"Arrêts sur ton visage" est une tranche de vie mise en ligne par
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Arrêts sur ton visage
Où es-tu ? Qui es-tu ? Existes-tu ? T’es-tu tue ? 4 fois au cours du long fleuve tumultueux de ma vie d’oiseau fou de bassan, je t’ai rencontrée, je t’ai reconnue. Puis 4 fois tu as disparu. D’abord j’avais 17 ans à peine et tu partageais exactement cette même peine. Tu étais merveilleusement mystérieuse et silencieuse, tu étais désespérément si étrange et si belle. Tant mieux, je ne voulais que la beauté pure du silence. Je ne voulais que les mots blancs du ciel et de l’absence. Nous allions ensemble très loin, beaucoup beaucoup plus loin des autres, de tous les autres, nous allions aux étoiles irréelles. Rien que nous 2, nous étions les voies lactées d’étincelles, toutes les galaxies immortelles. 3 mois plus tard tu te jetais de la Tour Eiffel. Sur le cœur et les lèvres j’ai toujours le goût du sel de la mer et du soleil de cet été qui pour toujours m’a brûlé. Puis j’avais 22 ans. Tu en avais autant. Tous, tous, absolument tous de tous les âges et toute la sainte journée ils descendaient et remontaient et descendaient et remontaient les escaliers, faisaient pour te voir tous les prétextes, tous les détours, tous ils te tournaient comme des vautours autour. Mais j’étais là, je te protégeais, je veillais sur toi. Tu étais française, anglaise, italienne. Tes cheveux étaient d’ébène. Ta bouche d’une reine. Tu avais le teint hâlé. Ta peau était incroyablement mate et satinée. Combien de fois nous avons déjeuné, diné, dormi, au matin nous nous sommes ensemble levés. J’étais aussi beau gosse que tu étais sublime, magnifique. J’étais le plus jeune directeur en place, je gagnais par liasses ce que les gens appellent l’argent, tant de mille que je ne comptais même pas pour quoi faire les cent. Je disais Il faut faire cela et cela était fait. Je disais n’importe quoi et cela était fait. Je vivais l’instant mais toi tu visais le temps. Un simple directeur ? Tu visais un président. Tu as eu un président. 3, tu as même eu 3 présidents. Je n’étais qu’une étape. Avec le temps je n’ai plus compté, disparu, peut-être même totalement effacé de tous tes souvenirs, de tes moindres pensées. Puis j’avais 30 ans. Je dormais. Sur le bord de la baie vitrée grande ouverte les rideaux non tirés frissonnaient, d’un léger frottement bruissaient. Dans la nuit si claire aux nuages qui de gauche à droite rapidement s’envolaient, je t’ai vue sur la véranda. Adossée dans un voile blanc transparent à la rambarde de bois. Derrière toi les arbres de la forêt tranquillement respiraient, très très doucement s’agitaient. Leurs feuilles au souffle du vent encore silencieusement dansaient et chantaient. Toi non plus tu ne disais rien, juste tu m’observais. Tu étais plus que la femme, tu étais plus que la fée tant désirée. Toi aussi, toi surtout, tu étais la Beauté. L’Idéale de Rimbaud.. Intouchable, inaccessible à tout homme. Si près de moi, tout près de moi. J’ai tendu mon bras. A l’aube tu t’es évaporée, tu as quitté la véranda. Après j’étais dans la plus profonde des mélancolies qui dans les villes, les vallées, les prairies ait jamais fleuri. Après ce total moment d’absolu, que pouvaient désormais m’offrir les journées à ici-bas passer ? Que pouvaient encore m’offrir cette terre et ce vaste ciel après t’avoir rencontrée, touchée ? Après avoir été si haut, si loin dans ce qui ne peut se décrire… Plus rien. Et puis si. Et puis il s’est passé de nouveau quelque chose. Maintenant j’avais plus de 50 ans. Toi tu en avais à peine plus de 20. Sur mon oreiller au petit matin, tes cheveux blonds et dorés comme les plus éclatants des blés encadraient comme un soleil ébouriffé ton visage de jeune mariée. A 2 mètres de toi, installé sur ma chaise de bureau, avec une cigarette, avec des cigarettes, et une tasse, des tasses de Nescafé, je te regardais. Emerveillé, époustouflé par ta jeunesse, par ta beauté. Par l’immense cadeau impossible à nommer que tu me faisais. Encore tu dormais. Durant 2 heures je t’ai regardée sans bouger. Juste ma main de mon visage vers le cendrier. Tu t’es réveillée. Je t’ai fait du thé et des petits pains au lait avec du beurre de cacahuète. Miam ch’est bon ch’est chouette ! tu as dit ta jolie bouche pleine et ravie. Nous avons encore parlé. Encore par moments, j’ai pris ma guitare et chanté. Des heures ont passé et bien sûr, le jour pâlissait, l’obscurité tombait, tu as dû t’en aller. Je voulais te revoir, tu voulais me revoir. Alors plusieurs soirs chez moi ou dans des bars de blues et de jazz. Mais ton jeune mari veillait à sa précieuse rose, barrait la route à l’impossible marée qui dans mes bras t’attendant sur la grève impassible te déposerait. Je ne t’ai plus revue, de toi il m’a privé. C’était l’ordre des choses. Etrange colombe, au-dessus du monde, tu voles éperdue, dans ce ciel perdu. Etrange colombe, que la route est longue, il faut porter, présent et passé. Où es-tu ? Qui es-tu ? Existes-tu ? T’es-tu tue ? Aux jours de mes vieux jours, pour toujours tu as disparu, pour toujours tu t’es tue. Aux jours de mes vieux jours, tu ne reviendras jamais plus. Et je vais, solitaire, sur la terre, si heureux et reconnaissant de t’avoir par 4 fois rencontrée, reconnue, posé mon cœur et mes lèvres dessus ton cœur et tes lèvres. Non ma vie n’aura pas été simplement un rêve.
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Arrêts sur ton visage
appartient au recueil Nouvelles d'une vie
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Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies. |
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