bien quelques jours qu’ils doivent me garder au frais avant de me relâcher, comme j’ai déjà expliqué. De plus en plus étrange, c’est de couloirs en couloirs qu’ils me mènent, et non directement sur le parvis où je dois retrouver ma liberté mon boulot effectué. En fait, c’est dans le bureau du principal que je me retrouve. " C’est quoi cette histoire le Connard ? attaque-t-il bielle en tête. On n’a pas mis la main sur un seul gramme de poudre dans ce local, quant à l’argent n’en parlons pas, il n’y avait pas un foutu euro sur cette table. Explique-moi un peu tout ça !". " Qu’est-ce que j’en sais Chef ? réponds-je, la transaction se déroulait normalement jusqu’à ce que vous débarquiez ". " Ah t’en sais rien, t’en as pas la plus petite idée c‘est ça ? ". " C’est ça Chef ". " Ben j’en ai bien une de petite idée moi. T’as bien joué le coup avec ton connard par ci, ton connard par là. Figure-toi qu’il y avait déjà un bon moment qu’il me semblait que tu nous doublais. Alors, où sont-ils cette came et cette oseille ? ". " Je ne comprends pas un traitre mot à ce que vous me racontez Chef, j’ai fait mon boulot, comme prévu ". " Ouais ? Je crois que ce que t‘avais pas prévu c’est que t‘allais te retrouver pour un séjour qui va te paraître sacrément long en cabanon. Gardiens, rembarquez-moi ce gars sans ménagement dans sa cellule !".
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J’en prends pour quinze ans. Et quinze ans écroué pour un infiltré, au milieu de tous ces truands qui me voient maintenant dévoilé, ça va pas être une partie de plaisir croyez-moi. Foutredieu, me dis-je, ça m’a pas franchement réussi ma combine du Connard. Dans ma prochaine vie je tenterai plutôt celle du Bâtard ! Je réfléchis encore trois petites minutes : ou alors la combine du Couard, c’est peut-être mieux ! |
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Le Connard
appartient au recueil Polars'oïds
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Histoire Courte terminée ! Merci à Ancolies. |
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