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Le cadeau promotionnel - Texte

Texte "Le cadeau promotionnel" est un texte détente mis en ligne par "Ancolies"..

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Le cadeau promotionnel  (gogos à gogo)

 

Quoique publicités et promotions déroulassent leurs promesses impies dorénavant majoritairement sur la Toile, Corinne et Julien reçurent un courrier nominatif de propagande commerciale dans leur boîte aux lettres. S’ils se rendaient le dimanche 13 avril au magasin d’ameublement de l’avenue Daumesnil indiqué, un cadeau leur serait remis sans obligation d’achat. Quoique la première réaction de Julien qui avait relevé le courrier fût de le bazarder aussitôt dans la poubelle bleue du hall d’entrée, le papier traîna plutôt quelques jours sur la tablette de la cuisine du petit appartement du 13ème arrondissement qu’ils occupaient depuis quelques années. Quelques semaines passèrent et le week-end du 12 arriva sans incident notable. Le samedi ils se rendirent au Jardin du Luxembourg regarder les enfants pousser de leurs baguettes d’osier leurs petits bateaux sur le petit plan d’eau qui était là depuis déjà plusieurs siècles, rassurant dans un monde en fou mouvement. Le soir, comme 2 bourgeois qu’ils admettaient être devenus après leurs jeunesses respectives engagées, ils décidèrent de briser pour 2 heures la monotonie du sablier silencieux en se rendant dans l’un des restaurants du quartier asiatique qui jouxtait leur avenue. Soirée baguettes sans grande joie, il faut bien le dire. Puis vint le dimanche, matinée traditionnelle dédiée au marché de la place des Gobelins qui céda place à l’après-midi. Ce dimanche après-midi était pour eux à l’image de nombre de leurs congénères un moment toujours difficile à passer, le cafard des vies vidées de sens émergeant probablement de l’inactivité à combler. C’est alors que Julien se souvint du courrier précité. Il l’attrapa sur la tablette et le relut minutieusement : c’était bien ça, un cadeau offert sans aucune obligation d’achat. Il n’y avait ni astérisques ni petites lignes illisibles. Il en parla à Corinne qui venait de passer un test dans un zagazine lui confirmant qu’elle avait le moral au gris et ils décidèrent de se rendre au magasin en question, ce qui ne leur demandait d’autre effort que de descendre au parking souterrain, s’installer dans la golf automatique grise métallisée et rouler pépères quelques petits kilomètres. Ainsi dit, ainsi fait. Comme tous les dimanches après-midi sauf aux Bois de Boulogne ou Vincennes, il ne manquait pas de places de parking disponibles et ils se garèrent tout à proximité de leur lieu de destination. Le seuil franchi, ils constatèrent un nombre important de visiteurs tandis qu'un vendeur avoisinant la cinquantaine et qui avait exactement l’air d’être ce qu’il était venait sans attendre à leur rencontre. Julien et Corinne lui tendirent la lettre. Mais bien entendu ! s’exclama le vendeur d’un ton jovial. Je vous en prie, suivez-moi, je vais vous faire visiter le coin canapés. Excusez-nous, répondirent les deux visiteurs, nous sommes venus pour le cadeau. Le cadeau ! Mais bien sûr ! reprit l’homme de l’art. Tenez, à droite, c’est l’exposition de luminaires. Pardonnez-nous, rétorqua Corinne, mais nous ne sommes intéressés ni par les luminaires, ni par les canapés. Cette lettre dit bien que nous avons droit à un cadeau, je me trompe ? Mais parfaitement, répondit le vendeur. Si c’est cela qui vous intéresse je vais vous le chercher. Il disparut quelques minutes et revint portant sous l’un de ses bras un carton de taille moyenne et quelques centimètres d’épaisseur. Voilà ! dit-il, remettant le carton entre les mains de Julien. Eh bien merci et au revoir, déclarèrent les deux visiteurs tournant les talons et se dirigeant vers la sortie. Le vendeur n’en croyait pas ses yeux. Ces deux-là n’avaient même pas fait semblant. De Dieu s’il avait jamais vu des malpolis pareils ! Franchement, où était passé le respect minima, on était toujours en démocratie néo-libérale que je sache ? Mince, il allait s’en prendre une bien bonne de la part de son directeur qui avait assisté à l’ensemble de la scène de derrière le comptoir sis au bout de l’allée centrale. Sitôt sortis du magasin Corinne et Julien furent pris d’un incoercible fou-rire. Franchement, la tête, le dépit du vendeur ! Ils enfreignaient toutes les conventions non-écrites du commercialement correct.  Ils regagnèrent la golf, l’avenue d’Italie, se parquèrent au sous-sol et de retour dans l’appartement entreprirent d’ouvrir le carton pour y trouver quelques éléments d’un mauvais plastique noir. Corinne, la plus manuelle des deux, monta en à peine trois minutes ce qui ressemblait à une petite table à liqueurs à deux étages. Que va-t’on faire de cette horreur ? demanda-t’elle à Julien. La déposer sur le boulevard, elle fera sûrement le bonheur de quelqu’un. N’empêche, pour une fois ils s’en tiraient bien. Un fou-rire un dimanche après-midi, bien malins qui pouvaient s’en vanter. Est-il utile pour achever cette œuvre majeure de préciser que cet après-midi-là, le magasin d’ameublement réalisa un excellent score sur les tapis, les luminaires, les canapés, signe qu’en cette époque les éternels gogos se ramassaient encore et toujours à la pelle industrielle, soit familièrement dit que l'espèce des gogos à gogo n'était aucunement en voie de disparition.

   

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Ancolies

02-11-2022

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Le cadeau promotionnel appartient au recueil Nouvelles du monde

 

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