"L’enfant" est une histoire courte mise en ligne par
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L’enfant
Arthur était un enfant très joyeux, du moins c’est comme ça qu’il se montrait chaque fois que je le croisait, et ceci depuis des années. Pourtant il n’avait pas une vie très facile. C’était le fils du forgeron, qui était par nature un homme extrêmement actif et ne rechignant pas à la tâche. Son fils âgé maintenant de 13 ans aidait son père depuis quelques bonnes années. Mais là où son géniteur portait son métier comme on porte un lourd fardeau, sans toutefois jamais se plaindre mais avec une résignation et une absence manifeste de plaisir à la tâche, on voyait bien que son fils, bien que faisant évidemment des travaux plus modestes et plus lentement, semblait enrober de joie et de satisfaction chaque geste qu’il faisait. Il y portait une attention, une patience et une concentration qui forçaient l’admiration. Du simple clou au plus beau sabot de cheval, il semblait ami à jamais avec les objets qui passaient entre ses mains. Il semblait entier, posé, présent à sa tâche. Et pourtant son père ne le ménageait pas, ni pour les efforts à faire ni pour les reproches. Même s’il présentait manifestement une saine absence de méchanceté, il avait régulièrement des remarques extrêmement dures et sévères dès qu’il n’était pas satisfait du travail de son fils, ce qui arrivait très régulièrement. Mais loin de s’en ombrager d’aucune sorte, son enfant semblait au contraire revivifié par ces remarques dures mais justes et repartait de plus belles à son ouvrage, même si l’on sentait parfois un léger moment de déception manifesté par un ou deux soupirs discrets, mais cela ne durait jamais. Bien que particulièrement attaché à son père, sentant probablement intuitivement qu’il bénéficiait de la meilleure éducation, il était néanmoins assez prompt à se tourner vers les autres travailleurs du château, qui étaient assez nombreux tant la construction semblait longue et laborieuse. Certains parlaient de deux ou trois décennies mais on pouvait s’attendre à plus. A vrai dire plusieurs travailleurs ayant remarqué la bonne humeur et la méticulosité constante de cet enfant, avaient proposé à leur père de l’embaucher momentanément chez les uns ou les autres, contre rémunération ou service au père évidemment. Et il faut dire qu’à chaque fois l’expérience était réussi. Non pas que le jeune Arthur ait de quelconques facilités ou agilités que d’autres n’auraient pas. Bien au contraire, le cordier le trouvait assez maladroit, le maçon riait de le voir si peu musclé, et le boulanger ne comprenait pas qu’on puisse lui poser des questions aussi bêtes. Mais ce que le garçon savait faire, c’est se tromper, apprendre, et refaire. Mieux, encore un peu mieux, toujours un peu mieux. Il avait véritablement l’art de construire son savoir et son assurance à partir de ses erreurs. Il ne semblait en aucun cas déstabilisé par elles mais solidaires avec elles. Comme si là aussi il avait compris l’art de se faire des amis encore et toujours, même si l’ami s’appelle erreur, si l’ami s’appelle douleur, si l’ami s’appelle échec. Pour lui c’était toujours de son côté et pour son bénéfice, alors il gardait tout et ne jetais rien de ces moments difficiles. Et bien évidemment toujours ce sourire posé et entier, cette foi, ce calme bonheur. Je me souviendrai toujours de sa période de travail dans la bibliothèque du château dont j’avais la charge. C’était la première fois pour lui qu’il faisait un travail intellectuel et non manuel. Ni lui ni moi ne sachions si cela allait lui convenir, car les mots, le verbe, ne faisait pas partie de son paysage. A vrai dire il avait même pris l’habitude de très peu parler, tel père tel fils pourrait-on dire. Mais par contre, si aucun d’entre nous avait douté de son avide curiosité, et même un sot ne s’y serait pas laissé prendre, cette dernière éclata lorsqu’il se mit à découvrir avec fièvre les ouvrages de la bibliothèque, et à la dévorer les uns après les autres avec une joie décuplée. Ce qui venait de se passer dépassait son habituelle curiosité, il semblait avoir trouvé l’âme soeur dans les livres, ces objets si modestes en taille et si bouillonnant de sens étaient littéralement à son image. Et son apprentissage accéléré de la richesse linguistique, bien que son père qui avait la tête sur les épaules avait bien pris soin d’apprendre à son fils les rudiments de la lecture, semblait enfin révéler et mettre la lumière sur la richesse intérieure de cet enfant, et arroser un peu plus, si cela eu jamais été nécessaire, son imagination et sa joie intérieure. Je me souviens de longues et passionnantes discussions avec lui, ou je tentais plus ou moins maladroitement d’étancher sa soif de comprendre, avec parfois peu de succès tant ses questions s’envolaient dans le lointain et l’inattendu. Et souvent, me voyant interdit et hésitant, il éclatait de rire et transformait à nouveau ce nuage de la pensé en soleil. Un jour, après un tel fou-rire, je lui demandait : « Expliques-moi donc Arthur, qu’est-ce qui te rends donc si heureux ? » « Et bien tu vois, me dit-il, comme je suis un enfant, je crois que je vois des choses que vous ne voyez pas. Quand je vois une porte, je vois toujours ce qu’il y a derrière. Je vois un chevalier, fier et orgueilleux, fracasser la port de son épée et aller porter secours à sa belle, et je suis heureux. Quand je vois un mur, je vois les fourmis qui le traversent retourner dans leur colonie pour annoncer à tous qu’elles viennent de trouver le plus immense château fort qu’il soit, et faire la fête toute la nuit sur cette si bonne nouvelle, et je suis heureux. Quand je vois une goutte de sang, je vois des centaines et des centaines de petites bêtes rouges minuscules qui tels des tourbillons de messagers au galop, vont porter une dépêche au roi de notre corps, qui doit probablement demeurer quelque part dans notre tête, pour lui dire qu’au confins de son royaume, des soldats se sont égarés mais se battent toujours pour eux avec fierté, et je suis heureux. Quand je vois une montagne dans la brume, je vois tous les hommes, les femmes, les enfants et les vieillards à qui elle à dit bonjour depuis tant de temps, et qui lui ont répondu en la contemplant, et je suis heureux. Quand je vois des étoiles dans la nuit, je vois qu’elles nous clignent de l’oeil, qu’elles essayent de nous dire quelque chose, peut-être qu’elles ont trop froid ou qu’elles sont trop séparées les unes des autres, mais elles savent qu’elles sont plus belles que des pierres précieuses et sont les reines de la nuit, et je suis heureux. Quand je vois un bébé qui pleure, un grand-père qui gémit, je vois aussi tous les bébés et tous les grand-père des contrées proches ou lointaines, au-delà des rivières et des océans, qui se regardent tous et se disent : alors on est tous pareil : on tombe, on se fait mal, on repart, mais on est tellement nombreux et tellement pareils, alors je suis heureux. Je vois toutes ces choses que vous ne voyez pas. Je n’ai pas besoin d’inventer quelque chose de plus dans l’univers, en oubliant tout ce qui existe déjà. Je vois simplement tout cet univers, je suis heureux. » |
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L’enfant
n'appartient à aucun recueil
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Histoire Courte terminée ! Merci à FuturTibetain. |
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