"A ton chevet" est un texte court mis en ligne par
"Ancolies"..
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A ton chevet
Je suis ton amoureux secret, je suis ton amoureux ancien, pour toujours clandestin tandis que tu dors auprès de ton mari qui ronfle sur le traversin. Et que tu dors aussi auprès de moi. Vaut-il mieux pour moi être ton livre de chevet ou ta lampe de chevet ? Existe-t’il plus de livres de chevet que de lampes de chevet ? A priori oui. Même si l’on n’est qu’un piètre lecteur, il semble que l’on change plus souvent de livre que de lampe, à moins que cette dernière n’ait été frappée d’une malédiction qui ne la fasse régulièrement sur le sol chuter et en cent éclats argentés se briser. Enfin, que je sois ton livre ou ta lampe, chaque nuit tu te reposes près de moi. Moi à ton chevet. C’est très agréable comme position. Je n’en désire aucune autre. Rappelle-toi, nous n’avions pas 20 ans, le sable doré de l’été roulait sous nos pieds nus, nous illuminions le soleil et son silence de nos sourires. Nous n’avions pas 20 ans et ne vivions que l’instant, la marée qui monte puis celle qui descend. Ou encore l’équinoxe, la grande marée qui envoie ses vagues monstrueuses sur les remparts fortifiés de la ville se jeter, se fracasser et se retirer avant que de recommencer. Rappelle-toi cette soirée où nous dansions entre jeunes bien élevés lorsque cette bande de loubs a débarqué. C’est moi qui ai pris pour tout le monde. Bien entendu je l’avais bien cherché. Lorsqu’ils m’ont porté le premier coup et que je suis tombé au sol avant d’être roué d’autres et encore d’autres coups de leurs gros godillots à coques ferrées, c’est ton nom que dans ma chute j’ai appelé. Mais déjà tous les gentils, qui par les baies vitrées, qui par les fenêtres et les issues dérobées s’étaient éparpillés et enfuis, tel un vol de moineaux au premier tir de chevrotines désunis. Ô non, pas de complaintes ni de peine, s’il l’avait fallu à qui en aurais-je voulu si ce n’est à moi-même ? 50 ans plus tard chaque nuit je suis toujours à ton chevet. Inféodé, je suis la fidélité dans le monde infidèle. Je suis la tendresse éternelle. Je suis le veilleur de nuit de tes rêves en vadrouille dans toutes les galaxies. Je suis le grain de sable chéri, indispensable de ta vie. Souvent tu as changé de vie, de mari, de lieux… Moi aussi j’ai maintes fois changé de lieux, connu mille amantes, mais toujours j’étais là, ici, près de toi. Je ne suis qu’une lampe, qu’un livre. Les 2 chaque soir t’apportent la lumière silencieuse avant que tu ne te laisses tes épaules et ta nuque, lassées, doucement rouler sur ton oreiller entre les bras ailés de Morphée. Où t’emportent-ils ces bras ailés ? Ô oui je le sais. Dans la douceur tiède de tes draps tu es la sirène qui tente d’envouter Ulysse le voyageur fatigué pour l’entraîner dans les profondeurs de la grande mer Egée, tu es la druidesse la fée, tu es de la Voie Lactée la forêt aux mille arbres enchantés de savoirs secrets… Tes rêves sont toutes les musiques que j’ai pour toi écrites, que j’ai sur ma harpe lentement, si longuement tissées. A l’aube, à ton chevet, lorsque tes paupières sur cette nouvelle journée se soulèvent, je suis ton inaudible corne de brume, je suis le cerceau de ton enfant, l’écuyer du néant, le tendre rocher au moindre souffle tremblant. Vous riez ! Vous vous riez de moi ! Vous devriez m’envier. Oui je ne suis qu’une lampe, qu’un livre, je ne suis que mille lampes, mille livres, présent à mille chevets. Je suis là où je suis, j’ignore tout des regrets. Jamais je n‘ai souhaité être à la place d’un autre, jamais je n’ai souhaité que tu ne sois une autre. Oui je suis le clandestin, l’intrus que l'on invite, la présence invisible, ici, tout près, le preneur d’otages volatile que l’on n’attrape jamais. Les années, les siècles, les millénaires même, tout éphémères soient-ils, peuvent s’ils le veulent dans l’immense ciel passer, je ne suis pas versatile. Hier, aujourd’hui, pour toujours tu peux, tu dois compter sur moi. Il y a une condition : jamais ne me déçois.
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A ton chevet
appartient au recueil Nouvelles d'une vie
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Texte court terminé ! Merci à Ancolies. |
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