"En dépit de l’amour" est une tranche de vie mise en ligne par
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En dépit de l’amour
Ma fratrie et moi-même avons été élevés en dépit du bon sens. Presque en dépit de l’amour. Durant la semaine nous n’avions qu’un seul droit : celui de travailler. D’abord la musique, trois quarts d’heure de piano quotidien (à une époque il y avait 3 pianos dans l’appartement) et à partir de la classe de 6ème une demi-heure de ton second instrument (flûte traversière pour moi). De quoi te dégouter, d’autant que tu ne jouais pas les choses que tu aimais (chansons, blues, rock, jazz…) mais de la sempiternelle musique classique, de quoi te dégoûter aussi. Il n’était pas tenu compte de tes goûts. Et puis les devoirs. Ceux pour le lendemain naturellement mais lorsque tu avais fini il te fallait t’avancer. Il n’y a pas que les devoirs imposés, disait la mine intelligente et contente d’elle ma mère, il y a les devoirs proposés. Nous devions également faire une demi-heure de ménage au petit matin avant de partir retrouver les horribles bancs des collèges privés cathos où nous étions tous - enfin, un pour les garçons, un autre pour les filles, pas mixte non, faut pas déconner -, et si d’aventure le cours de 8 heures du matin sautait en raison de l’absence du prof, nous n’en profitions pas pour dormir une heure de plus mais pour faire une heure de ménage supplémentaire. Donc pas le droit de lire ou de jouer durant la semaine. Moyennant quoi je n’ai jamais rien fichu scolairement. Assis à ma table de travail je dévorais les aventures de Davy Crockett ou du mouron rouge ou encore des héros de Jules Vernes et au moindre bruit suspect je cachais le livre sous mes cahiers (le soir également je lisais en cachette dans mon lit avec ma lampe torche de louveteau). Par contre, pas moyen d’échapper à ces satanés instruments de musique, ma mère avait l’oreille. Donc la semaine, tunnel. Peut-être si l’on m’avait dit que je pourrais jouer ou lire une fois mes devoirs faits j’aurais travaillé. Peut-être, qui le sait ? Comme j’étais plutôt doué, je m’arrangeais pour avoir une petite moyenne. Peut mieux faire, était écrit partout sur mes bulletins scolaires, ce qui avait le don d’exaspérer mon père. Et attention, lecture des bulletins scolaires le samedi après le déjeuner (le samedi matin il y avait encore cours) et si mauvaises notes, cravache cul nu. Les vacances scolaires tant attendues avaient également leurs lots de désagréments : toujours la musique + de détestables devoirs de vacances qui te les gâchaient. Ajoutez-y l’obligatoire cueillette des mûres quotidienne ; un été nous avons réalisé 83 kilos de confiture, la plaie. Bref, ils m‘auront bien gâché l’enfance. Mon orientation scolaire maintenant : à peine né, moi le premier garçon, héritier du titre aristocratique, a été décidé que je passerai un bac C (maths) et qu’après les 2 années de prépa je ferai l’ENA ou Polytechnique, voire HEC si j’étais trop con. Le fait que je sois médiocre en maths - je ne comprenais rien à cette matière - et que par contre je sois très doué en français n’entrait pas en ligne de compte. Comme je n’en foutais pas une rame pour les raisons précitées, évidemment arrivé aux classes supérieures, l’affaire est devenue plus coton. A la fin de ma classe de première, j’étais admis en terminale D (physique), pas C. C’était la cata à la maison. La fin du monde. Mais que va-t-on faire de toi ? s’arrachaient les cheveux mes parents. Je ne comprenais rien, j’allai finir clodo (ce n’était pas encore l’époque des sdf). Ils (mes parents, pas leurs cheveux) m’ont fait passer un concours - que j’ai réussi - pour entrer dans leur foutue terminale C dans une épouvantable boîte à bac. Bref j’ai passé leur foutu bac C et je me suis cassé de leur foutu parcours. J’ai dit que je voulais faire les Beaux-Arts, mon père a négocié section archi plutôt qu’arts plastiques, couplée à une maitrise de droit à la fac d’Assas, une fac de fachos. Cette fac j’y suis allé une fois, je suis entré dans le hall, j’ai regardé autour de moi, je suis reparti et n’y ai jamais remis les pieds. Quant à l’archi, j‘ai compris dès le premier jour que je n’avais rien à faire là. J’ai aussitôt séché tous les cours de maths et physique durant lesquels je traversai la Seine pour aller au Musée du Louvre, juste en face, pour dessiner des statues. Au bout de 2 mois, j’ai tout laissé tomber, trouvé un boulot de vendeur dans une librairie boulevard St Michel à St Germain des Prés, et au bout de 4 mois, avec mon salaire j’ai trouvé une chambre de bonne où habiter. J’ai annoncé à mes parents que je me cassais un soir après le dîner, ils sont tombés de haut les malheureux qui me croyaient bien sagement assis sur les bancs des amphis d’Assas en train de m’emplir la tête d’articles de droit pénal ou du code civil. Autre exemple de ma bonne éducation, les abus sexuels. Mignon comme un ange j’attirais comme des mouches les pédophiles. J’y ai eu droit dès la classe de 6ème par un prêtre du collège catho précité où je faisais mes classes. J’ai gardé ça pour moi mais en 3ème ou seconde, il m’est arrivé à 2 semaines d’intervalle 2 épisodes très gratinés avec un élève de terminale et surtout avec un prof qui m’a fait venir chez lui (avec la bénédiction de ma mère). Cette fois-ci elle a vu que quelque chose n’allait pas lorsque je suis rentré en fin d’après-midi et m’a cuisiné, sans aucune empathie, comme le dernier des suspects. J’ai tout raconté. D’ailleurs le prêtre était l’un de ses amis d’enfance et l’élève de terminale le fils d’une de ses copines. D’ailleurs également, le lendemain des événements chez le prof, mon père qui avait été mis au courant la veille au soir par ma mère me faisait la gueule. Moi j’ai pensé qu’il réagissait comme cela parce qu’il était lui-même blessé mais ça m’aidait vachement. Et non, ils ne m’ont pas envoyé voir un psychologue ou autre, rien. Rien d’autre qu’être forcés de me faire quitter le collège et ils ont décidé que je finirai l’année scolaire dans un pensionnat en Angleterre. La veille de mon départ, ma mère m’a annoncé d’un ton badin « Tiens, on en parle parce qu’on en cause, je te signale que les anglais sont portés sur la chose ». Bref ils n’avaient rien trouvé de mieux que me renvoyer dans la gueule du loup. Je vous épargne le récit de mes aventures sexuelles dans ce pensionnat, des vertes et des bien mûres, et j’ai passé 6 mois dans la terreur absolue. Autre exemple de mon éducation : contre mon gré j’ai été louveteau puis scout, scout marin pour être précis. Ce n’était guère malin en raison d’une maladie de paralysie neuromusculaire ponctuelle, partielle ou totale, dont je suis affublé, crises déclenchées notamment par le froid et l’humidité. Autant dire que j’étais incapable de me servir de mes mains lors des camps d’hiver, de Pâques ou d’été en Bretagne sur un bateau ou même à terre. De plus, là aussi la pédophilie régnait. Lors d’un camp de 3 semaines, nous campions en pleine forêt, une nuit n’en pouvant plus, j’ai pris mon duvet et mon sac à dos, j’ai traversé la forêt jusque trouver une route. J’ai fait du stop, un gars m’a déposé dans un village, un autre gars sympa m’a accompagné en voiture à la gare la plus proche et m’a payé un billet de train pour Paris. Je suis arrivé chez mes parents, stupéfaits. Les scouts, fini ! j’ai dit. Ils n’ont posé aucunes questions, on ne parlait pas des choses difficiles. C’était d’autant plus con que le collège disposait d’une chorale que le chef de chœur voulait à tout prix me faire intégrer, ce qui me plaisait bien plus que les scouts, leur pédophilie et mes crises de paralysie. Mais c‘était incompatible avec les scouts, les activités se passant, bateau ou musique, le week-end. Chaque année le chef de chœur revenait à la charge auprès de mes parents qui n’en démordaient pas, et qu’importait mon avis. Oui, ils m’ont bien gâché l’enfance ces parents qui considéraient leurs enfants comme les objets de leurs propres aspirations et ne tentaient nullement - cela ne leur venait pas à l’esprit - de comprendre quelle était la personnalité de chacun de leurs rejetons pour les accompagner au mieux sur les routes pour le moins épineuses de la vie. Des années et des années ça prend après pour se déconstruire et se reconstruire, des années de névroses, de dépression voire de ts à répétition, merci papa merci maman. Comme ils ne me lisent pas je peux parler de ce que sont mes frère et sœurs aujourd’hui. Moi je pense prétentieusement que je m’en suis à peu près tiré parce que je me suis tiré justement. Mon frère et mes sœurs ne l’ont pas fait et sont à leurs âges maintenant avancés profondément névrosés, chacun à sa façon, l’une psychorigide, l’autre hystérique, la 3ème bien gentille mais totalement prisonnière de son devoir vis-à-vis de son tyran de mari, ses enfants, son boulot, ne s’accordant jamais une seconde pour elle-même, ce qui lui a valu un cancer du sein à 33 ans (étouffement des cellules qui ne se développent pas, lire Mars de l’auteur suisse Fritz Zorn). Quant à mon frère il est d’une prétention et d’une suffisance surpassant l’insupportable, toutes ces névroses qu’ils refilent joyeusement à leurs nombreux enfants, re merci papa merci maman. Heureusement certains certaines de mes neveux et nièces se rebiffent. Tout ça parce que les parents de mes parents traînaient eux-mêmes leurs propres dysfonctionnements venant de leurs parents et ainsi de suite. En ce qui me concerne, des amis me disent que j’ai brisé le cercle maudit. Je pense que c’est vrai, que je l’ai cher payé mais que mon fils en tire tous les bénéfices. Je sais que je me néglige et que j’ai tort (ma vie privée ne me regarde pas) mais pour moi, l’important c’est mon fils. La rose je m’en fous. Comme tous les autres, Mitterrand - que j’ai vu de près ayant travaillé sur la campagne de com La force tranquille - était un escroc retors assoiffé de narcissisme et de pouvoir. Que lui, ses copains, mes parents et les parents des parents de mes parents aillent tous se faire royal air foutre. |
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En dépit de l’amour
appartient au recueil Nouvelles d'une vie
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Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies. |
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