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Le beau Danone bleu - Tranche de Vie

Tranche de Vie "Le beau Danone bleu" est une tranche de vie mise en ligne par "Ancolies"..

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Le beau Danone bleu

 

J’ai 18 ans, je suis en Allemagne, à Koblenz précisément, là où se croisent majestueusement le Rhin et le beau Danone bleu. J’y passe plusieurs mois. J’y fréquente les communautés baba cools, entre parenthèses plutôt bourgeois ces babas cools. Il y a une de ces communautés installée dans un château. Chacun son immense chambre avec sa chaîne hi-fi et ses vinyles. Une fois, ils dégagent tous pour les vacances de Pâques et me laissent le château pour moi tout seul. J’ai rien apporté, je suis venu les mains dans les poches. Dans les placards de l’immense cuisine je ne trouve que des pâtes. Le château est très isolé et de toute façon je n’ai pas un rond. Alors pendant une semaine je ne mange que des pâtes à l’eau. Je change de chambre chaque nuit et écoute les vinyles de l’absent. A part cette parenthèse dans ce château, lorsque je suis en ville la nuit je traîne dans des rades à zique. Une nuit, raide def au fond d’un box, planant sur la musique d’un groupe anglais dont le nom à cet instant précis m’échappe, je ne m’aperçois pas qu’il y a une descente de flics. Ils me chopent en plein trip et trouvent une boulette dans ma boîte d’allumettes. On part chez moi où ils veulent faire une perquise. Chez moi, c’est un vieux et tout petit immeuble délabré de 2 étages. Au rdc l’entrepôt d’un vieil antiquaire un peu fou. Au premier ma chambre, 9 m2 avec lavabo d’eau froide et chiottards sur le palier (je paie 40 francs par mois), et au second la chambre d’un ex-taulard auquel il arrive souvent de tirer des coups de pétoire par la fenêtre la nuit. Pas de quoi s’inquiéter. Là où les flics s’inquiètent c’est que pour accéder à ce petit immeuble (immeuble, bien grand mot), il faut traverser un couloir de 20 mètres non éclairé. Là, les gars se grattent ce qui leur sert de tête. Ils me menottent, dégainent et révolvers au poing avancent prudemment. On traverse ce couloir sans incidents. Le mec du second étage doit pas être là, sinon il aurait peut-être tiré dans le tas, qui sait. Puis ils ont vite fait de mettre ma chambre à sac pour y trouver que dalle. Qu’importe, ils m’embarquent. Depuis le début je fais mine de ne pas parler allemand, alors ils s’en vont quérir un interprète dans la nuit. Une heure et demie plus tard débarque un brave gars d’une soixantaine d’années qu’à mon si jeune âge je prends pour un papy. Je joue le rôle du pauvre gosse un peu paumé qu’a des problèmes avec son père. D’ailleurs c’est pas faux. Ils finissent après des plombes par me relâcher, en m’interdisant de quitter l’Allemagne avant la date de mon procès. C’est bien joli tout ça mais à un moment il faut bien que je rentre en France. Passant de communautés en communautés, je fais un large détour en stop pour passer par l’Autriche. La nuit je dors dans un duvet sur le bat-flanc des autoroutes. Je passe la frontière dans une vieille Ami 8 conduite par un autre papy avec sa femme à ses côtés. No problemo, me voici de retour at home (eh oui,  dans cette phrase je suis trilingue). C’est l’été. Je crèche encore chez mes parents. Ils viennent d’acheter une vieille baraque dans l’Oise, il faut la retaper. Puis c’est la rentrée à Paris. Un matin, le téléphone résonne. Par hasard je suis dans l’appartement quasi vide où il y a 2 téléphones, l’un dans la chambre parentale, l’autre dans une petite pièce dédiée. Le téléphone sonne longtemps, je finis par aller répondre. Allo, Monsieur Ancolies ? Non c’est son fils. Son fils ? C’est vous qui étiez en Allemagne ? Oui. Ici brigade des stups quai des orfèvres. Passez à 15 heures cet après-midi. Ok. Je raccroche et sors de la pièce pour trouver ma mère plantée au fond de l’immense entrée qui doit bien faire une quinzaine de mètre de long. C’était quoi ce coup de fil ? s’informe-t’elle. C’était pour moi, un copain. Ah oui ! Et tes copains t’appellent Monsieur Ancolies ? Pas la peine de vous faire un dessin, elle a décroché en même temps que moi et tout entendu. Mais de nouveau que dalle, dans cette famille on ne parle pas des choses difficiles. Quai des orfèvres : Vous vous êtes tiré, les allemands sont furieux. Vous avez arrêté vos conneries ? Bien sûr monsieur l’inspecteur, cela m’a servi de leçon. Bon, continuez et vous pointerez ici une fois par mois pendant un an. Bien monsieur l’inspecteur. Tandis que je suis à l’acide et m’apprête à passer à la blanche. C’est ça, je suis un héros avec mon casier judiciaire. Faut dire que les flics, particulièrement les allemands, étaient pas cools avec ça dans les années 75. Quant à mon père, il avait une trouille bleue de la dope. Lorsque j’étais en terminale, il avait été convoqué par le directeur de la boîte qui l’avait informé d’histoires de chichon dans son établissement et que j’y étais sûrement pour quelque chose. Et une autre fois il a trouvé en fouillant dans ma chambre (le salopard) un bouquin, L’herbe bleue, un gentil bouquin que j’avais fauché sur les bienfaits du chichon et de la beuh. C’est quoi ça ? m’a-t-il demandé. C’est un copain qui me l’a prêté. Tu vas me faire le plaisir de le lui rendre vite fait. Entendu Père. Déjà qu’il s’inquiétait de voir ma chambre se remplir de vinyles et de bd que je taxais. Mon plus beau coup d’éclat : je vais à Monoprix, au rayon disques je rassemble une cinquantaine de 33 tours qui me branchent et les laisse dans un coin des bacs. Je ressors, rentre 10 minutes plus tard, file au rayon où j’embarque en un éclair le tout sous le bras et marche tranquillement vers la sortie. Même chose avec mon père : C’est quoi tout ça ? Même réponse : c’est à des copains. Pauvre homme. Déjà que je lui en faisais voir de toutes les couleurs avec mon refus de faire des études supérieures et mes tee-shirts à la place de chemises et mes cheveux trop longs - ça a duré des années cette affaire-là. Je dois être en partie responsable de l’ulcère de stress dont il est décédé à 48 ans. Mais je ne dirai pas Pardon Papa. Mes parents m’en ont trop fait baver et ils n’ont jamais tenu compte de mon identité. J’ai dû tout casser et tout rebâtir en me basant sur mes propres observations, perceptions et réflexions. Ça a été long, très long, ça a pris des années et des années qui n’ont pas été une promenade de santé. J’en ai bavé à mort et je sais vraiment de quoi je parle quand je dis le mot mort. Ça a été méchamment rock’n’roll comme chantait le regretté et egocentrique Christophe, et je suis toujours là comme vous pouvez le voir. Maintenant, après le punk, après le rock, je fais plutôt dans les balades. Oui, comme chantait Lama cette fois, je suis balade, complètement balade. A mon âge c’est normal, même si j’écoute encore très régulièrement l’Airplane, Quiksilver, les Flamin Groovies et compagnie. Notez que mon casier judiciaire ne m’a pas empêché de travailler comme aide à domicile et un an dans une maison de retraite. Normalement cela ne marche pas comme ça. Mais je suis différent. C’est d’ailleurs pour cela que la directrice de cette maison de retraite m’a engagé, car je ne disposai évidemment pas d’aucune des qualifications professionnelles requises. Pour être plus précis, elle me l’a dit plus tard, elle m’a engagé car lors de l’entretien je lui ai dit Je ne mens jamais. C’est à peu près vrai, exceptée que ma légende regorge d’incohérences. Mais là on n’est pas à Koblenz mais bien dans cet hexagone qu’on appelle la France. Et ma légende a peu voyagé au-dehors de mon 2 pièces.     

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Ancolies

09-12-2023

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Le beau Danone bleu appartient au recueil Nouvelles d'une vie

 

Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies.

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