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Cette chère comtesse de ségur - Tranche de Vie

Tranche de Vie "Cette chère comtesse de ségur " est une tranche de vie mise en ligne par "Ancolies"..

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Cette chère comtesse de Ségur

 

 

Je voulais être pris par surprise, à l'aveuglette, et me laisser traîner dans quelque sombre allée extraordinaire, là où je pourrais peut-être me tailler une vie tranche après tranche.

 

Mes chères amies lunettes. Sans elles j' fais comment pour lire hein ? Et si j'ai plus de livres, plus de pages à tourner, je fais comment pour vivre ?

 

Ce que je cherchais ne se trouvait sur aucune carte. C'était à l'intérieur, un lieu tendre et sombre que je découvrirais quand il ne resterait nul autre endroit où aller.

 

En plus que, toujours aussi impayable, voilà que je me suis mis dans le crâne que c'était mon boulot d'y consacrer trois ou quatre heures quotidiennes, à la lecture. Nan ? Ben si ! Ben t'es pas gêné ! Ben, étudier la vie quoi ! Je connais un gars, enfin pas personnellement, Thomas McGuane, écrivain u.s. tendance Montana. Huit heures  par jour il lit lui.

 

A mon idée, tant que je ne laisserais pas le boulot me démolir, je pourrais tenir à l'écart cette paresse insidieuse qui attaque les hommes et les force à s'enterrer entre quatre murs pour y attendre la fin de leurs rêves.

 

J'ai commencé tôt. A lire je veux dire. Tôt et beaucoup, vu qu'on avait pas le droit à la maison. Pas le droit de lire en semaine. Nan on ne s'amuse pas, on ne se réjouit pas, on n'a pas de plaisir en semaine, ce n'est pas fait pour ça. Retour de l'école, piano trois quart d’heures, devoirs, bain pierre-ponce et brosse à ongles, dîner, pieu, extinction des vies et des feux. Piano dès 6 ans, second instrument dès la sixième, flûte traversière pour moi. Des pianos y' en a 3 dans l'appart. Question devoirs, pas déçu non plus. Quand t'as fini, tu continues, tu fais ceux pour après-demain, pour après-après-demain, bref tu t'avances jusqu'au bain. Pis tu t' laves, tu t' robes de chambre, tu t' peignes, t'avales ton dîner avec tes frère et sœurs bien rangés entre ta mère et la bonne. C'est l'heure où ton père rentre du bureau et risque un tour dans la grande cuisine, histoire de dire bonjour, passer une main affectueuse dans les cheveux de sa progéniture, grappiller un bout de pâté une queue de sardine une croûte de fromage dans les assiettes. Mais bon il lui est rapidement fait comprendre par ma mère qu'il emmerde et entrave l'efficace déroulement des opérations, aussi file-t-il au salon le Figaro ou l'Express entre les jambes. Chance, on a le droit de l'embrasser officiellement et rapidement une fois assiettes rangées et dents dûment brossées, avant que de filer droit à la mort du lit.

Super système. Alors face à tant d'horizons clos, trouve fissa un trou mec, bricole-toi un sas de survie, une cachette ! Ce sera lecture secrète à donf. Bon, piano, flûte, pas moyen d'y couper, des oreilles de loin vous surveillent. Mais bon, les devoirs sans issue, à quoi bon ! Les devoirs, pourquoi pas si après tu peux aussi t'amuser, aimer, vivre. Mais non c'est pas au programme. Alors, je me répète, les foutus devoirs, les morts permanentes et sans fin, à quoi bon ?

 

dans des écoles, nous nous rendons comme en exil
années mortelles, où tout nous vole, nous avale

 

Donc, pas bien nouveau mais toujours discret : le bouquin de Davy Crockett planqué sous le cahier de classes, le désir d'aventure dérobé sous les draps grâce au budget alloué aux piles longue-durée de ma très officielle lampe-torche de parfait petit scout.

 

Le week-end t'as le droit, de lire. Recommandé même. N’est-ce pas formateur, pas bruyant, ne sollicitant nulle grande personne... tout ça. Les vacances aussi t'as le droit.

Bien les vacances ! Super même ! Ouf les vacances !

Les grandes évidemment, les petites ça vaut pas. Trop courtes, trop étroites trop chiches pour s'échapper, se construire un suffisant ailleurs et s'y installer. Bon je crache pas dessus quand même, ça fait un peu d'air, mais bon, m'en faut plus, beaucoup plus. Le début des grandes vacances, voilà le paradis. La vie devant soi malgré les méthodiques et chiantissimes devoirs quotidiens scolaires et musicaux. Las ! Dès la deuxième semaine d'août, la ‘tite bête, le cafard qui monte, qui monte, rapport à la rentrée qui s'approche, rapport à l'amour, au sens, à la curiosité et la joie ... qu'ont ben ouais hélas mille fins.

 

Là tout de suite, on est en vacances au bord de la mer normande. Inscriptions bibliothèques, choix d’ouvrages encadrés par ma mère, la valorisante lecture est vivement encouragée. Cool, sauf peu à peu les choix encadrés. Bon, c'est Bibliothèque Rose (Oui-Oui, auteur Enid Blyton, Le club des 5, auteur Enid Blyton), puis Bibliothèque Verte (Le clan des 7, auteur Enid Blyton, Les 6 compagnons (Paul Jacques Bonzon), et surtout Comtesse de Ségur Comtesse de Ségur et Comtesse de Ségur, née Rostopchine comme nul ne l'ignore plus. Et elle en a écrit un paquet la salope, plus d'une centaine, tous bien élevés et mieux qu'aisés. Les sdf sont toujours pauvrement mais proprement vêtus, le bien l'emporte à chaque chapitre, le premier châtiment des méchants est d'être cramoisis de honte. Un été comme un autre, un après-midi, c'est bon, ça va comme ça. Nan je balance pas rageusement le bouquin à l'autre bout de la pièce, je suis bien élevé comme lui. Assis en tailleur sur mon lit dans la maison de location, je le referme brusquement d'un coup sec, contemple la poussière qui s'élève puis retombe paisiblement sur le couvre-lit à grosses mailles tricotées aux grosses aiguilles, et constate que j'en ai désormais fini une fois pour toutes avec ces fadaises.

 

Comme je suis docilement timide, muet et craintif, je le dis pas directement. Je préfère déclarer que ça y' est j'ai épuisé le prêt précédent et que j'y retourne, à la biblio, mais vous dérangez pas j'ai 12 ans j'y vais tout seul. C'est bien sûr sans compter sur la fine mouche. 3 livres en 2 jours ? tu veux nous en faire accroire mon garçon ! Bien obligé d'avouer : euh... j'aim' rais bien lire autre chose. Pas gagné pour autant, n'empêche, ça fait du bien de l'avoir dit.

 

Tableau moderne :

Le salon de la Vicomtesse, ma mère.

Sur la table basse, négligemment exposé entre quelques zagazines d’art et de culture, un grand et très beau livre : Les grand-mères modèles.

 

S'agit bien sûr d'un ouvrage dédié aux merveilleuses qualités de la Comtesse, au titre calqué sur son célébrissime Les petites filles modèles.

      

Putain de vampire cette femme. Les auteurs se rendent même pas compte de ce qu'ils écrivent. Trouvent formidable qu'elle blackboule ses filles et belle-filles (les hommes ne comptent pas) pour régir d'une poigne aveugle l'éducation et le savoir-être de ses chers petits enfants. Les chapitres du beau livre sont interludés de boni genre : Les règles de l'art du croquet, ou bien Je reçois mes amies à goûter, ou encore Dans mon herbier joli, j'ai mis d' la poésie. Drôle mais débectant. C'est que j'ai des sœurs, des cousins et cousines qui au jour d'aujourd'hui font pareil, incroyable ! A l'improbable cas où je serais invité à faire un nouveau tour de manège sur cette terre, ok si c'est pour passer par l'enfance de Fiston. S'il s'agit de celles de pas mal de ses petits cousins cousines de Ségur, évidemment m'attendez pas.

 

Y' a 2 étés, en vacances familiales à Noirmoutier. Trivial poursuite. Je déteste ce jeu mais faut savoir faire plaisir aux autres pour leur apprendre à te faire plaisir à toi, pas vrai ! Bon, c'est moi qui mène et c'est à moi de jouer. Voilà que j'enchaîne une super-série, je gagne presque et... oui ! j'emporte un nouveau camembert grâce à une question sur la Comtesse honnie. Pas de ça Charles et que nenni ! J'en veux point de ce point ! je veux pas un point de cette sale bonne femme, au suivant de jouer !

Vicomtesse est pas sûre de bien comprendre tandis que, subtil, mon frère se marre. Pourtant j' suis pressé qu'elle finisse cette casse-couilles de partie, mais quoi, on est incorruptible ou on n'est pas.

 

Y' en a des cabines dans le grand bateau-livre ! Bien sûr la Comtesse a la sienne, à la droite du Commandant. Un pont plus haut et sur bâbord cette fois, y' en a une, mystérieuse, la cabine de l'Index. La liste rouge du Vatican. Si l'auteur est à l'Index, ça veut évidemment dire que tu peux pas y' aller, cappicce ? Ouais, et méfiez-vous des petits garçons muets et solitaires qui traînent la nuit dans les coursives et se débrouillent mieux que vous croyez.

 

Ché pas comment j'ai fait pour passer entre, mais j'ai pas lu un seul des grands classiques des programmes scolaires. Sauf La princesse de Clèves, au secours ! Quelques années plus tard, un Stendhal, un Flaubert, un Balzac et puis voilà. Pas envie. Trop marqués, lourds, pollués, représentant des choses détestées. Dommage peut-être, dommage sûrement mais pffttt... y' en a tellement d'autres ! Ah Zola un peu quand même, parce que c'est plus trash. Pis quoi, ça m'empêche pas de chanter des super chansons de Victor Hugo.

 

14 ou 15 ans. Pensionnaire quelques mois en Angleterre. A part serrer les fesses pour des raisons pédophilesques déjà évoquées, je suis assez libre de mes mouvements. J'assiste aux cours en touriste, je joue au squash au badminton au tennis, je lis comme une bête. Ce brave collège a prévu une bibliothèque française, qui comprend même des trucs à l'Index. De toute façon je les prends tous. Chaque sortie est notée et datée sur le grand cahier. 2 mois plus tard, convocation du Directeur, un peu euh embarrassé : Euh ça va ? Ben euh oui, pourquoi ? Et euh vous avez lu tout ça ? Ben euh oui, pourquoi ? Ah ! euh, rien.

Lui je sais pas mais moi je suis content : Pierre Boulle, Nicholas Montsarat, Bazin, Christine Arnoty, Gide, Sartre, Giraudoux, Alexandre Dumas, Paul Féval... Juste quelques noms comme ça en repensant à cet endroit.

 

Fut une époque où je cochais, toujours scolaire, sur les catalogues actualisés du Livre de Poche ceux que j'avais lus. Evidemment mon score était minoritaire mais, comme pour les disques, j'étais pas mal placé et je pouvais suivre. Livres, disques, fanzines etc. Mais au rythme de leur tentaculaire évolution nos potes les médias et  circuits de distrib ont naturellement emballé l'affaire et nos cerveaux ont explosé.

 

Ça remonte à quoi, 25 ans, Libé a fait un dossier sur l'émergeante musique techno. 25 courants z'avaient répertorié. Pour pas parler du rap, du rock, du grunge, de la country, du rockabilly, du métal, du gothique, du rythm'n'blues, de la soul, des sax du Stax, des trombones Tamla Motown, du Phil Spector wall of sound, du punk, du funk..., pour pas parler des 1000 formes de jazz, des musiques du monde, du folk et de la chanson et j'arrête là pour ce qui m'intéresse. Evidemment on va pas se plaindre de tant de richesses, d'autant que ça rend modeste ce qui peut à l'occasion se révéler utile.

Quant à mes lectures actuelles, voyez par là : https://www.de-plume-en-plume.fr/histoire/ricain

Allez, bonnes lectures et bonnes plumes !

 

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Ancolies

17-05-2018

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Cette chère comtesse de ségur appartient au recueil Nouvelles d'une vie

 

Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies.

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