"Ce que dit le rêve" est une pause-mélancolie mise en ligne par
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Ce que dit le rêve
Il y eût un rêve qui me vit infiniment. Il y eût cette nuit un rêve qui me vit infiniment tel qu’au plus profond de moi-même, infiniment amoureux comme jamais l’amour n’existât. Idéal. Absolu. Et infiniment et idéal et absolu sont des mots vertigineusement trop faibles pour décrire l’émotion et la sensation qui subitement me coupèrent le souffle. L’inconnue, la jeune fille, était d’une beauté à justement couper les souffles les plus puissants des vents les plus hurlants et semblait s’intéresser quelque peu à moi. Et oui, j’éprouvai immédiatement des sentiments hallucinants et terrifiants d’abime et de désir. Avec elle j’aurais pu être réellement l’un avec l’autre, deux étoiles en une. Dans ce rêve j’étais accompagné de mon ancienne copine qui se refusait à accepter qu’entre nous c’était bel et bien fini. Et soudain, cette fille que je croisais à cette soirée en plein air… Je souhaitais alors plus que tout ce que je n’avais jusque-là souhaité, qu’elle quitte la soirée et le monde avec moi. Elle semblait hésitante, à moitié pendue au bras d’un jeune coq qui avait l’air gentil au demeurant, en même temps que oui, attirée par moi, comme il l’arrive quelquefois. Ce que j’éprouvais : moi aussi une attirance infinie et un sentiment de pureté non moins infiniment profond. Hélas, après quelques heures d’hésitations et d’embrouilles, la belle partit au bras du jeune coq. Cela me réveilla instantanément et me révélât non moins instantanément quelque chose sur moi, quelque chose auquel, après m’être réveillé et avoir allumé ma lampe de chevet ainsi qu’une cigarette je me mis, adossé sur mes oreillers, à réfléchir. Oui, je réfléchis sous le choc de ce rêve et du sentiment si puissant qui l‘avait imprégné : la vérité était que je m’étais volontairement isolé dans une tour d’ivoire pour échapper justement à ce type de situations. De ces situations ? Là où pleure la déception. Même si le contexte changeait, ce n’était pas la première fois que je faisais ce rêve d’amour idéal qui me laissait pantelant. Ça c’était donc mon moi fondamental. Cette envie viscérale. Et sans même m’en rendre compte, me croyant sans doute très habile et malin alors qu’il ne s’agissait que de stupidité et de yeux bornés, j’avais créé un solide rempart entre les choses qui auraient pu être et celles qui étaient, me croyant ainsi à l’abri de toute désillusion. Cela marchait, jusque ce rêve qui pour cette fois me révélait tout autant mon véritable désir que ma stratégie pour l’ignorer. Oui, finalement j’étais humain, pas plus pas moins en-dessus ou en dessous des lois de la gravité des émotions et des sentiments que les copains. Je m’étais créé une armure, voilà tout ce que j’avais fait. Dans le même temps que je pensais quotidiennement Tout va bien, ce rêve révélait ma solitude et sa souffrance que superbement j’ignorais. J’étais comme les autres, romantiques à tout va, à tout crin, surtout face à la beauté stupéfiante dont je suis un amoureux inconditionnel. Ceci montrait à quel point j’étais à l’insu de mon plein gré enfermé en moi-même tel une mouche dans un bocal ou un poisson rouge dans son aquarium, même si on lui change son eau plusieurs fois par semaine. Moi qui allais même jusque me vanter de ma solitude, voulant sans doute montrer par là même combien j’étais fort et solide. Peuh…je ne valais pas mieux que les autres, pire je valais moins. Car eux au moins acceptaient la réalité quelle qu’elle soit et quel que soit le prix à payer. Planqué, c’est ça, j’étais un planqué. Qu’aurais-je été lors de la seconde Guerre Mondiale ? Un planqué, un collabo, un lâche, un résistant voire un héros ? Très réussi me disais-je. J’avais presque tout refoulé de mes désirs les plus fondamentaux. Si j’étais honnête, tout était à revoir, à déconstruire et reconstruire. Et en aurais-je toutefois l’énergie, je n’en aurais pas le temps. La règle est pourtant simple : on fait son travail et on laisse le score s’afficher. Le score était là, indiscutable et implacable : j’étais passé à côté de ma vie. Ou alors tentais-je de penser pour me panser et me rasséréner : de tels amours ne sont pas de ce monde, ils n’existent que dans les rêves. Et alors je voudrais bien savoir qui les a inventés, l’amour basculant au-delà du dôme de la folie, les sentiments vertigineux dévastant les cœurs tel le vent couchant de sa toute-puissance horizontalement les herbes hautes de la toundra, qui les a inventé les rêves ? Et pour quoi faire ? Pour faire valoir nos regrets ? |
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Ce que dit le rêve
appartient au recueil Nouvelles d'une vie
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Pause-Mélancolie terminée ! Merci à Ancolies. |
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